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Jane Birkin & Serge Gainsbourg, je t’aime moi non plus, 69 année érotique…

Never love alone
Jane Birkin & Serge Gainsbourg, je t’aime moi non plus, 69 année érotique… Posted on 6 février 2020Leave a comment
Never love alone

Jane Birkin Serge Gainsbourg – Enregistré en 1967-68 au Fontana studios, Chappell studios – London –
Depuis 1958, date de sortie de son premier disque, Serge Gainsbourg va et vient entre ses fantasmes. Il érotise au passage la saison 69 d’un coup de rein pénétrant avec ce dixième album.

On n’est pas gaillard quand on sort d’une histoire malheureuse qui finit dans les orties. C’est ce qui arrive à Serge Gainsbourg au cours de l’année 1968, qui voit Bardot s’en aller vers de nouvelles aventures. Serge, lui, est prié de se changer les idées, entre mi-juin et mi-août 1968, sur le tournage du film Slogan, où il donne la réplique à une jeune Britannique dont on peut penser qu’elle est née ceinte d’une minijupe et d’une collection de badges à la gloire des Beatles : Jane Birkin.


Jane Birkin Serge Gainsbourg

Elle a 21 ans, elle a tourné dans quelques films (The Knack, Blow Up), elle est l’épouse sur le départ du compositeur John Barry (James Bond), mère d’une petite fille et dotée d’un accent français à peu près aussi facilement négociable que l’actuel Brexit.

Gainsbourg est né en 1928 (année bissextile), il est peintre, pianiste, auteur, compositeur, interprète et, depuis peu, amaigri et aigri par une love story qui n’a pas survécu à la révolution du printemps 68.

Tournage plié, Gainsbourg-Birkin ne font plus qu’un, la tête pleine de romances d’amour et de projets follement esthétiques. Le 24 août, ils sont déjà ensemble devant les caméras de la télévision française, et les téléspectateurs, vaguement interloqués par cet appareillage inédit, attendent la suite. Ils ne seront pas déçus.

Jane Birkin Serge Gainsbourg
Jane Birkin Serge Gainsbourg

Gainsbourg, à l’époque, est en pleine surchauffe, du genre à noircir une partition par nuit. Celle de Slogan, bien sûr, mais aussi celle de Comment te dire adieu, V.F. d’un titre obscur, qu’il offre à Françoise Hardy. Et celle aussi du film Mister Freedom, étrange crapahutage futuriste et sorte de Marvel européen du plasticien William Klein.

En décembre 1968, Serge est à nouveau en promotion télé, et c’est le drame : la chanson s’appelle 69 année érotique, et quand sort le single, la presse accuse le coup. Sérieusement sous le choc, tout le monde note au passage cette voix féminine, Culbuto vocal qui câline étrangement les syllabes : “soissant’ neuf anney ewotic”. Annoncé en fanfare par ce texte tête-à-queue, 1969 arrive sur ces entrefaites et débute la saison par un mois de janvier traumatique.

Jane Birkin Serge Gainsbourg
Jane Birkin Serge Gainsbourg

La maison Fontana sort le single Je t’aime… moi non plus et, cette fois, impossible de détourner les yeux : il y a du nouveau dans les relations franco-britanniques. Au terme de l’audition, on peut conclure que s’il n’y a pas Gomorrhe, il y a clairement Sodome, suggéré entre deux soupirs.

Et le crime est perpétré sur une Anglaise, en plus. Serge n’était encore jamais allé aussi loin dans l’évocation du rapprochement physique des peuples en chanson et en l’espace de 4’25 (de bonheur).”

Le bonheur se prolonge, peu après, avec la sortie de l’album Jane Birkin Serge Gainsbourg qui s’ouvre, dans sa première version, sur Je t’aime… et s’en prend, au premier chef, à toutes sortes de bestiaires façon zoo de Vincennes : Orang-Outan, Le canari est sur le balcon.

