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Fulfillingness First Finale (Stevie Wonder), album de transition

Never love alone
Fulfillingness First Finale (Stevie Wonder), album de transition Posted on 9 septembre 2020Leave a comment
Never love alone

Enregistré en 1974 aux Record Plant, L.A., Media Sound, N.Y., Westlake Audio, L.A. et Electric Lady, N.Y. – Motown records
Album de transition entre le sommet créatif  d’Innervisions et le monumental Songs In The Key Of Life, Fulfillingness First Finale est le fruit de compositions ébauchées depuis son indépendance artistique lors des sessions de « Music of My Mind », enrichi de deux nouveautés, le message politique You Haven’t Done Nothin adressé au président Richard Nixon et le funky Boogie On Reggae Woman, censé inciter les Américains à tourner leurs oreilles en direction de la Jamaïque.

Le 6 août 1973, alors qu’il quitte Greenville en Caroline du Sud pour rejoindre une station de radio à Durham où il doit faire écouter son tout nouvel album « Innervisions », la Mercury Cruiser conduite par son cousin John Harris percute un camion transportant des troncs d’arbres. L’un d’eux s’écrase contre le pare-brise et touche le chanteur. Immédiatement transféré à l’hôpital, Stevie Wonder reste plusieurs semaines dans le coma.


Stevie Wonder – Fulfillingness First Finale

Réveillé miraculeusement par son tour-manager Ira Tucker qui lui souffle à l’oreille les paroles de « Higher Ground », le musicien se rétablit peu à peu, retrouve toute la dextérité de ses mains sur un synthétiseur, à son grand soulagement et celui de son entourage.

Durant sa convalescence, Stevie Wonder repense à sa vie d’avant l’accident, les journées passées en studio ou en tournée, les obligations promotionnelles ou contractuelles… Ce repos forcé le fait réfléchir à l’avenir, au monde qui l’entoure, au sens à donner à sa vie. Son besoin de spiritualité ainsi que celui de venir en aide aux déshérités prennent le pas, et deviennent sa priorité. Il ne pense pas remonter sur scène de sitôt.

 Fulfillingness First Finale
Stevie Wonder – Fulfillingness First Finale

C’était sans compter sur les facéties de son ami Elton John qui, un soir de concert, au Boston Garden, demande au public d’ovationner le retour de Stevie Wonder alors en coulisses. Tous deux se fendent d’un Honky Tonk Women, suivi de Superstition. Réconforté et requinqué par la chaleur du public, Stevie retrouve goût à la musique.

Quelques semaines plus tard, « Innervisions » rafle trois Grammy Awards. Pourtant, quelque chose cloche. Stevie ne veut plus retomber dans le cycle des longues tournées. Du jour au lendemain, il annule la vingtaine de dates prévues.

L’artiste, qui a cumulé un stock de compositions ébauchées depuis son indépendance artistique, en particulier lors des sessions de « Music of My Mind », préfère reprendre le chemin du studio pour mettre en boîte « Fulfillingness First Finale », enrichi de deux nouveautés, le message politique You Haven’t Done Nothin adressé au président Richard Nixon et le funky Boogie On Reggae Woman, censé inciter les Américains à tourner leurs oreilles en direction de la Jamaïque après le I Shot The Sheriff d’Eric Clapton.

Fulfillingness First Finale
Stevie Wonder – Fulfillingness First Finale

Les séances d’enregistrement marathon dureront parfois trois jours d’affilée, Stevie peaufinant effets de batterie et lignes de basse au Moog pour créer des rythmes fascinants, base de chansons pop possédant tout le drame et la complexité des Lieder de Schubert.

Les chansons sont plus positives que celles d’innervisions, pleines de colère. Ses compositions plus soft mettent l’accent sur les relations humaines, la spiritualité.

Le premier morceau de l’album, « Smile Please », donne le ton de ce que l’on pourrait considérer comme la clôture d’un chapitre de la carrière de Wonder et le début d’un nouveau.

« Heaven Is 10 Zillion Light Years Away » est une invitation à la méditation sur l’existence de Dieu et le rôle qu’il joue dans nos vies. Il ne choisit pas une religion, mais nous fait réfléchir à l’existence ou au concept d’une puissance supérieure sans prosélytisme. On peut entendre les voix de Syreeta Wright, Shirley Brewer, Larry « Nastyee » Latimer et Paul Anka.

