Bill Fay

La musique de l’anglais Bill Fay est de celles dont on supporte mal d’avoir été privé si longtemps, un peu comme lorsqu’on a découvert pour la première fois Nick Drake, David Ackles ou Chris Bell. C’est à la fin des années 1990 que furent réédités pour la première fois les deux albums de ce parfait inconnu, disparu corps et biens après leur sortie au début des années 1970.

Depuis, encouragé par les dithyrambes qui les ont accueillis, Bill Fay a enregistré deux autres disques magnifiques, comme s’il avait été préservé des épreuves du temps.

Pour revenir au début, il y a d’abord ces deux titres de 1967, notamment le flamboyant Screams in the Ears, auquel fut pourtant préférée à l’époque la valse crypto-dylanienne Some Good Advice pour figurer sur la face A d’un simple qui marchota pendant l’été des fleurs.

Bill Fay
Bill Fay

Et puis, trois ans plus tard, vint ce premier album portant son nom, littéralement enflammé par les incroyables arrangements de Michael Gibbs.

Déboulant comme un torrent, l’orchestre de cuivres et de cordes transporte d’honnêtes folksongs (on pense beaucoup à Al Stewart, un peu à Donovan, plus du tout à Dylan) sur ces rivages paradisiaques d’habitude fréquentés par Spector ou Bacharach et, même si la voix de Bill Fay n’est pas toujours à la hauteur d’un tel voyage, le résultat s’avère d’une délicatesse infinie. Ces Garden Song, Gentle Willie ou Be not so Fearful sont ainsi de radieux mirages pop tout juste troublés par un réveil mélancolique, cousus d’un revers de crêpe noir à peine visible (The Room, allusion voilée à la junkitude de son auteur).

Bill Fay
Bill Fay

L’année suivante, en revanche, le ton s’assombrit pour de bon. Entre-temps, Fay s’est laissé pousser une barbe de loque dépressive (c’est jamais bon signe, ça), et son deuxième album est l’exact négatif du précédent.

L’orchestre a déserté, laissant place à une plus modeste formation rock dominée par une guitare free aux coupables tentations progressives, mais que le piano de Fay ramène toujours à la raison. Les chansons, considérablement dérangées, parlent du Christ et de Hitler, mais demeurent d’une beauté foudroyante, totalement préservée des marques du temps et dont la tardive résurrection tient du miracle.

Bill Fay
Bill Fay

Bill Fay commençait les notes de pochette de son premier album par ces mots : « La seule chose que je puisse dire, c’est que je ne suis plus sûr de rien. » La seule chose dont on est sûr, c’est qu’il est un génie méconnu dont l’aura est allée depuis en grandissant.

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