Curtis Mayfield live

Curtis Mayfield Live – Enregistré en janvier 1971 au Bitter End Club de New York – Curtom
Début 70s, comme un symbole de la déliquescence du combat pour les droits civiques et de la fin de la solidarité noire, les principaux groupes de soul voient leur chanteur tenter l’aventure en solo. Eddie Kendricks quitte les Temptations, Diana Ross délaisse les Suprêmes, Smokey Robinson abandonne les Miracles.

Curtis Mayfield ne déroge pas à la règle et fait donc ses adieux aux Impressions, entamant ainsi une carrière qui va définitivement l’asseoir comme l’un des tout meilleurs compositeurs de musique noire de son temps. Après un premier disque éponyme devenu depuis une référence absolue du genre, Curtis part en tournée pour confronter sa nouvelle œuvre au public.

En résulte ce Curtis/Live double vinyle enregistré en janvier 1971 au Bitter End Club de New York. Située à Greenwich Village dans la Bleecker Street chantée par Simon & Garfunkel, cette salle prestigieuse a fêté récemment ses quarante-six ans d’existence.

Une longévité à toute épreuve due à une programmation éclectique et intelligente, qui a vu défiler Frank Zappa, Charles Aznavour; Bill Haley ou Bob Dylan, aussi bien que Donny Hathaway, Sam & Dave, Nina Simone ou Stan Getz. L’endroit est confiné mais chaleureux, l’audience est assise autour de petites tables tandis que le groupe joue, adossé au fameux mur de briques rouges du club.

C’est donc dans une ambiance intimiste que Curtis Mayfield chante ces soirs-là. Accompagné par sa fidèle guitare accordée en fa dièse (à l’image des touches noires d’un piano) et sa voix en falsetto, il remanie les tubes du répertoire des Impressions et interprète ses dernières compositions.

Curtis Mayfield Curtis
Curtis Mayfield Live

Parmi les premiers, on retrouve surtout les hymnes noirs que sont « We’re A Winner » et « People Get Ready », prémices de l’engagement politique et social du chanteur en solo. Plutôt que de politique, on parlera plus volontiers d’humanisme à propos de Curtis Mayfield.

Presque tous ses textes sont empreints de cet idéal de tolérance et de solidarité entre les hommes si cher à Martin Luther King – cité par ailleurs dans « We’re A Winner » – dont les prêches enflammés trouvent ici leur meilleur équivalent dans le discours artistique. Plusieurs années après l’assassinat du pasteur, Curtis chante toujours l’espoir de lendemains heureux avec une même foi inextinguible. L’un des morceaux inédits du disque ne s’intitule-t-il pas « I Plan To Stay A Believer » ?

Curtis Mayfield live
Curtis Mayfield live

Cet optimisme inébranlable, on n’ose dire béat, n’a pas manqué d’être critiqué à l’époque. Lors de la sortie de Curtis/Live! le célèbre journaliste Jon Landau reprocha ainsi à Mayfield de sacrifier son génie de la mélodie à de prétentieux bavardages.

Il faut reconnaître que des chansons comme « Stare And Stare » ou « (Don’t Worry) If There’s A Hell Below We’re All Gonna Go » ne font pas dans la sobriété verbale… À la fin de sa chronique, Landau fustigeait également la frugalité des arrangements, bien loin du feu d’artifices orchestral auquel les Impressions avaient habitué leur public.

Sur ce point, le critique ne rend pas justice au groupe qui accompagne Curtis, à savoir Tyrone McMullen (batterie), Craig McMullen (guitare) et Joseph Scott (basse). Surtout, la virtuosité aux percussions de « Master » Henry Gibson volerait presque la vedette au chanteur.

Curtis Mayfield live
Curtis Mayfield live

Malgré l’absence d’une section de cuivres comme sur l’original, « Mighty Mighty (Spade And Whitey) » est un petit bijou de soul funky emmené par des chœurs haut perchés et des boucles wah-wah tout en rondeurs. Le jeu à la guitare de Mayfield vaut beaucoup pour son accordage inhabituel d’une part, et d’autre part pour le rythme si particulier qu’il impulse à ses riffs, un style qui influença Jimi Hendrix et qui fait des ravages sur « Check Out Your Mind », « Don’t Worry », ou encore « Stone Junkie ».

La recette fonctionne aussi à merveille à l’écoute de « We’re A Winner » et « We The People Who Are Darker Than Blue », contrairement à la version de « Gypsy Woman » qui s’éloigne sans réussite des sonorités doo-wop que les Impressions maîtrisaient si bien.

Dans l’ensemble, Curtis Mayfield Live pose les fondements du succès à venir de Curtis Mayfield. L’accueil réservé au double 33-tours s’avère en outre chaleureux puisque l’album est propulsé à la vingt et unième place des charts pop, ouvrant ainsi la voie au chef- d’œuvre absolu du compositeur: la bande originale du film de blaxploitation Superfly, qui paraîtra un an plus tard.

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CREDITS :

Curtis Mayfield – guitar, vocals
Craig McMullen – guitar
Joseph « Lucky » Scott – bass
Tyrone McCullen – drums
Henry Gibson – percussion, congas, bongos

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