Fulfillingness First Finale
Stevie Wonder – Fulfillingness First Finale

Le chant de Too shy to say, ballade country, rappelle celui de Ray Charles et est accompagné de la pedal steel guitar de Sneaky Pete Kleinow des Flying Burrito Brothers.

Suivent le funk agité de Boogie on reggae woman, la ballade sinistre de Creepin et la fusion brésilienne de Bird of beauty.

« They won’t go when I go », néo-gospel épique, dont le texte est d’Yvonne Wright, belle-sœur de Stevie, emprunte à la prière musulmane, au chant grégorien, même hébraïques.

Certainement moins frontal qu’Innervisions dans sa première moitié, Fulfillingness First Finale muscle nettement son propos sur sa deuxième face. Épaulé par les harmonies des Jackson 5, le funk explosif de « You Haven’t Done Nothin’ » prolonge la charge anti-Nixon de « He’s Misstra Know-It-All ».

« Please Don’t Go », adressé à une femme, mais ce n’est ni désespéré ni abject comme « Maybe Your Baby » sur Talking Book. En fait, c’est joyeux. « It Ain’t No Use » traite de la fin d’une romance, mais sur un autre mode, loin de la douleur et de la culpabilité exprimée dans « All in Love Is Fair » d’Innervisions.

Moins funky que ces prédécesseurs, Fulfillingness First Finale s’éloigne de la soul des puristes, des catégories ou limitations raciales, mais transcende les barrières sociales et ethniques. Cette nouvelle aventure réalisée presque exclusivement en solo demeure un album de transition entre le sommet créatif  d’Innervisions et le monumental Songs In The Key Of Life.

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CREDITS :

  • « Smile Please » – Stevie Wonder – lead vocal, background vocal, Fender Rhodes, drums – Michael Sembello – electric guitar – Reggie McBride – electric bass – Bobbye Hall – congas, bongos – Jim Gilstrap – background vocals – Deniece Williams (credited as Denise) – background vocals
  • « Heaven Is 10 Zillion Light Years Away » – Stevie Wonder – lead vocal, background vocal, Hohner clavinet, drums, Moog bass – Paul Anka – background vocal – Syreeta Wright – background vocal – Shirley Brewer – background vocal – Larry « Nastyee » Latimer – background vocal
  • « Too Shy to Say » – Stevie Wonder – lead vocal, piano – James Jamerson – acoustic bass – Sneaky Pete Kleinowpedal steel guitar
  • « Boogie On Reggae Woman » – Stevie Wonder – lead vocal, Fender Rhodes, piano, harmonica, drums, Moog bass – Rocky Dzidzornu – congas
  • « Creepin' » – Stevie Wonder – lead vocal, background vocal, Fender Rhodes, harmonica, drums, Moog bass, T.O.N.T.O. synthesizer – Minnie Riperton – background vocal
  • « You Haven’t Done Nothin' » – Stevie Wonder – lead vocal, Hohner clavinet, bass drum, hi-hat, cymbal – Reggie McBride – electric bass – The Jackson 5 – background vocals – Robert Margouleff and Malcolm Cecil – synthesizers – Horns, drum machine – uncredited
  • « It Ain’t No Use » – Stevie Wonder – lead vocal, background vocal, Fender Rhodes, drums, Moog bass – Lani Groves – background vocal – Minnie Riperton – background vocal – Deniece Williams – background vocal
  • « They Won’t Go When I Go » (Wonder, Yvonne Wright) – Stevie Wonder – lead vocal, background vocal, piano, T.O.N.T.O. synthesizer Bob and Malcolm – programming Moog
  • « Bird of Beauty » – Stevie Wonder – lead vocal, Fender Rhodes, Hohner clavinet, drums, percussions, Moog bass – Bobbye Hall – cuíca – Shirley Brewer – background vocal – Lani Groves – background vocal – Deniece Williams – background vocal – Sergio Mendes – Portuguese lyrics – Drum machine – uncredited
  • « Please Don’t Go » – Stevie Wonder – lead vocal, piano, Fender Rhodes, harmonica, handclaps, drums, hi-hat, Moog bass – Michael Sembello – acoustic guitar – The Persuasions – background vocal – Shirley Brewer – background vocal – Deniece Williams – background vocal
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