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En 1975, les Bee Gees sont en passe de devenir des has-been. Dix ans après un départ fulgurant semé de hits comme I Started A Joke, Love Somebody ou Massachussets, le groupe a épuisé toutes ses cartouches dans un chef-d’œuvre méconnu (« Odessa ») pour se retrouver à la traîne des modes, entre soul délavée et pop essorée (« Trafalgar »). Seulement, les Australo-britanniques sont du genre persévérants.

Chamboulant totalement leur son et leur approche rythmique, sans oublier d’innover et de surprendre leur monde avec des voix haut perchées comme on n’en a jamais entendues de la sorte, ils trouvent la formule gagnante et rebondissent cette année-là avec l’album « Main Course » et son numéro un Jive Talion, amorce discoïde suivie de près par You Should Be Dancing. Sur cette base, leur fidèle manager et président du label RSO Robert Stigwood, flairant le bon coup, mise sur la production d’un film basé sur l’ascension d’un danseur du dimanche, ou plutôt du samedi.


Bee Gees Saturday Night Fever

Pendant que le scénario mijote, il envoie les frères Gibb au Château d’Hérouville avec pour mission de composer des musiques à faire trembler les murs. Un travail de commande semble-t-il sans grande importance, dont les trois Bee Gees, en professionnels chevronnés, s’acquittent manu militari.

En un week-end, le trio réalise la moitié d’un album. Dès la remise des démos, Stigwood sait qu’il dispose d’un enregistrement sans faiblesse mais est loin de se douter qu’il inclut quatre futurs numéros un et s’apprête à devenir le disque le plus vendu de l’histoire (à son époque).

Un titre se détache particulièrement du lot et doit servir de thème principal au film baptisé Saturday Night Fever. Les musiciens s’opposent à lui donner le même titrage qu’au film qu’ils jugent trop commun et conservent celui qu’ils avaient prévu, Stayin ‘Alive. C’est que les frères Gibb en sont quand même assez fiers, d’autant qu’il a été enregistré dans des conditions rocambolesques.

Bee Gees Saturday Night Fever, l'apogée du disco
bee gees saturday night fever

Dennis Byron, le batteur qui devait soutenir les harmonies vocales du trio, apprend le décès de sa mère en pleine séance et doit partir précipitamment. Toute l’équipe se met à la recherche d’un remplaçant mais ne trouve pas de professionnel disponible dans les environs.

Le producteur Albhy Galuten fait des essais avec une boîte à rythmes, sans résultat probant, et il est finalement décidé d’extraire deux mesures de la partie de batterie de Night Fever et de les éditer en boucle, ce qui confère à Stayin’Alive ce rythme hypnotique.

Facétieux, les frangins créditent le batteur « Bernard Lupe » (en référence au célèbre batteur Bernard Purdie et à la séquence loop). Du coup, nombre de studios chercheront à recruter le fameux batteur, obligeant le groupe à révéler la private joke. Illustrant une scène d’anthologie de John Travolta, Stayin ‘Alive marquera l’apogée du disco, avec une vidéo tournée dans une station de métro désaffectée, loin des paillettes et boules à facettes.

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Conte social plus que « fiction disco », comme on l’a dit et répété lors de sa sortie, la fièvre du samedi soir est inspiré d’un article de Nick Cohn soi-disant basé sur des faits réels et paru dans le New York Magazine intitulé «Tribal rites of the new saturday night».

Quelques années plus tard, Cohn lui-même avouera l’avoir totalement bidonné. Peu importe, le film fît un carton et révéla John Travolta, fin comédien et brillant danseur, comme il a su le prouver durant les trente années suivantes.

Mais si le disco n’est qu’un prétexte dans le film de John Badham, il est l’alpha et l’oméga de sa bande originale. Les principaux interprètes en sont bien sûr les Bee Gees, dont les six chansons présentes sur la BO ont toutes été des hits mondiaux et des numéros 1 américains : « Jive Talkin' » (que l’on n’entend pas dans  le film), « More Than A Woman », « You Should Be Dancing », « How Deep Is Your Love », « Night Fever » et « Staying Alive ».

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En avril 1977, les Bee Gees se rendent à Paris avec deux idées en tête : mixer un album live et travailler sur un matériel nouveau pour surfer dans le sillage de leur album « Children of the world ». Dans les studios froids et austères du château d’Hérouville (récemment libérés par David Bowie qui venait d’y enregistrer « Low »), les Bee Gees reçoivent un appel de leur manager, Robert Stigwood. Il vient d’acheter les droits d’un article de presse de l’écrivain Nick Cohn «Tribal Rites… » et veut en faire un film. Pour cela, il a besoin d’au moins quatre chansons pour présenter son projet.

