Dusty in memphis

Dusty in memphis – Enregistré en septembre 1968 – Memphis et NYC (USA) – Atlantic
En 1968, l’avenir semble scellé. La pop est out et le rock psyché in. Les interprètes de sexe féminin ont du mal à trouver des chansons à succès. Dusty Springfield ne fait pas exception. Ses derniers tubes, que ce soit d’un côté de l’Atlantique comme de l’autre, remontent à l’été 1966.


Dusty in memphis

Ahmet Ertegun, directeur visionnaire d’Atlantic Records, n’a pas d’idée précise sur ce qui deviendra Dusty in memphis mais comprend qu’elle est une interprète aussi douée qu’Aretha Franklin. Il veut la faire enregistrer en studio avec l’orchestre qui a fait le succès de la diva soul.

Dusty Springfield décide de confier sa destinée au mythique label et s’envole en septembre 1968 pour les States. Une session est calée avec les Memphis Cats (sessionmen d’Elvis et de Wilson Pickett) le guitariste Reggie Young et le bassiste Tommy Cogbill, les plus fines gâchettes d’Atlantic.

Rien n’est laissé au hasard : Jerry Wexler s’est adjoint les services d’Arif Mardin, producteur Midas de la maison Atlantic, et de l’ingénieur du son Tom Dowd, un diplômé de physique nucléaire qui a contribué à la fabrication de la première bombe atomique.

Contre toute attente, ce qui s’annonçait comme un rêve de producteur tourne vite à la bérézina. Jerry Wexler a réservé un créneau à Muscle Shoals, en Alabama, et a choisit lui-même 80 chansons pour Springfield : de la soul gospel comme Son of a Preacher Man (qu’Aretha Franklin reprendra plus tard) à des ballades comme The Windmills of Your Mind.

Dusty Springfield
Dusty in memphis – Dusty Springfield

Dusty Springfield, qui a pour habitude de sélectionner rigoureusement les titres qu’elle interprète (pour la chanteuse, « dire oui à une chanson équivaut à un engagement à vie »), refuse d’entrée toutes les suggestions de Jerry Wexler. Après d’âpres négociations, elle en accepte finalement 15. Entre temps, il n’y a plus de place au Muscle Shoals. Jerry Wexler l’emmène à Memphis.

Situé dans un quartier d’affaires de la ville, le studio vaut pour sa légende plus que pour son atmosphère : il était « dépouillé, fonctionnel, pas très beau », raconte le producteur. Les musiciens du studio qui travaillaient avec Wexler et les coproducteurs Arif Mardin et Tom Dowd pour enregistrer les pistes de base apprirent vite à ne pas attendre Springfield, qui ne pouvait venir sans être maquillée, ce qui prenait des heures.

Dusty Springfield
Dusty in memphis – Dusty Springfield

En fin de compte, elle ne chanta pas une seule note. « Je n’ai même pas pu enregistrer une démo de sa voix, rapporte Wexler. Elle était habituée à enregistrer avec un orchestre, et nous lui demandions de chanter les parties vocales seule. Les artistes habitués à chanter accompagnés se sentent perdus. »

La production se poursuit à Manhattan, où Mardin et Dowd ajoutent des cordes, des cuivres et une cithare hongroise. Springfield « avait absorbé ce qui s’était passé à l’American », selon Wexler. Sa voix trouva l’esprit soul qu’elle avait tant cherché, mais seulement quand les pistes de l’accompagnement furent poussées à plein volume. «Je ne comprendrai jamais comment elle arrivait à sortir cette voix sans s’entendre elle-même. »

Dusty in memphis, c’est la rencontre au sommet d’une extraordinaire voix blanche et de la grande musique noire américaine.

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CREDITS Dusty in memphis : Dusty Springfield : voix – The Sweet Inspirations : choeurs – Reggie Young : guitare, sitar – Tommy Cogbill : guitare, basse – Bobby Emmons : orgue, piano, piano électrique, congas – Bobby Wood : piano – Gene Chrisman : batterie – Mike Leach : congas – Ed Kollis : harmonica – Arif Mardin : producteur, arrangeur (violons et cuivres) – Tom Dowd : producteur, arrangeur (cuivres), ingénieur du son – Jerry Wexler : producteur – Gene Orloff : chef d’orchestre, arrangeur – Terry Manning : ingénieur du son – Ed Kollis : ingénieur du son – David Redfern : photographie

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