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L’Ecole du micro d’argent (IAM), contestation sociale sur fond de références mythologiques

Never love alone
L’Ecole du micro d’argent (IAM), contestation sociale sur fond de références mythologiques Posted on 11 février 2020Leave a comment
Never love alone

IAM l école du micro d argent – Enregistré en 1997 – Delabel records
Sur 16 pistes, les Marseillais dépeignent leur univers, un monde où la contestation sociale se fait sur fond de références mythologiques et de clins d’œil cinématographiques, avec un brin de déconnade et de gouaille marseillaise. Tout comme le Wu-Tang Clan, IAM s’inspire d’un pan de la culture asiatique et mélange plusieurs références aux arts martiaux avec son propre attrait pour la mythologie et l’histoire du bassin méditerranéen.

En 1997, les Marseillais trouvent leur forme idŽéale, sous influence du rap hardcore américain. Après avoir terminé son initiation, le petit scarabée IAM a gagné sa ceinture de grand maître du rap français. Il n’aura fallu attendre que trois albums pour voir IAM atteindre cette sérénité. Sur IAM l école du micro d argent, les Marseillais abandonnent la gaudriole qui déridait De la planète Mars et qui aidait à atteindre la ligne d’arrivée du marathon Ombre est lumière.

Faire l’album à New York était une évidence. Depuis tout petit, Kheops et Akhenaton allaient là-bas acheter leurs vinyles. C’est aussi un son qu’ils cherchaient, ce son très cinématographique. Des samples comme ceux de «l’Empire du côté Obscur», «Petit Frère», «Demain c’est loin», ça ne se faisait pas en France, où le rap était encore naissant. Les studios américains avaient plus l’habitude : là-bas, c’était les ingés son qui faisaient les samples, alors qu’en France c’était plutôt les DJ. (Nicole Schluss)


iam l école du micro d argent

On est parti à New York au printemps 1996. On a vécu quatre mois dans le même appartement. C’est là qu’on a pensé cet album-là. Y’a une énergie incroyable dans c’te ville. Et c’était pas le New York d’aujourd’hui, ça tirait sur Allen Street ! Le Lower East Side, c’était un champ de tir. Maintenant, c’est branchouille-land. A l’époque, Delancey Street, c’était le tiers-monde, ça nous rappelait des rues pas finies de Marseille, complément claquées avec tout par terre…Akhenaton Au Greene Street, franchement on faisait pas grand chose. Parce qu’il y avait un mec qui squattait la télé avec des films de kung-fu à fond…(Akhenaton)

Déjà, l’album solo Métèque et mat d’Akhenaton laissait transparaître une sensibilité d’auteur que l’on sentait bridée à l’époque où le rappeur se déplaçait en groupe. Passé ce déclic, IAM n’a plus eu besoin de fanfaronnades pour se livrer au public.

Terminée, l’époque où il réglait ses comptes avec les beaufs ou les fafs et qu’il singeait les corbeaux new-wave ou Partenaire Particulier sur des parodies dignes d’une fin de banquet. C’est lorsque IAM ose se dévoiler dans son intimité qu’il séduit le plus.

On aurait d’ailleurs bien tort d’oublier les racines méridionales des rappeurs. La tchatche demeure le point fort des Phocéens qui excellent dès qu’ils se mettent à conter leurs mésaventures, comme sur le brillantissime Elle donne son corps avant son nom.

iam l école du micro d argent
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Le temps des vignettes sur son époque est aussi passé. IAM aborde des thèmes plus personnels où la gravité est souvent de rigueur, tel le clin d’œil à NTM à travers l’évocation de la censure sur Dangereux, la mort d’un proche sur Un cri court dans la nuit ou le désespoir social sur Demain, c’est loin.

Là, le groupe n’a plus besoin de clamer son identité ni de se montrer au Stade Vélodrome : il s’est trouvé une âme. Et si IAM ose sortir sans gourmette ni chaîne en or, sa musique en devient tout aussi épurée.

La lourde rythmique funk qui faisait tellement de dégâts sur scène laisse aujourd’hui la place à une nouvelle sorte de C-funk (C pour Canebière) désossé, qui peut légitimement revendiquer l’appellation originale de drum’n’bass.

Pourtant, rien à voir avec la jungle dont l’Angleterre s’est amourachée à l’époque : c’est plutôt du côté du rap hardcore new-yorkais qu’il faut chercher une filiation à cette trame musicale, qui se laisse volontiers dominer par le couple basse/batterie.

A cette rythmique omniprésente se superposent d’innombrables trouvailles musicales répétitives, dont on trouve les racines auprès d’un hip-hop américain à tête chercheuse : on pense parfois à Jeru the Damaja (donc à DJ Premier, donc à Gangstarr) et, bien sûr, aux boucles hantées des lointains cousins du Wu-Tang Clan.

iam l école du micro d argent
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Invitée sur le formidable La Saga, la clique de Staten Island est implicitement présente sur nombre de morceaux, soit directement citée (Quand tu allais, on revenait), soit en ombre chinoise (Un bon son brut pour les truands).

