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Interview de J. Boyd

Never love alone
Interview de J. Boyd Posted on 6 septembre 2012Leave a comment
Never love alone

A part, Richard Thompson, vous avez signé plusieurs grands guitaristes: John Martyn, Nick Drake… Vous vous intéressez particulièrement à la guitare ?


JB: Mmm, non. Ça n’a pas grand chose à voir. Richard est un guitariste, c’est vrai, mais pour les autres, c’est différent. Pour Nick Drake, c’étaient les chansons qui m’avaient frappé. Ce n’est qu’après, pendant l’enregistrement du premier disque, que j’ai pensé “Tiens, il n’est pas mal comme guitariste”. (…)

(…) Nick Drake était différent de Fairport. Il venait d’une tradition un peu aristocrate, contrairement à Richard Thompson qui est d’origine plutôt bourgeoise. Nick a été dans une public-school à Cambridge, et son héritage à lui, c’était plutôt Noel Coward. Sa mère a du reste écrit des chansons dans le genre. Par la suite, il a aimé le blues, tout ça, mais il n’échappait pas à ses racines, à cette attitude un peu distante, sans émotion, fragile. Ces apports adaptés à la guitare blues, et aussi le fait qu’il était génial, c’était ça sa musique.

Comment était-il en studio ?


JB: Nick hésite beaucoup à dire ce qu’il pense, à donner son opinion; mais il sait aussi très précisément ce qu’il veut et ce qu’il ne veut pas. Comme il est très introverti, pour le stimuler, je le confronte à beaucoup de monde: John Cale, Richard Thompson, des batteurs, des pianistes, des arrangeurs… Souvent, il n’aime pas. Mais de temps en temps, il murmure “It’s OK”; avec John Cale par exemple.

Poor Boy est une chanson que j’ai produite sans aucun encouragement de sa part; il ne la voyait pas du tout comme ça. Mais en fin de compte, quand il a écouté les choristes noires, le piano jazz, il a dit “OK, I like it”. Il tergiversait beaucoup. Je devais lui proposer plusieurs solutions pour être sûr d’en trouver une qui lui plaise: “Non, non, non, oh oui. OK!”. Je pense qu’après Bryter Layter, il a décidé qu’il ferait l’album suivant seul; sans en être complètement sûr. Je n’ai jamais vraiment sû ce qu’il pensait des deux albums que nous avons faits ensemble. Quand il n’aimait pas, je le sentais. Pour le reste…

J’aimerais qu’on parle de l’épisode avec Françoise Hardy. Est-ce qu’il existe des enregistrements qu’ils auraient faits ensemble ?


JB: Je ne pense pas. Les choses se sont passées assez rapidement. Quelqu’un m’avait dit que Françoise Hardy aimait beaucoup les disques de Nick, qu’elle voulait chanter une de ses chansons, qu’elle aimerait bien le rencontrer; peut-être souhaitait-elle qu’il lui écrive une chanson. J’ai dit “Nick, allons à Paris!”.

Nous y sommes allés tous les deux, nous avons appelé Françoise Hardy, et nous sommes allés chez elle prendre le thé. Nous avons peut-être passé deux heures dans son appartement. Nick a dû dire deux ou trois mots, pas plus. J’ai essayé de les laisser seuls. Je suis allé à la salle de bains, je suis allé téléphoner, je suis allé regarder les disques, mais il ne s’est pas passé grand chose. Par la suite, Nick m’a dit qu’il était retourné à Paris, peut-être deux ans plus tard. Il a essayé de l’appeler, mais c’était occupé, ou bien ça ne répondait pas. Voilà tout ce que je sais. Pour moi, il ne s’est rien passé, il n’a jamais écrit de chanson pour elle. Peut-être en avait-il cette deuxième fois à Paris, mais s’il ne l’a pas rencontrée…

© Extrait d’une interview avec Joe Boyd, producteur de Nick Drake propos recueillis par Benoît BINET – Mars 1986

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