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Expresso 2222 (Gilberto Gil), train d’enfer vers un futur meilleur

Never love alone
Expresso 2222 (Gilberto Gil), train d’enfer vers un futur meilleur Posted on 8 janvier 2018Leave a comment
Never love alone

Gilberto Gil Expresso 2222 – Enregistré au studio Eldorado de Sâo Paulo en avril 1972 – Philips
Avril 1972. Gilberto Gil est euphorique: il est de retour au pays triomphalement accueilli, et quand il se rend au studio Eldorado de Sao Paulo, il a bien l’intention de laisser libre cours à son talent inné pour l’improvisation mélodique.

Revenu d’Angleterre des rêves plein la tête, il entreprend de tout célébrer d’égale manière: l’Angleterre et l’Afrique – sa future muse géographique, avec la Jamaïque de Bob Marley -, Rio et Bahia, comme la chanson-titre l’évoque, à travers l’image de cet Expresso 2222, train d’enfer qui le mènerait, lui et les siens, vers un futur meilleur, depuis le petit tramway poussif de la favela, depuis les bleds perdus de sa terre natale de Bahia, jusqu’à ce troisième millénaire qu’il rêve mystique et ensoleillé.

Gilberto Gil Expresso 2222
Gilberto Gil Expresso 2222

La face B, rayonnante d’optimisme, se ferme d’ailleurs sur le pensif « Oriente », méditation folk à la belle étoile, peut-être inspiré dans ses arpèges complexes par l’Incredible String Band que Gil a vu jouer à Londres.

Gilberto Gil, l’éternel gamin, prend alors la voix du grand frère conseillant le plus jeune. Il y est question de boussole intérieure et de voyage qui ouvre l’esprit. « Chiclete com Banana », quant à elle, est une chanson dont l’extrapolation rock révèle tous les trésors. On dirait que Gilberto Gil a pris le titre au pied de la lettre et donné l’élasticité du chewing-gum aux jointures de ses couplets, tandis que le refrain éclate en bulles de scat très jazzifiantes.

Derrière la valse des assonances, dont l’album est truffé, certains universitaires verront dans cette chanson une critique de l’impérialisme culturel, tandis qu’Augusto Boal en fera une pièce de théâtre. Gilberto Gil joue ici un rôle de passeur du patrimoine musical nordestin, alors encore méconnu : dès l’introduction, il invite tout bonnement les fifres et tambours typiques du Banda de Pifanos de Caruaru à jouer à sa place.

Gilberto Gil Expresso 2222
Gilberto Gil Expresso 2222

Ce groupe familial du Sertao existant depuis 1926 évoquerait presque l’Afrique, ce que les guitares filandreuses viendront ensuite confirmer. Dans leurs timbres subsistent encore quelques traces de rock psychédélique, mais c’est bien l’interaction rythmique qui est à la fête.

Solo et notes de guitares, piano et basse entremêlés s’écroulent comme un sac de billes que l’on renverse sur « O Canto da Ema », reprise du compositeur de baiâo Joao Do Vale, et pièce la plus aboutie de cette synthèse des diverses formes musicales du Nordeste.

Gilberto Gil Expresso 2222
Gilberto Gil Expresso 2222

On pense alors aux Novos Baianos, groupe lui aussi très soudé et expressif, enchaînant les solos sur des rythmes surexcités de choro électrique. Ici, on est plus proche des Rolling Stones, mais cette même humeur malicieuse semble jouer sur ce que les musiciens de choro appellent le malandragem, une façon d’improviser ensemble sur les variations de tempo et d’intensité, un sourire joueur en coin. De telles jams justifient bien l’origine brésilienne de l’expression « taper le bœuf ».

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CRÉDITS :
Bass – Bruce Henry
Directed By [Direção Musical], Vocals, Classical Guitar [Violão] – Gilberto Gil
Drums, Percussion – Tutty Moreno
Engineer – Christopher Barton, Marcos Vinicius*
Guitar, Bass – Lanny Gordin
Piano, Celesta – Antonio Perna
Producer – Guilherme Araujo
Supervised By [Coordenação De Produção] – Roberto Menescal

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