Hot Rats (Frank Zappa)

Hot Rats (Frank Zappa)

Hot Rats – Enregistré en Juillet-Aout 1969 au T.T.G., Los Angeles Sunset Sound, Los Angeles Whitney Studios, Glendale – Bizarre Records
Si Miles Davis est l’instigateur du jazz fusion, Frank Zappa est son pendant rock. Le guitariste n’a jamais caché son ambition de créer une musique originale, mêlant les genres.

Une étape dans ce sens est atteinte par l’artiste avec la parution du double album de The Mothers Of Invention, Uncle Meat, plongée profonde dans ses influences jazz et classiques. À partir de cet album, Zappa ne se contente plus de citer des passages d’œuvres qui l’ont marqué, il trouve sa propre voie et développe une technique de composition personnelle qui aboutit à Hot Rats.

Bien que son groupe multiplie les concerts, Zappa décide de le mettre en veille à la fin du mois d’août 1969, afin de donner une suite à son premier disque solo, Lumpy Gravy, sorti l’année précédente. Pour cela, il contacte Ian Underwood, unique musicien de The Mothers Of Invention à participer à Hot Rats, en raison de la complicité musicale qui les lie: « Bunk (Gardner – NdA) savait lire (les partitions – NdA) également, mais j’étais le seul à entendre les notes que Frank voulait jouer ».

Le rôle d’arrangeur tenu par Underwood est donc prépondérant dans la conception de cet album. Comprenant la démarche du guitariste, il s’évertue à combler les manques du disque et à en renforcer les parties un peu faibles. Il superpose les pistes des compositions, offrant une densité musicale encore jamais atteinte par Zappa sur ses précédents enregistrements.

Tout ce travail d’arrangement est possible grâce à l’utilisation d’une table seize pistes, véritable avancée technologique, et au rôle de producteur de Zappa qui possède ainsi un contrôle total sur sa création. Ce dernier souhaite donner une nouvelle orientation à sa musique en mettant en avant les aspects les plus abordables et mélodiques de ses compositions afin de toucher un plus large public, sans pour autant délaisser les collages hétéroclites et les polyrythmiques complexes.

L’album, présenté aux auditeurs comme « un film pour vos oreilles », est en majorité instrumental, selon la volonté de Zappa de prouver ses qualités de compositeur et d’instrumentiste.

Hot Rats (Frank Zappa)
Hot Rats (Frank Zappa)

Au fil de l’enregistrement, Zappa et Underwood décident d’intégrer des musiciens à leur projet, en grande partie des jazzmen rencontrés dans les studios. Ainsi Zappa croise Johnny Otis, un de ses musiciens de rhythm’n’blues préféré, qui enregistre au même moment avec son fils Shuggy (lui-même jouant de la basse sur « Peaches En Regalia »). Les deux hommes, au cours d’une discussion, évoquent Don « Sugarcane » Harris, chanteur et violoniste que Zappa admire depuis son enfance. Ainsi naît dans l’esprit de l’artiste l’idée d’une collaboration avec Harris, qu’il va même retrouver en prison pour travailler sur les titres « Willie The Pimp » et « The Gumbo Variations ».

Hot Rats (Frank Zappa)
Hot Rats (Frank Zappa)

Pas moins de dix musiciens participent à Hot Rats, dont certains ne jouent que sur un morceau ou deux. La participation d’un second violoniste, Jean-Luc Ponty, sur le titre mi-chaotique, mi- structuré, « It Must Be A Camel », est le point de départ d’une fructueuse collaboration entre les deux musiciens.

Dès son ouverture, avec « Peaches En Regalia », l’album s’inscrit dans une mouvance jazz-rock – que l’on retrouve dans « Little Umbrellas » ou « Son Of Mr. Green Genes », morceau déjà présent sur Uncle Meat, ici entièrement réorchestré par Underwood. Le rythme binaire imposé par le batteur Ron Selico – malgré des ruptures incessantes -, le rappel constant du thème principal, le sens de l’autodérision apporté par un son comique de clarinette et les parties de guitare de Zappa contribuent à rendre ce morceau accessible, devenant par la suite un classique du répertoire de Frank Zappa.

Hot Rats (Frank Zappa)
Hot Rats (Frank Zappa)

Sur « Willie The Pimp », seule chanson de l’album, le guitariste demande à Captain Beefheart de donner vie à « Willie le maquereau » en lui prêtant sa voix. Morceau le plus rock de l’album, il est construit sur un unique riff joué par Harris, thème autour duquel Zappa développe un long solo de guitare improvisé directement pendant la première prise, puis à peine retravaillé lors de la postproduction.

Tout l’album est dominé par cette dynamique d’improvisation, comme sur « The Gumbo Variations », tour de force de seize minutes dans lequel Frank Zappa impose pour la première fois son style, aux frontières du jazz, du rock et de la musique modale classique. Le titre est porté par une improvisation de saxophone de Ian Underwood, une telle réussite que Zappa décide de supprimer quelques-unes de ses propres interventions sur le morceau afin de mettre en valeur le jeu du saxophoniste.

Disque de Frank Zappa conçu comme le plus accessible, Hot Rats se place à sa sortie à la 99e place des charts américains… pour en sortir aussitôt. Il représente tout de même un certain succès pour l’artiste et est vite reconnu comme son seul disque à faire l’unanimité chez ses fans comme chez les néophytes. Un exploit rarement réitéré…

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CRÉDITS :

Frank Zappa : guitare, percussions, basse
Ian Underwood : orgue, piano, clarinette, flûte, saxophone
Max Bennett : basse, sauf sur 1
Captain Beefheart : harmonica, voix (2)
John Guerin : batterie (2, 4, 6)
Don « Sugarcane » Harris : violon (2 et 5)
Paul Humphrey : batterie (3 et 5)
Shuggie Otis : basse (1)
Jean-Luc Ponty : violon (6)
Ron Selico : batterie (1)
Lowell George : guitare (non crédité)

Production : Frank Zappa
Ingenierie : Dick Kunc, Jack Hunt, Cliff Goldstein, Brian Ingoldsby
Direction musicale et arrangements : Frank Zappa