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Hunky Dory (David Bowie), une pièce caméléon et une œuvre de transition

Never love alone
Hunky Dory (David Bowie), une pièce caméléon et une œuvre de transition Posted on 4 octobre 2019Leave a comment
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David Bowie Hunky Dory – Enregistré en juin-août 1971 au studios Trident, Londres – RCA
Matrice des odyssées futures et notamment de Ziggy Stardust, les épiques Oh! You Pretty Things et Life on Mars préfigurant l’expédition, ce quatrième album de David Bowie est aussi celui où le prodige anglais termine son apprentissage en rendant un dernier hommage à ses maîtres, avant d’en devenir un lui-même.

En cette année 1971 (David Bowie Hunky Dory), Bowie incarne parmi d’autres l’androgynie et le glam-rock au cœur de l’austère Grande-Bretagne de l’époque. Le glam, un genre musical où des caractéristiques stylistiques féminines se conjuguent à la musique rock, à la culture pop et aux esprits de science-fiction de ses protagonistes.


David Bowie Hunky Dory

Si les deux premiers points illustrent clairement son troisième album « The Man Who Sold The World » (1970) et, ici, « Hunky Dory », il se murmure déjà que David Bowie prépare un coup grandiloquent pour compléter le trident, à savoir, créer dans un futur proche un personnage à l’intelligence extraterrestre venu délivrer un message de paix.

Aux prémisses de l’avènement de Ziggy Stardust (qui naîtra quelques mois plus tard), notre homme jette donc avec cet album un dernier coup de collier avant le premier grand virage de sa carrière.

David Bowie Hunky Dory
David Bowie Hunky Dory

« Hunky Dory » le bien nommé se veut telle une pièce caméléon, une œuvre de transition dans laquelle il condense ses inspirations et les sels de son existence artistique, à savoir cette science avant-gardiste dont il fut à l’époque l’un des rares à transposer aussi admirablement sur partitions, et où ses penchants pour le music-hall, jazz, rock et folk trônaient tels des alliés fondamentaux afin d’étayer sa créativité.

En tant que producteur, mon rôle se limitait à tirer le meilleur des artistes, à pousser jusqu’au bout leurs idées. J’étais vraiment au service de Bowie, pour l’aider à faire le tri dans sa tête. Je me souviens du jour où il m’a fait écouter les maquettes de Hunky Dory pour avoir mon avis. Je pensais qu’il y avait là de quoi faire un joli petit album ! Je n’étais pas vraiment impressionné, non… Mais du coup, j’étais terrifié, car c’était mon premier disque, je n’avais que 26 ans et il fallait qu’on me remarque. Je me sentais en totale imposture sur Hunky Dory. Mais lui était certain de son fait et n’a jamais rien fait pour m’intimider, il était très ouvert à mes idées.

Il enregistrait depuis des années, sans grand succès, mais il savait que ça arriverait : c’était juste une question de patience. Il a eu de la chance : à l’époque, les maisons de disques envisageaient encore le long terme, elles laissaient aux artistes marginaux le temps de se développer. Bowie n’avait donc aucune pression. D’ailleurs, nous n’avons vu personne de sa maison de disques dans les studios pendant que nous faisions Hunky Dory : ils l’ont découvert fini. (Ken Scott)

David Bowie Hunky Dory
David Bowie Hunky Dory

La face B, notamment, avec Song for Bob Dylan, Andy Warhol et Queen Bitch (portrait d’un décadent transformiste qui n’est autre que Lou Reed), résonne comme un catalogue d’obsessions personnelles transcendé par cette assurance (arrogance) de bientôt s’y inscrire lui-même.

Si les prochains disques seront marqués par des couleurs et des ruptures précises (glam, soul ou electro-ambient), Hunky Dory impressionne par sa variété de styles et de tons, Bowie aspirant tout sur son passage : le folk d’inspiration anglaise (Eight Line Poem) ou américaine (The Bewlay Brothers), comme la pop la plus enflammée (Changes, Kooks), le cabaret (Fill Your Heart) ou la chanson suave à la Elton John (Quicksand).

David Bowie Hunky Dory
David Bowie Hunky Dory

Serti d’arrangements magnifiques signés par son guitariste Mick Ronson, Hunky Dory bénéficie aussi de la production en dentelle de Ken Scott, aidé par Bowie lui-même, crédité comme The Actor.

Pour l’enregistrement, nous commencions par la carcasse : batterie, basse, puis la guitare et le piano. C’était un jeu de cubes musicaux qui s’achevait par la prise de voix. David ne chantait jamais en direct, tout au plus enregistrait-il parfois des parties de guitare sèche. Il adore composer, mais il déteste le studio, où il s’ennuie à mourir. Techniquement, nos enregistrements étaient d’une simplicité confondante. Le seul moment épineux, complexe, c’était le mixage. Car là, David ne venait jamais, c’était trop fastidieux pour lui. C’était donc une lourde responsabilité pour moi, car je voulais changer plein de détails. Hunky Dory a d’ailleurs été un disque plus alambiqué que Ziggy Stardust, plus brut. (Ken Scott)

Acteur et metteur en scène de sa vie d’artiste multiforme en germe sur ce disque fabuleux, David Bowie aura fait de Hunky Dory le manifeste de son futur, mais aussi celui d’une grande partie des années 1970. Et bien au-delà, l’album étant toujours, quarante-cinq ans après, cité comme une inépuisable source d’inspiration.

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