Staying Alive, l’une d’elles, est fascinante. Composée par les trois frères sur des guitares acoustiques et écrite sans qu’ils aient lu l’article ou le scénario, elle saisit parfaitement la lutte pour la survie au cœur d’une ville (« Life going nowhere, somebody help me» ; «La vie ne mène à rien, venez-moi en aide») et l’envie de fuir la réalité que représente le dancefloor. La percussion insistante a été reprise de Night Fever, morceau précédemment enregistré.

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Les frères Gibbs écrivent et produisent nombre de titres de la bande originale comme «If i Can’t Have You» d’Yvonne Elliman, déjà embauchée par Stigwood sur Hair, ou «More Then A Woman» de Tavares, un groupe familial aux costumes immaculés originaire du Cap-vert.

Comme pour les premiers titres, le reste de la bande originale est soigneusement sélectionné par Stigwood et Bill Oakes avec des tubes comme « Boogie Shoes » de KC & the Sunshine, « Open Sesame » de Kool & The Gang ou « Disco Inferno » des Trammps, qui jouent le rôle du groupe maison du club 2001.

C’est David Shire, trois ans après The Taking of Pelham 123, qui se charge de la musique additionnelle (dont une partie n’a pas été utilisée par Badham et est restée inédite), et on retrouve trois de ses compositions instrumentales sur le double album vinyle qui contenait à l’origine 17 titres. On y trouve également MFSB, Walter Murphy et Ralph McDonald.

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Robert Stigwood, le producteur du disque, bâtira un empire avec les dizaines de millions de dollars que lui rapporta la BO de ce qui reste un des films musicaux les plus référentiels de tous les temps, copié, parodié et adulé depuis des générations.

La bande originale a brisé de nombreux records (20 millions de disques écoulés) et contribué, heureusement ou malheureusement, à changer le contenu des BO de films en mettant l’accent sur les chansons plutôt que sur les compositions instrumentales.

Source : www.franceinter.fr – www.disclogs.com – www.theguardian.com

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CREDITS :

Enregistrée en 1977 – Château d’Hérouville (France) ; The Mom & Pops Company Store (Studio City) ; Burbank Studios (Californie) ; Criteria Studios (Miami) – RSO Records

  • Barry Gibb – lead, harmony and backing vocals, rhythm guitar (tracks 1–4, 12–13)
  • Robin Gibb – lead (track 2), harmony and backing vocals (tracks 1–4, 12–13)
  • Maurice Gibb – bass, harmony and backing vocals (tracks 1–4, 12–13)
  • Alan Kendall – electric guitar (tracks 1–4, 12–13)
  • Blue Weaver – keyboards, synthesizer, piano (tracks 1–4, 12–13)
  • Dennis Bryon – drums, percussion (tracks 1–4, 12–13)
  • Joe Lala – percussion (tracks 1–4)
  • Stephen Stills – percussion (track 13)
  • Mike Baird – drums (track 10)
  • Michael Boddicker – synthesizer (tracks 8, 10)
  • Bob Bowles – guitar (tracks 5, 7)
  • Dennis Budimir – guitar (track 10)
  • Sonny Burke – piano (tracks 5, 7, 8); electric keyboards (track 15)
  • Eddie Cano – acoustic piano (track 15)
  • Mike Caruso – guitar (track 6)
  • Paulinho da Costa – percussion (tracks 5, 7)
  • Scott Edwards – bass (tracks 5, 10, 15)
  • Steve Forman – percussion (tracks 8, 10, 15)
  • James Gadson – drums (tracks 5, 7–8)
  • Ralph Grierson – keyboards (track 10)
  • Mitch Hoder – guitar (track 8)
  • Abraham Laboriel – bass (track 8)
  • Freddie Perren – synthesizer, keyboards, percussion (track 5)
  • Emil Richards – percussion (track 10)
  • Jerome Richardson – flute solo (track 15)
  • Tony Terran – trumpet solo (track 15)
  • Lee Ritenour – guitar (tracks 8, 10, 15)
  • David Shire – adaptation (track 10)
  • Mark Stevens – drums (track 15)
  • Chino Valdez – congas (track 15)
  • Bob Zimmitti – percussion (tracks 5, 7, 15)
  • Bill Oakes – compilation, album supervision

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