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Interview de B. Womack

Never love alone
Interview de B. Womack Posted on 14 septembre 2012Leave a comment
Never love alone

La soul c’est quoi ?

La soul, c’est le feeling. Aucun homme ne la possède pour lui seul. L’homme noir se trompe quand il pense que la soul est noire. Ça lui fait croire que seuls les Noirs ont une âme, c’est faux. Si tu aimes quelqu’un et que tu apprends que tu ne vas jamais le revoir, il se peut que tu pleures plus fort que moi. Et c’est ça, la soul : quelque chose de profond qui vient de l’intérieur. Quand un Black chante, on croirait qu’il pleure. L’homme blanc qui ne comprend pas ça se trompe car sans âme, rien ne va plus. Quand j’entends Paul Young chanter « Everytime You Go Away »…C’est de la soul !
Bt comment! J’aurais aimé enregistrer ce morceau. Pourquoi n’y ai-je pas pensé avant?

C’est plus facile pour un Blanc ?

Le problème c’est qu’ils sont plus nombreux ! (il se roule par terre de rire.) Moi, je suis blindé. Par exemple, l’année dernière, les Stones m’appellent pour faire l’album Dirty Work. Mick me dit : « Man, on ne peut pas te créditer sur la pochette, mais tu ne travailleras pas pour des clopinettes », si tu vois ce que je veux dire… Bon, parallèlement à ça, j’avais un tube numéro un au hit-parade black, « Wish He Didn’t Trust Me So Much ». Les stations blanches ne le passent pas. J’ai l’habitude, remarque.

Quand j’ai fait «It’s All Over Now » avec mes frères les Valentinos, que dalle. Les Stones la reprennent? Number one ! J’ai chanté « Looking For Love », un morceau fabuleux. J. Geils Band le reprend, et hop, exit Bobby Womack ! Donc même topo pour « Wish He Didn’t… », alors j’appelle MTV pour crier au secours. Je leur dis : Aidez-moi pour cette chanson ! Il est temps que les gens apprennent que je suis une légende. Je veux le succès pour moi, pour une fois.

J’ai 42 ans, qu’est-ce que vous voulez de plus ? » Et le type me répond froidement : «Tu sais, c’est vraiment un super-disque mais ça n’est pas notre créneau». J’ai entendu ça toute ma vie. J’oublie l’incident et pendant une session de Dirty Work, j’apprends que MTV veut une interview des Rolling Stones. Ils refusent, « no interview », point final. Et un beau soir, le président de MTV m’appelle à mon hotel. « Écoute, on a un problème. Au fait, ça va ? » Je lui réponds que ça irait sûrement mieux avec un peu de promotion sur mon disque. Et là, il me sort : « Justement, c’est de ça que je veux parler. Si tu arranges une interview avec un des Stones, Ron, Bill, même Charlie (il n’a pas osé mentionner Keith et Mick), on passe ta vidéo cinq fois par jour, avec un reportage d’une demi-heure sur toi en plus. » Deux jours plus tard, j’arrivais aux studios MTV en limousine noire avec tous les Stones. L’interview a duré deux heures. Du coup, ils m’ont interviewé aussi.

Le statut des musiciens noirs a-t-il évolué depuis les années 60 ?

Quand je jouais avec Sam Cooke, il y avait les Blancs d’un côté et les Noirs de l’autre, comme en Afrique du Sud, man ! On n’avait pas droit aux hotels, tout juste les motels le long des routes. De quoi choper le blues. La différence aujourd’hui, c’est que les Blacks sont tellement obsédés par le crossover que pour être vendables, ils sont prêts à se peindre en blanc. (Une femme de chambre arrive, tout intimidée. Elle tend en tremblant une photo de l’artiste et lui demande une dédicace.) Bien sûr! Donne-moi ça, pas de problème. (Au dos, il griffonne son numéro de téléphone.) J’habite une villa à Beverly Hills, entre celles de Joan Collins et de Frank Sinatra. Tu peux m’appeler, passer me voir ! Ah ! Ah ! Ah !

Never love alone

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