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Interview de J.C. Vannier

Never love alone
Interview de J.C. Vannier Posted on 30 septembre 2012Leave a comment
Never love alone

Pouvez-vous nous parler de votre rencontre avec Gainsbourg ?

J.C. Vannier : J’ai rencontré Serge Gainsbourg à Londres. Il logeait dans une petite maison à Chelsea avec Jane, et moi dans une chambre sans dessus dessous à l’hôtel Caddogan, là où Oscar Wilde, un de mes auteurs préférés, passa ses dernières heures de liberté avant d’être jeté en prison. A l’époque c’était un lieu totalement décadent, mais les lits de travers, les rideaux déchirés, les escaliers branlants, les portes impossible à ouvrir ni à fermer, le bar mal éclairé, fréquenté jadis par  Edouard VII et ses maîtresses, et où le garçon ratait une fois sur deux le mélange instable et subtil des Irish coffe, m’enchantaient. Aujourd’hui le Caddogan est un palace, et ses riches occupants ignorent certainement qu’un pauvre forçat a dormi là.

Comment a démarré Melody Nelson ?

J.C. Vannier : Après l’enregistrement de la musique d’un film de Robert Benayoun, que nous avions écrite ensemble, Serge me parle d’un projet,  « Melody Nelson ». Comme j’attends les détails, il me dit : « je n’ai que le titre. Pas de musiques, pas de paroles, rien. As-tu quelque chose dans tes tiroirs ? » Je me souviens exactement de l’expression, car j’avais alors compris « as-tu quelque chose de méritoire ? »

J’ai écrit certaines musiques, Serge d’autres, et nous avons conçu toute une suite hétéroclite de chansons : Il y en avait même une qui s’appelait « Melody au zoo ». C’était un peu « Bécassine à la plage ». Serge me disait : « à nous deux on est Cole Porter, les paroles et la musique, je suis Cole et tu es Porter ».

Nous sommes allé au studio, à Londres ; j’avais écrit pour une rythmique composée de Big Jim Sullivan, Vic Flick, Dougie Wright et Herbie Flowers. Je jouais les claviers et nous avons enregistré une heure de musique. Toujours pas de texte.

Quelle était votre façon de travailler ensemble ?

J.C. Vannier : On se téléphonait toutes les nuits -avec Serge Gainsbourg-, on se voyait, on échangeait des idées assis l’un en face de l’autre, avec pour étalon la chanson Les Petits Pavés, de Maurice Vaucaire et Paul Delmet, un texte exemplaire.

C’était un travail d’équipe. Jane a trouvé le nom de Sunderland. Mon père, celui du modèle de la Rolls. Mais les paroles piétinaient: il avait juste trois lignes par-ci, trois lignes par-là. Serge plongeait dans le Dictionnaire de rimes d’Albin Michel, celui avec une couverture bleue qui comportait en préface un essai sur la poésie avec des sonnets de José Maria de Heredia.

Il s’est alors débrouillé pour que les textes de Melody Nelson forment des sonnets, pour que les mots aient une intensité dramatique, une “forme dangereuse” à la Heredia. D’après lui, cette structure poétique le faisait entrer dans la case écrivain. Ensuite, l’écriture de Melody Nelson est devenue exponentielle: c’était un peu Bécassine aux sports d’hiver, au zoo… Mais toujours pas d’histoire. On avait conscience qu’on s’attaquait à quelque chose de paranormal. Serge croyait qu’on aurait un tas de covers (reprises) – il adorait ce mot -et rêvait d’une Ballade de Melody Nelson chantée par Richard Anthony.”

L’idée de la Rolls ?

J.C. Vannier : Comme nous n’y connaissions ni l’un ni l’autre en automobiles, et à fortiori en Rolls Royce, mon père nous a fourni une liste de noms, où Serge a puisé « Silver Ghost », évidemment, l’épicier marocain en bas de chez moi nous a offert le mot « raz el hanout », et voilà pour le décor.

© www.jeanclaudevannier.fr

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