Posted in PRODUCTEUR

Jack Nitzsche, l’autre artisan du « Wall of Sound »

Never love alone
Jack Nitzsche, l’autre artisan du « Wall of Sound » Posted on 17 août 2014Leave a comment
Never love alone

Certains n’en démordent pas : l’artisan principal du fameux « Wall of Sound », cette fusion boursouflée de couches sonores attribué à Phil Spector, c’est lui. Quand Spector, au début des années 1960, fait appel à ses services, Jack Nitzsche est déjà un musicien de studio réputé qui sait jouer d’à peu près tous les instruments (piano, guitare, clarinette, saxophone, notamment).

Il se fait bientôt arrangeur pour Spector de titres comme « He’s a Rebel » des Crystals et « Be My Baby » des Ronettes et, surtout, sur River Deep – Mountain High (1966), l’album maudit de Ike et Tina Turner qui consacre ce « Mur de son », brassage d’une vingtaine de musiciens et d’autant de chanteurs et chanteuses magistralement orchestrés par Nitzsche lui-même.

Sans surprise ou presque, Nitzsche est aussi compositeur et, bientôt, producteur et, par ses collaborations avec des artistes comme Buffalo Springfield, Tim Buckley, Marianne Faithfull, Bobby Darin, les Monkees, Graham Parker et sa longue association avec les Rolling Stones et Neil Young, est l’un des artisans sonores les plus importants du rock, et peut-être aussi l’un des moins bien identifiés. Sans doute s’en est-il consolé en produisant en parallèle plus d’une cinquantaine de bandes originales de films.

Né à Chicago, Nitzsche a été formé par Sonny Bono au sein du label Specialty Records. Il connait ses premiers succès en 1960 avec l’instrumental « Bongo Bongo Bongo », puis, trois ans plus tard, avec son propre titre « The Lonely Surfer », ensuite avec le titre de Jackie DeShannon « Needles and Pins », un hit bientôt repris par les Anglais des Searchers et pour lequel Nitzsche choisit généreusement de partager les crédits avec Sonny Bono.

Consécration, il rejoint l’équipe de Phil Spector et l’élite de son groupe maison, les fameux The Wrecking Crew, aux cotés de Carol Kaye, Hai Blaine, Leon Russell, Glen Campbell et Roy Caton, qu’on retrouve en soutien, souvent très discrètement crédités, de disques majeurs de la pop sixties américaine.

Nitzsche est aussi un compagnon de route, souvent oublié, des jeunes Rolling Stones dont il est de fait un membre officieux. Dès 1964, on le retrouve ainsi sur les sessions de The Rolling Stones N°2, puis sur les albums Out of Our Heads, Aftermath et Between Buttons, et, en particulier sur des titres historiques comme « Play with Fire » (ou Spector joue de la basse sur une guitare électrique), « Paint It Black », « Let’s Spend the Night Together » et « You Can’t Always Get What You Want » (ou Nitzsche est l’arrangeur de la partie du London Bach Choir, aux côtés de deux autres producteurs, Jimmy Miller à la batterie et Al Kooper au cor d’harmonie).

C’est encore Nitzsche qui présente aux Rolling Stones, en 1968, le guitariste Ry Cooder, dont le jeu virtuose en open tuning marquera profondément Keith Richards (qui niera par ailleurs farouchement l’apport de Cooder).

Pianiste de session réputé, Nitzsche se fait ces mêmes années, l’arrangeur de référence de la pop rock apportant notamment une touche de sophistication rare, absentes des parties d’un Paul Buckmaster, par exemple.

Les ambitieuses années 1970 lancées, les Rolling Stones se délesteront rapidement de leur pianiste-arrangeur qui se reportera sur les bandes originales de films dans lesquelles il va progressivement se Spécialiser, de Vol au-dessus d’un nid de coucou à L’Exorciste.

Nitzsche ne coupera toutefois pas tout à fait les ponts avec le rock puisqu’il développera avec Neil Young une collaboration initiée dès 1967 (avec le titre « Expecting to Fly » du Buffalo Springfield) qui le verra produire, ou coproduire (avec David Briggs, Elliot Maier ou Henry Lewy) et arranger une part essentielle de la discographie du chanteur folk, de After the Gold Rush à Harvest, en passant par Time Fades Away et Tonight’s the Night – il retrouvera même Young, après une fameuse brouille, sur des enregistrements aussi tardifs que Harvest Moon (1992).

Des abus de substances illicites expliquent probablement les errements artistiques et personnels de Nitzsche à partir du milieu des années 1970. Il parvient tout de même à s’illustrer avec la production de trois albums d’un jeune Mink De Ville, Cabretta, Return to Magenta et Coup de Grâce, et celle, en 1979, du Squeezing out Sparks de Graham Parker and the Rumor. Il se fait forçat de la production et/ou de la composition de bande originale de films tout au long des années 1980.

extrait de “take one: les producteurs du rock” par Nicolas Dupuy

Never love alone

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.