Un jour Tonton (Imhotep) fait tourner l’instru de «la Saga» à fond. Et là, il y a les mecs de Sunz of Man qui rentrent dans le studio et ils disent : «Oh, c’est quoi ce son ?» «C’est un morceau qu’on n’a pas encore écrit.» De suite : «On veut en être !» Mais, en fait ils sont sur plein de morceaux de l’Ecole qu’on a pas sorti au final… C’était des affiliés au Wu-Tang Clan mais c’était pas le Wu-Tang proprement dit. Les gars du Wu-Tang, c’était en fait une myriade de groupes, je sais même pas combien… Tu avais la Killarmy, les Sunz of Man, Timbo King … En fait, ça s’est fait par l’intermédiaire d’un ami commun, Billy, un peintre. On se retrouvait chez lui pour chiller le soir après le studio. Rigoler, boire un coup, tout ça. Et puis eux, ils passaient souvent. De fil en aiguille, ils sont passés au studio, ils ont squatté autour d’un ping pong, d’une table de billard…

Le goût pour le cinéma et ce qu’on qualifierait maintenant de « pop culture » est également assumé. Un Bon Son Brut Pour Les Truands constitue ainsi une des nombreuses lettres d’amour adressées par le groupe à Sergio Leone, tandis que L’Empire du Côté Obscur offre une relecture de la saga de George Lucas adaptée à la sauce phocéenne, puisque Akhenaton y proclame son envie « d’éradiquer ce niais de Jean-Claude Gaudin Skywalker ».

Le morceau avait d’ailleurs dans un premier temps été construit sur un sample de la musique de Star Wars, mais le groupe a finalement dû y renoncer, John Williams (le compositeur de la BO) ayant refusé de leur céder les droits d’un de ses morceaux.

Enfin, dans le pays de la littérature engagée, ce sont les morceaux dénonciateurs et porteurs d’un message social qui ont le plus marqué. Petit frère, relecture désabusée de contes pour enfants, ou Nés sous la même étoile, triste rappel que « certains naissent dans les choux, d’autres dans la merde » ont fait d’IAM les étendards du « rap conscient ».

iam l école du micro d argent
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Parmi les autres morceaux notables, L’Enfer permet de comprendre, sans même avoir lu Sartre, que « l’enfer, c’est les autres », alors que sur Chez le mac, Akhenaton et Shurik’n filent la métaphore de la prostitution pour vanter leur maîtrise de la langue française. Mais le morceau le plus remarquable reste Demain c’est loin, un ovni musical de 10 minutes construit sur une mélodie simple et entêtante, sans refrain, où les 2 MCs rappent la réalité des cités, comme personne ne l’a jamais fait.

Shurik’n ouvre la marche et déroule un couplet construit sur une série d’anadiploses restée dans toutes les mémoires (« fausse diversion, un jour tu pètes les plombs/ Les plombs, certains chanceux en ont dans la cervelle ») avant qu’Akhenaton ne prenne le relais et ne conclue sèchement et froidement l’album en expliquant ne pas penser à demain, « parce que demain c’est loin. »

Le morceau, conçu comme un microscope concentré sur les quartiers, obtiendra sa suite officieuse 10 ans plus tard: La fin de leur monde, un télescope tourné vers le reste de la planète.

iam l école du micro d argent
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A cette nouvelle âpreté musicale s’ajoute enfin l’omniprésence de la rugosité verbale de DJ Kheops, qui fait de L’Ecole du micro d’argent un album définitivement plus proche de l’ombre que de la lumière.

Après la sortie de L’Ecole, les membres du groupe profitent du succès de l’album pour chacun se concentrer sur des projets en solo. Ce n’est qu’en 2003 qu’un nouveau disque d’IAM, Revoir à Printemps, voit le jour. Mais celui-ci, comme les quatre autres qui ont suivi, souffre de la comparaison avec ce qui était devenu le mètre étalon du hip-hop français. Comme si la barre avait été placée trop haut.

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CREDITS :

Masterisé à Hit Factory, New York excepté « La Saga ». Ingénieurs assistants: Phil Painson et Danny Madorsky aux Greene Street Recording Studios / Tim « The Enchanter » Conklin, Erica Larsen, Joe Rivera et Patrick Derivaz aux Sorcerer Sound Studios / Mike Rew et Dave Aronson aux Studios Quad Recordings / Jacques Obadia et Olivier Millo au Studio Zorrino / Manu Fyrabend au Studio Guillaume Tell / Fabrice Leyni et Thierry Chemouny au Studio Mega. Editing et séquence de « DJ Kheops Scratch Records »: Josh Werthiemer aux Studios Greene Street.
Artwork made in Marseille. iam l école du micro d argent

Track A1, B3, D2, E3 recorded at Greene Street and Studio Guillaume Tell, mixed at Studio Guillaume Tell.
Track A2, C1, C2, D1, E1, F1 recorded and mixed at Studio Mega.
Track B1 recorded and mixed at Studio Guillaume Tell.
Track B2 recorded at Greene Street Studios, Quad Recording and Sorcerer Studios, New York. Additional Recording at Studio Guillaume Tell.
Track C3, E2 recorded at Greene Street Recording Studios, New York. Mixed at Sorcerer Sound, New York.
Track F2 recorded at Greene Street Recording Studios, New York. Mixed at Studio Guillaume Tell.

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