François de Roubaix, entre musique traditionnelle et électronique

François de Roubaix

François de Roubaix est né le 3 avril 1939 à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine). Son père, Paul de Roubaix, réalisateur, va lui permettre très tôt de faire ses premières armes. Total autodidacte, il n’a jamais reçu une seule leçon de solfège ou d’harmonie.

La formation atypique de François de Roubaix est née des techniques d’improvisation du jazz, à l’opposé de ses aînés : Georges Delerue, Maurice Jarre, formés au conservatoire de Paris.

«Il déclenchait chez les compositeurs plus installés un mélange de fascination et d’agacement, témoigne Stéphane Lerouge. C’était un aventurier. Il cassait les règles, était polyvalent, inventait des trucages et manipulait la vitesse des bandes magnétiques à demi-vitesse. Montrer, avec un look de néo-bab, qu’il n’était pas si difficile d’écrire pour le cinéma, c’était iconoclaste. Il s’est révélé seul à travers les commandes qu’on lui passait.»

François de Roubaix
François de Roubaix

Il fait ses débuts dans la composition de musique de film, en 1959, pour le court-métrage « L’or de la Durance » réalisé par Robert Enrico. Par la suite, il tournera encore quelques courts, avant que Robert Enrico, enchanté par son travail, lui fasse faire sa première composition pour le cinéma avec le film « Contre point » en 1964.

Véritable expérimentateur, de Roubaix prend très tôt conscience des sonorités inédites qu’offrent les générateurs de fréquences. Pour lui, c’est l’outil idéal pour ouvrir les portes d’un nouveau monde sonore, pour exprimer le mystère des espaces sous-marins, ancêtres du synthétiseur, qu’il utilise dès 1960.

Il travaillera ensuite pour la série TV « Les survivants ». Suivront deux films de Robert Enrico : « Les grandes gueules » et « Les aventuriers » respectivement avec Bourvil, (pour le premier) et Lino Ventura et Alain Delon (pour le second).

Ce multi-instrumentiste, doué d’une palette sonore impressionnante, n’hésite pas à marier le Moog à la guimbarde, l’ocarina à la cithare. Pionnier du home studio, il enregistre tout lui-même dans son gigantesque appartement de la rue de Courcelles.

Il avoue lui-même : « C’est le mélange des deux genres, musique traditionnelle et musique électronique, qui m’intéresse. J’essaye de créer une sorte d’équilibre, de pont entre le folklore et la recherche ».

François de Roubaix
François de Roubaix

Dans les années 60, il travaillera pour les plus grands réalisateurs : Melville (« Le samourai » , un thème devenu mythique) ou bien encore Julien Duvivier (« Diaboliquement vôtre »). Par la suite il composera la musique impressionnante par sa puissance de « Adieu l’ami » avec Alain Delon et Charles Bronson.

En 1972, il composera ce qui sera sa plus célèbre partition : « La scoumoune » de José Giovanni. La Scoumoune était à la base une démo jouée au synthé pour dessiner une mélodie future. Quand le réalisateur José Giovanni manifesta son souhait de la conserver en l’état, sans réorchestration additionnelle, de Roubaix comprit qu’il pouvait être autonome, tout concevoir et tout produire avec son home studio, construit en 1971 avec trente ans d’avance.

Dernier domicile connu est la cathédrale du compositeur. Ses cascades de cordes, de cuivres et de figures rythmiques, découpées à coups de guitare fuzz, ont fait l’objet de plusieurs samples.

François de Roubaix
François de Roubaix

Mais, de Roubaix qui est un touche à tout exercera également pour des séries d’animation comme « Chapi chapo ». Chapi Chapo, du nom du film d’animation pour tous petits, est presque anormalement élaborée pour son public cible. Si le thème principal a traversé les âges, les musiques d’appoint manifestent un degré encore supérieur de sophistication mélodique.

«C’est fait avec soin, avec respect, relevait l’artiste Sébastien Tellier dans un documentaire paru en 2014, François de Roubaix au présent. Ce n’est pas parce c’est de la musique pour enfants qu’il va saloper le tintouin. Se moquer des enfants?! Je veux bien qu’on arnaque les parents, mais pas les enfants.»

François de Roubaix n’arnaquait en réalité personne. Il prenait son travail tellement au sérieux que les refus le minaient. Il jouait de trente instruments mais prétendait n’en maîtriser aucun. Il dirigeait des orchestres mais poussait l’autoproduction aussi loin que possible. Il possédait une collection d’instruments acoustiques tous plus bizarres les uns que les autres. Plus bizarres que ses propres synthés, premiers du genre.

En privé, le beau gosse à la barbe fine disait vouloir rattraper son retard dans la compréhension du solfège et les techniques des professionnels de l’écriture. Ses proches surent l’en dissuader. Son rapport à la musique était ludique, en avance sur son temps et profondément démocratique.

«Pour moi, disait-il, la musique contemporaine, c’est la musique vivante, c’est la musique des Beatles, des Pink Floyd, c’est une musique qui a un dialogue avec le public qui existe, qui vit, qui progresse quotidiennement. Ce qu’on appelle musique contemporaine, c’est une musique de recherches qui dialogue avec le public.»

François de Roubaix
François de Roubaix

Il est également l’auteur du thème musical du « Commissaire Moulin » de la première série. Passionné de cinéma, il réalisera également 3 court-métrages. Mais en dehors de la musique, François de Roubaix voue une passion dévorante pour la plongée sous-marine.

C’est en exerçant sa passion, qu’il trouvera la mort le 20 novembre 1975 au large de Ténérife dans les îles Canaries (Espagne). Il devait composer la musique du nouveau film de José Giovanni « Le gitan ».

L’histoire de François de Roubaix n’est pas exactement celle d’un artiste maudit qui aurait eu besoin de l’ère numérique pour faire scintiller ses trésors. Il reçevra un César postume pour la musique du film « Le vieux fusil » de Robert Enrico.

A la fin des années 1970, la parution de trois vinyles successifs de ses meilleures musiques a exercé un effet de fascination sur des futurs musiciens de la French Touch. La musique de François de Roubaix bénéficie du temps qui passe : pas mal, pour des petits travaux faits à la maison.

© Stéphane Lerouge