Caetano Veloso Caetano Veloso

Enregistré entre avril et mail 1969 – Salvador studio – Philips records
Dès l’ouverture en arpèges descendants d’« Irene », premier titre de Caetano Veloso, mélodie évidente et lumineuse, l’on sait qu’il va s’agir d’un disque d’espoir avant tout. Ces chansons ont été écrites en pleine agitation tropicaliste, alors que Veloso et Gil, jeunes meneurs pleins d’idéaux, rêvaient de secouer les mentalités, d’infléchir les tendances culturelles de leur pays.

Hélas, l’année 1969 commence en prison pour les deux compères, et c’est en liberté surveillée qu’ils seront contraints d’enregistrer les ébauches de ce disque, avec Gilberto Gil à la guitare acoustique pour seul musicien.

Mais l’heure n’est pas encore au folk désespéré à la Nick Drake : Rogério Duprat et son équipe – incluant un Lanny Gordin dont la guitare n’a jamais autant irradié le psychédélisme – vont maculer ce bel écrin blanc de leurs stries de cordes, cuivres saillants et autres coulées électriques.

En résulte un grand disque polymorphe digne de la pop baroque ou psyché la plus délirante des années soixante. Car le blanc, couleur de la paix comme du silence de la censure, est aussi la couleur contenant toutes les autres, à l’albédo aveuglant.

Et pour cause : ici se bousculent des styles musicaux venus des quatre coins du pays, voire du continent, sans oublier l’Angleterre pop.

Caetano Veloso Caetano Veloso
Caetano Veloso Caetano Veloso

Un patchwork qui fait écho à un autre album blanc, celui des Beatles, auberge espagnole qui brassait toutes les influences en saynètes bien distinctes.

En vrac : folk bruitiste et lacéré (l’immense « Empty Boat »), tango milonga (l’hilarant « Cambalache », où les noms de John Lennon et de Ringo Starr font une apparition dans la bouche d’un Caetano Veloso à l’accent argentin impayable), musique de carnaval bahianais (« Atrâs do Trio Elétrico », comme entendue depuis les haut-parleurs saturés des camions sonorisés du carnaval de Bahia), air traditionnel (« Marinheiro sô », qui bifurque allègrement de Salvador vers Woodstock)…

Caetano Veloso Caetano Veloso
Caetano Veloso Caetano Veloso

Et même quelques allusions inspirées par les lectures du boulimique Caetano Veloso le fado « Os Argonautas » au refrain emprunté à Fernando Pessoa et un « Acrilirico » recréant les disjonctions narratives de Joâo Guimarâes Rosa et de James Joyce. Où se situe Caetano Veloso dans cette mosaïque ?

Peut-être chez les extraterrestres, eux aussi à l’honneur le temps d’un « Nâo Identificado » comparant le présent disque à une soucoupe volante, objet musical non identifié dans un Brésil encore trop crispé. En instance de départ pour un exil européen, celui que l’on taxait d’aliéné semble rassembler tout son univers dans ces douze titres.

Caetano Veloso Caetano Veloso
Caetano Veloso Caetano Veloso

Derrière son aspect décousu, ce disque est peut-être l’expression la plus éclatante et sans compromis du grand chaos tropicaliste, mêlant avec le même courage frondeur psychédélisme et formes plus classiques, sans hiérarchie ni retenue. Ce qui ressemble bien à l’esprit originel du carnaval.

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CREDITS Caetano Veloso Caetano Veloso :

Une pensée sur “Caetano Veloso (C. Veloso), expression éclatante et sans compromis du grand chaos tropicaliste”

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