Bande originale de Black Caesar (J. Brown), le Parrain de Harlem

Black Caesar – Enregistré entre 1972 et 1973 – Polydor
Au début des années 1970, James Brown entame la troisième phase de sa carrière. Après avoir réussi la fusion du be-bop et de la soul dans les années 1960, le parrain de la soul popularise le funk avec sa spectaculaire formation, les JB’s.

Sous l’impulsion du tromboniste Fred Wesley, promu directeur musical en 1971, celui qu’on surnomme « the hardest working man in show-business » se tourne ensuite vers une musique moins monomaniaque et davantage orchestrée. Black Caesar (Le Parrain de Harlem) est la première bande originale de James Brown pour le cinéma. Après Isaac Hayes et Curtis Mayfield, le géant de la soul intègre un mouvement blaxploitation alors à son zénith.

Produit et réalisé par Larry Cohen, Black Caesar met en scène Fred Williamson, une ancienne star du football américain reconvertie dans le cinéma de boston. Dans cette adaptation (très) libre du Parrain de Coppola, Tommy Gibbs (Williamson) infiltre une famille de mafieux italiens et devient le premier ponte noir de New York.

James Brown n’a pas lu le script de Black Caesar, pas plus qu’il ne visionnera les rushes tournés par Larry Cohen. Brown se tourne vers Fred Wesley et lui donne quelques indications sommaires relatives aux trois thèmes exigés par la production : une poursuite, une scène de funérailles et un interlude amoureux.

Fred Wesley réarrange « Down And Out in New York City », une vieille chanson country de Bodie Chandler, puis compose à une vitesse supersonique un score d’une somptueuse richesse harmonique, à grand renfort de bassons, cordes, percussions et synthétiseurs divers. L’exercice est plaisant mais la main de fer du Godfather tempère rapidement l’enthousiasme du directeur musical.

black caesar
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Conscient que seulement 30 % de la bande-son a été enregistré, James Brown décide de réutiliser d’anciens hits pour combler les espaces manquants, au grand désespoir de Wesley et des producteurs, dont le contrat exigeait la présence de titres originaux. Pris entre deux feux, le tromboniste écrit une série de nouveaux thèmes sans en informer son employeur, dont « Blind Man Can See It » et « Sportin’ Life », instrumental lumineux pour orgue Hammond et cuivres solaires.

Le soir de la première à New York, Fred Wesley s’assoit derrière son patron et s’apprête à recevoir un châtiment proportionnel à sa faute professionnelle. Celui-ci ne tarde pas à arriver : à peine l’intro de percussions de « Sportin’ Lite » entamée, Brown se tourne vers Wesley et lui adresse un discret mais ferme « t’es viré ».

black caesar
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À l’issue de la projection, les lumières se rallument et toute l’assemblée félicite Brown pour son score éblouissant et en particulier le superbe « Mama’s Dead », déchirante ballade au pathos fortement éloigné du répertoire habituel de James Brown. Dans une énième volte-face, Brown pardonne instantanément son lieutenant. L’esclave a été épargné, mais le César noir aura bien d’autres occasions de baisser le pouce.

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CREDITS : Charles Bobbit : Composer – Bob Both : Mixing, Production Supervisor – James Brown : Arranger, Composer, Conductor, Primary Artist, Producer, Vocals – Bodie Chandler : Composer – Lyn Collins : Composer, Primary Artist – Barry De Vorzon : Composer – Jeff Faville : Redesign – Jan Hammer : Composer – Joseph M. Palmaccio : Digital Remastering – Fred Wesley : Arranger, Composer – J.B.’s, The : Performer

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