Jane Birkin Serge Gainsbourg
Jane Birkin Serge Gainsbourg

Quelques réminiscences discographiques anciennes sont par ailleurs redistribuées ici et là (Sous le soleil exactement, sans Karina, L’Anamour, sans Hardy), agrémentées de quelques plaisanteries licencieuses (Les Sucettes, sans la naïveté d’origine) et de quelques chefs-d’œuvre de plus (Manon et ses perversions, Elisa et ses poux…).

Le tout emballé dans une pochette empreinte d’une certaine élégance : le Docteur Folamour s’efface derrière sa bombe et lui offre tout l’espace, de même que la première place, tout en haut, sur l’affiche.

C’est l’époque où le couple s’empare des couvertures des magazines et se projette sur tous les écrans. Et puisque 69 est année érotique, voici Serge à l’affiche d’Erotissimo, un scénario d’un féminisme à rebrousse-poil, où la femme d’un chef d’entreprise doit répondre à un commandement amical : faire un effort pour être sexy.

Jane Birkin Serge Gainsbourg
Jane Birkin Serge Gainsbourg

Il y a de la révolution sexuelle dans l’air, la B.O. est signée Michel Polnareff et William Sheller, et la distribution est assez estomaquante : le couple vedette (Jean Yanne-Annie Girardot) est entouré de Francis Blanche, Nicole Croisille, Jacques Higelin, Jacques Martin, Daniel Prévost et même Anne-Marie Peysson, cette présentatrice télé qui s’était pris un blâme au motif que son outil de travail − sa jupe − était trop court. Serge Gainsbourg fait une apparition dans l’emploi du “dragueur”, un rôle, bien sûr, de composition.

Jane, de son côté, n’est pas en reste. Elle est de l’équipe qui s’ébat dans La Piscine de Jacques Deray, que le tandem Alain Delon-Romy Schneider transforme à jamais en un éclat de soleil épinglant une image de jeunesse éternelle sur une surface liquide.

Pour la petite histoire, on racontera perfidement que, selon de nombreux témoignages, Serge Gainsbourg appréciait moyennement que sa petite Jane (Pénélope, dans le film) soit ainsi au contact aquatique des torses dénudés de Maurice Ronet et d’Alain Delon. 69, année super-nautique.

Jane Birkin Serge Gainsbourg
Jane Birkin Serge Gainsbourg

C’est l’alcool qui sort Gainsbourg de ces pensées amères. Le voilà qui se penche on the rocks sur dix spots à la gloire de la bouteille de Martini. Les thèmes volatiles qu’il écrit sont comme des effluves d’apéritifs, en cet été torride, et nous offrent une porte d’entrée directe sur sa psyché en pleine ébullition.

Les spots s’appellent Anna (qui est, par ailleurs, le titre d’un musical réalisé par lui-même, en 1967, pour la télévision), On the Sea (la chanson Sea, Sex and Sun sortira en 1978), Sous le soleil intermittent (Sous le soleil exactement est un des titres du téléfilm musical Anna), Melody Nelson (un album concept du même nom sera dans les bacs en 1971)…

Pas d’avant, pas d’après, dans la bouilloire créative de Mr. Serge, mais plutôt un magma dont les éruptions émergent, puis replongent, puis ré-émergent, toujours pareilles et toujours différentes. L’œuvre de Gainsbarre est un palimpseste.

Jane Birkin Serge Gainsbourg
Jane Birkin Serge Gainsbourg

En octobre, Je t’aime… moi non plus fait la loi en haut des hit-parades à Londres, preuve que la psychédélique Albion, malgré un demi-millénaire de chipotages avec le Continent et une gastronomie contestable, peut se laisser aller du côté de la jouissance, sous certaines conditions.

C’est un sacre amusant, au moment où la maison Philips retire la chanson de l’album, sous la pression courroucée des politiques et des églises. Las, le duo Gainsbourg-Birkin n’en a cure, de l’odeur de sainteté. Le 25 décembre, jour de Noël, il entonne 69 année érotique à la télévision. 1969, année diabolique.

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