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Never love alone
Chronique /. Posted on 2 septembre 2012Leave a comment
Never love alone

(…) Le énième come-back d’une chanteuse constamment sur la corde raide, fragile et déroutée par ses succès précoces dans le monde du folk, par ses échecs amoureux et sa propre bohème. Plutôt que de stimuler son instinct de conservation, Joni va plutôt chercher à exprimer son mal être et ses espoirs les plus secrets. À l’époque, elle est séduite par le jeu et le son de Jaco Pastorius. Il lui faudra quelques semaines pour le retrouver et l’inviter à conclure les sessions de ce disque. Jaco passe deux après-midi à improviser sur quatre titres qui feront l’événement. Très liée à Crosby, Stills, Nash & Young, elle cherche une complémentarité semblable, une harmonie distinctive que lui apporteront enfin Jaco et sa basse au timbre irrésistible, dont les contre-chants sont autant de marges poétiques pour les couplets exacerbés de la jeune femme. Une puissance élégiaque naît de leur communion, un climat unique, une révérence d’une profondeur et d’une authenticité qui les comblera tous deux. Le plus étonnant, c’est que Jaco et Joni ne furent pas amants. La sensualité de leur musique aura été trop perceptible et intimidante. De véritables étreintes sur Hejira et surtout Refuge OfThe Roads : une idylle par laquelle on a un peu oublié la prestation magique de Neil Young à l’harmonica sur Furry Sings The Blues et l’apesanteur de Larry Carlton sur A Strange Boy. Jaco Pastorius écrase la scène américaine de son élégance. Il commettra trois autres albums pour joni. (…)

muziq magazine

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Après l’aventureux The Hissing of Summer Lawns, Joni Mitchell sort Hejira, encore plus abouti et magique. Composé à la guitare durant un trajet en voiture entre New York et Los Angeles, l’album évoque un voyage intérieur avec incursion dans des paysages musicaux inexplorés dans le rock et la pop. Le titre est significatif : en arabe Hejira désigne le départ de son foyer et plus précisément, dans l’histoire de l’Islam, le voyage de Mahomet de La Mecque vers Médine où il mourut.  Pour Joni Mitchell, il s’agit plutôt d’un « vol » à l’intérieur d’elle-même et de ses émotions.

La tapisserie musicale fournie de The Hissing of Summer Lawns  fait place à des paysages épurés et austères. Les morceaux doivent leur hypnotisme au nombre minimal d’instruments : une ou deux guitares, une basse, et parfois quelques percussions. Hejira  va plus loin que les précédents albums dans l’accointance avec le jazz.  L’album doit beaucoup au bassiste virtuose Jaco Pastorius, qui a su rendre le sens de l’espace requis par la musique de Joni Mitchell. Sur « Coyote », « Hejira », « Black Crow » et le magnifique « Refuge of the Roads », sa basse irradiante de beauté trouve les ponctuations idéales. Avec l’habitué John Guerin impeccable de retenue,  il forme une paire rythmique somptueuse.   Les textes sont parmi les plus soignés et audacieux qu’elle ait écrit revisitant les thèmes amoureux de Blue avec plus de recherche poétique. Le Canadien Neil Young fait une apparition remarquée à l’harmonica sur le très folk « Furry Sings the Blues » évocation émouvante d’un musicien de blues de Memphis. Dans le blues poignant « The Blue Motel Room », Joni Mitchell tente douloureusement de renouer avec un ancien amoureux et de cesser « la guerre froide ». Les balais frottés contre les peaux, la contrebasse tout en nuances nous propulsent dans un club de jazz au terme d’une soirée.   De cet album imposant, on retient « Amelia », ballade planante sur l’aviatrice Amelia Earhart disparue en mer à 30 ans et le fabuleux et rythmé « Coyote » figure d’un amant « prédateur », la chanteuse y disserte avec un humour cruel de ses relations difficiles avec les hommes. Sur  le plus vindicatif « Black Crow », elle jette un regard assez amer sur ce qu’a été sa vie jusqu’alors « In search of love and music /My whole life has been /Illumination/Corruption » et avoue sa lassitude des voyages à travers la symbolique d’un corbeau noir parcourant le ciel. Autres titres marquants : « Strange Boy » touchant portrait d’un jeune homme bloqué dans l’enfance que la narratrice initie à la vie, « Song for Sharon » chronique amère des désillusions du mariage et le très pessimiste « Refuge of the Roads » où Joni Mitchell exprime l’impossibilité par le voyage de fuir ses problèmes et le malaise humain face à l’immensité de l’Univers.   Hejira, par ses teintes grises et vaporeuses, est son album le plus maîtrisé où les atmosphères musicales ornent des mélodies complexes sans être ésotériques. Après ce nouveau sommet, Joni Mitchell s’attaque à son premier double album le fantastique Don Juan’s Reckless Daughter.  

François Bellion / music story
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