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Bonga Angola 72, bande-son de la lutte d’indépendance angolaise

Never love alone
Bonga Angola 72, bande-son de la lutte d’indépendance angolaise Posted on 20 mai 2019Leave a comment
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Bonga Angola 72 – Enregistré en 1972 à Rotterdam (Pays-Bas) – Lusafrica records
« Angola 72 a été enregistré en une journée, de 8 heures à 20 heures. Le lendemain, il était mixé, et quinze jours après, il était distribué dans la clandestinité par des Cap-Verdiens de Rotterdam. En Angola, il a été censuré, les gens ne pouvaient l’écouter que les volets clos, les maisons fermées. Mais il a recueilli un immense succès. »

Ainsi Bonga retrace-t-il l’aventure de son premier album Bonga Angola 72. Il ne se doute pas alors qu’il vient d’enterrer pour de bon sa carrière de coureur olympique pour devenir subitement un chanteur de premier plan qui porterait les aspirations à la décolonisation de l’opposition angolaise, puis le refus intransigeant de se soumettre à tout système d’oppression gouvernemental, à commencer par celui qui devait ravager l’Angola et le conduire à sombrer dans une interminable guerre civile.


Bonga Angola 72

Né José Adelino Barçelo de Carvalho en 1943, à Kipiri, à une soixantaine de kilomètres de la capitale, Luanda. Il change son nom en Bonga Kuenda à l’adolescence, reflet d’une prise de conscience aiguë à l’égard de la colonisation portugaise. Il a appris la musique auprès de son père, pêcheur et accordéoniste et compris aisément la portée qu’elle pouvait avoir, reliée aux aspirations politiques de sa génération.

De son enfance, il garde un souvenir ému : « Il y avait la forêt vierge, et surtout l’odeur de la jungle, une odeur de fruits et d’herbes, très forte, chaude, qui m’a marqué. J’y retourne à présent, et j’en ramène du manioc que j’achète sur les bords du fleuve, et je respire, je respire, parce qu’en ville il n’y a que l’odeur du dollar. »

Dans les années 1950, le guitariste et chanteur Carlos Liceu Vieira et le groupe Ngola Ritmos mélangent les musiques paysannes rituelles ou festives (le semba, le kazutuka, du carnaval de Luanda) avec les sons urbains.

Carlos Vieira participe au mouvement africaniste surgi dans la banlieue de Luanda. Il sera à ce titre déporté au Cap-Vert en 1959, et enfermé au bagne de Tarrafal, comme de nombreux intellectuels opposants à Salazar. C’est une autre internationale lusitanienne qui se crée : celle de la résistance à la dictature.

Bonga Angola 72

Le jeune José Adelino suit ce chemin, il prend le nom africain de Bonga Kuenda. Il rejoint la formation de son père accordéoniste, musicien de rebita, le style des pêcheurs de l’Ilha do Cabo, et fonde Kissueia (« la misère des quartiers pauvres » en kimbundu), un groupe où le commentaire de la situation coloniale passe par des formes traditionnelles africaines, détestées des Portugais.

Une chape de plomb s’abat sur le Portugal, qui n’en sortira qu’en 1974, avec la « révolution des oeillets ». Champion du Portugal du 400 mètres, Bonga s’engage dans la lutte pour l’indépendance après avoir rejoint le club sportif Benfica de Lisbonne.

Subissant les foudres de la PIDE, la police politique, il s’exile en Hollande en 1966, à Rotterdam, où vit une forte communauté cap-verdienne.

Parmi eux, Joao Silva, dit Djunga di Beluca, un drôle d’énergumène plus tard ambassadeur du Cap-Vert en Hollande, mais qui, pour l’heure, produit les albums des vedettes communautaires, Voz de Cabo Verde, Luis Morais, Bana.

Bonga Angola 72

Ce personnage pittoresque enregistre les deux albums qui ont ouvert la carrière de Bonga, Angola 72, qui comporte le titre Mona Ki Ngi Xica. Cet album fondateur, dont les dix chansons ont des accents déchirants et mélancoliques, devient rapidement une sorte de bande-son de la lutte d’indépendance angolaise.

L’album s’ouvre par le somptueux « Uengi Dia Ngola », un blues angolais lancinant sur un lit de bongos et une guitare acoustique, sur lequel Bonga pose une voix résolue et fière de ses racines. Dans la même veine, « Ku Tando », « Luanda nbolo » ou « Paxi Ni Ngongo » expriment à merveille la souffrance de l’exil, loin du pays natal dont Bonga signe les carnets musicaux.

Des titres comme « Kilumba Dia Ngola » ou « Muadikime » sont d’efficaces morceaux de danse alors que « Mu Nhango » est un instrumental qui semble inspiré par une cascade au cœur d’une forêt dense.

Bonga ne se soucie que de peindre, en langue kimbundu et à travers des sembas traditionnelles, les détails de la répression dont il avait été le témoin dans son pays d’origine :

“La vie que j’avais vécue chez moi se retrouvait dans cet album : les gens battus, emprisonnés, tout cela je l’avais vu. «  Comme cassée par trop de sanglots mais déjà parfaitement ajustée, sa voix entonne ici ses premières plaintes, mélodieuses à fendre l’âme et rendre les armes. Un contre-pouvoir artistique et politique qui n’a jamais faibli malgré le passage des ans.

Bonga Angola 72

Après la sortie de ce premier opus, ses semelles de vent le poussent ensuite à Paris, où il enregistre un deuxième album tout aussi fondamental que le premier, simplement intitulé Angola 74, où l’on retrouve une version magnifique de « Sodade », un titre universel popularisé par Cesaria Evora vingt ans plus tard.

“Personne ne l’avait enregistrée mais beaucoup de Capverdiens chantaient déjà cette chanson à l’époque, quand je vivais en exil à Rotterdam. Il était légitime, et pour moi un honneur, que Cesaria la reprenne à son tour. D’autant que nous avons eu l’occasion de la chanter sur scène en duo, au Coliseo dos Recreios de Lisbonne, un grand moment de ma carrière.”

Le thème de cette chanson composée par Luis Morais et le leader indépendantiste bissau-guinéen Amilcar Cabrai est universel, évoquant le mal du pays. Line grande partie de l’art de Bonga se retrouve dans cette saudade, où le désir, le regret et la nostalgie se confondent.

Devenu Disque d’or, Bonga fait la « une » des journaux néerlandais. Il est alors reconnu par la PIDE et doit fuir « en Allemagne, en Belgique ». En 1973, il arrive à Paris, au Quartier latin, où se mélangent alors les artistes africains, les Latinos, les Afro-Américains, les Brésiliens.

« C’est là que je suis devenu artiste. Avec ma voix rauque, je suis devenu préposé à la nostalgie, j’allais au Discophage, rue des Ecoles, tout le monde venait. C’était un climat de fête, de vie. »

De tous les musiciens angolais, Bonga est sans aucun doute le plus connu, tant dans son pays qu’à l’étranger. Il appartient à une caste de chanteurs africains qui tutoie les étoiles et a donné tout son sens à la notion, aussi plurielle soit-elle, d’africanité. Immédiatement identifiable grâce à sa voix rauque et puissante, Bonga incarne l’opinion d’une nation meurtrie. Il est impossible de dissocier sa musique, tout particulièrement Bonga Angola 72, du contexte politique dont elle est issue.

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