Air The Virgin Suicides – Enregistré en décembre 1999 – Studio de Saint-Nom la Bretèche (France) – Label source
De l’importance des premières fois… Avec The Virgin Suicides, Sofia Coppola étrenne sa carrière de metteur en scène, Kirsten Dunst explose dans son premier grand rôle et Air compose sa première bande originale de film.


Air The Virgin Suicides

Jean-Benoît Dunckel et Nicolas Godin viennent d’achever la tournée américaine de leur premier album, Moon Safari, lorsqu’ils croisent le chemin de la fille du réalisateur d’Apocalypse Now et du Parrain. Par l’intermédiaire de Mike Mills, responsable de l’identité graphique du duo, Dunckel et Godin font la connaissance du batteur Brian Retzell, superviseur musical du projet de Sofia Coppola. Une projection muette pour Air The Virgin Suicides a lieu à Los Angeles quelques jours plus tard.

«Le bouquin de Jeffrey Eugenides était très trash, et Sofia avait honte de certaines scènes. Au fur et à mesure du montage, toutes les scènes de sexe et de drogue ont été éliminées. Dans une scène, Kirsten Dunst mettait la main au panier d’un jeune garçon. Sofia était toute rouge, elle n’arrêtait pas de nous dire : « It’s so embarassing »», s’amuse Jean-Benoît Dunckel.

«Le deal de départ avec Sofia Coppola, c’était qu’on faisait un album Virgin Suicides, et qu’elle se servait dedans pour le film. Ce n’est pas une BO traditionnelle.»

Air The Virgin Suicides
Air The Virgin Suicides

De retour en France, Air s’installe durant l’hiver 1999 dans un studio situé à Saint-Nom la Bretèche, en banlieue ouest de Paris.

Nous avions loué une vieille maison à Saint-Nom la Bretèche, un studio abandonné au milieu de la forêt, très paisible où Jean-Louis Aubert et pas mal d’artistes étaient déjà allés. On avait acheté plein de matos à Los Angeles un mois auparavant, un clavecin électrique, un orgue Hammond pour église, plein de boîtes à rythmes eighties. On avait un magnétoscope et Sofia nous envoyait des cassettes. On appuyait sur Play et on jouait en direct. (Jean-Benoît Dunckel)

Air The Virgin Suicides
Air The Virgin Suicides

Ils composent l’album en quinze jours en visionnant sur cassettes VHS des rushes beaucoup plus sombres et trash que le film terminé. Un clavecin électrique, un orgue Hammond et une panoplie de boîtes à rythmes vintage constituent le matériel de base du duo, accompagné par Brian Retzell à la batterie. Le groupe travaille à partir de cassettes vidéo.

On avait vu des photos de Miles Davis qui enregistrait la BO d’Ascenseur pour l’échafaud devant un écran. On pensait que la musique de film s’enregistrait comme ça. On a installé un poste de télé dans le studio et on a composé la musique en enregistrant live à partir des rushes de Sofia avec Brian Retzell. Par exemple, Brian s’arrêtait de jouer dès qu’on passait à la scène suivante… (Nicolas Godin)

Air The Virgin Suicides
Air The Virgin Suicides

« On ne voyait que des nanas en train de se suicider dans des baignoires ensanglantées. On avait une vision hyperdépressive du film, on a donc composé une musique très sombre, très glauque, ce qui était parfait car on avait été un peu vexés que les gens nous cataloguent dans l’easy listening après Moon Safari », commente Nicolas Godin.

Air enregistre ses compositions en se calquant sur le rythme des séquences. Angoissante, synthétique et orageuse, la musique de Air The Virgin Suicides dispatche également les influences d’Alain Goraguer et La Planète Sauvage pour les parties de Mellotron déshumanisées de « The Word Hurricane », ou encore les cordes de piano striées de « Dirty Trip », un gimmick du thème de Get Carter.

Air The Virgin Suicides
Air The Virgin Suicides

L’enregistrement est achevé lorsque Brian Retzell, rentré à Los Angeles, appelle ses camarades français en catastrophe : « On avait remballé les micros et les amplis et il fallait une chanson pour les crédits ! C’était un samedi après-midi. On a appelé Thomas Mars de Phoenix (crédité sous le pseudonyme de Gordon Tracks). Il a écrit les paroles, joué de la batterie et chanté sur Playground Love ». »

Les deux artistes ne sont pas au bout de leurs surprises. La première du film a lieu au Festival de Cannes, en mai 2000. Stupeur : la musique de Air The Virgin Suicides a été lourdement éditée, 80 % des compositions enregistrées ne figurant pas dans le film. Au final, leur musique vraiment blonde mais avec des racines noires est assez peu présente dans le film, mais si essentielle.

Air The Virgin Suicides
Air The Virgin Suicides

Nicolas Godin : « Avec l’editing, on fait ce qu’on veut. C’était la première grande leçon. Le film était devenu beaucoup plus léger et évanescent. J’avais l’impression qu’on était passés à côté du but recherché par Sofia. » Une BO culte qui, comme une poignée de grandes réussites artistiques, n’est que le résultat d’un heureux malentendu.

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CREDITS Air The Virgin Suicides :

Tous les instruments sont joués par Air sauf :

  • Hugo Ferran : Saxophone sur Playground Love
  • Gordon Tracks : Batterie et chant sur Playground Love
  • Brian Reitzell : Batterie sur Bathroom Girl, The Word ‘Hurricane, Dirty Trip, Dead Bodies et Suicide Underground

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