Jean Jacques Perrey Moog indigo

Jean Jacques Perrey Moog indigo – Enregistré en 1970 in New York – Vanguard Records
A la fin des années 1950, grâce à l’entregent de Piaf ou Cocteau, Perrey traverse l’océan Atlantique pour s’installer à New York où il va faire la démonstration de l’Ondioline, cet ancêtre du synthétiseur dont il est devenu un V.R.P. dans le monde entier.

Une décennie plus tard, devenu un compositeur à succès, notamment grâce aux albums conçus à quatre mains avec Gershon Kingsley, ce passionné de technologie se met à composer avec ce que son ami Robert Moog vient d’inventer, l’orgue du même nom, une machine à rêver encore plus puissante que l’Ondioline.


Jean Jacques Perrey Moog indigo

Dans son studio, accompagné notamment par son disciple, le futur compositeur pour David Lynch, l’alors trentenaire Angelo Badalamenti, Perrey joue au laborantin. Grâce à une installation ultra-novatrice, il jongle avec les boucles et les séquences, prolonge les pistes expérimentales que les pionniers de la musique concrète comme Pierre Schaeffer et Karlheinz Stockhausen ont défrichées.

Sauf que, pour ce génial bidouilleur, l’autoproclamé “Monsieur Jourdain du sampling”, il est inenvisageable de créer des pièces trop ardues et sérieuses qui désarçonneraient le public. Au contraire, s’il est parfois attiré par des harmonies mélancoliques, lui préfère que sa musique répande une joie de vivre non feinte.

Jean Jacques Perrey Moog indigo
Jean Jacques Perrey Moog indigo

Sur cet album solo (qui fait suite au déjà fondateur The Amazing New Electronic Pop Sound, un véritable manifeste), il réunit une dizaine de morceaux drolatiques et mutants qui frappent l’imagination comme s’ils avaient été réellement conçus sur une autre planète. Ainsi, son relifting d’un tube de Broadway – le thème de la comédie musicale Hello, Dolly! – montre comment il peut tordre une mélodie pour l’intégrer à son univers dada. Cette reprise est loin de constituer l’entreprise la plus hallucinante de cet album à la fois zinzin et groovy.

Après avoir enregistré pendant des mois des sons d’abeilles et de bourdons qu’il a ensuite transformés en notes, Perrey s’attaque ici au Vol du bourdon de Rimski-Korsakov, dont cet entomologiste techno offre une vrombissante relecture – elle aurait sans doute causé au compositeur russe une crise de tachycardie. A vrai dire, ici, chaque morceau sort de l’ordinaire, carbure à l’ingéniosité, à la surprise.

Le synthétiseur moog , l'exploration sonore cosmique
Jean Jacques Perrey Moog indigo

En ouverture, Perrey trompe un peu son monde avec Soul City, d’apparence le morceau le moins étrange de ce récital.
Il sonne en effet comme du solide rhythm’n’blues et pourrait s’inscrire au catalogue de Stax ou de la Motown si les facéties synthétiques du Français, squattant la partition des habituels cuivres, ne mettaient pas la zizanie.

Indéniablement, l’ancien protégé de Trenet aime (se) raconter des histoires aux allures de fables, mettant sur pied un bestiaire (The Elephant Never Forgets), jouant avec le temps (la marionnette de 18th Century Puppet), imitant avec ses machines le chant humain (Gossipo Perpetuo).

Et puis il y a le classique E.V.A., chef-d’œuvre de concision et d’originalité, aussi funky que hors norme, qui vaudra à Perrey d’être redécouvert lors des années 1990 par une génération de successeurs venant de la scène electro française (Air, en premier lieu) ou du hip-hop américain. E.V.A. a été notamment samplé par le duo rap Gang Starr (et bien plus tard par Pusha T), mais aussi remixé avec gourmandise par Fatboy Slim.

Jean Jacques Perrey
Jean Jacques Perrey Moog indigo

A l’image du Psyché rock de Pierre Henry, ce morceau n’a rien perdu de sa capacité à donner le tournis tout en interrogeant sur la nature même de cette musique inouïe.

Gai luron faussement inoffensif, Perrey a été jusqu’a sa mort en 2016 l’initiateur de douces subversions sonores qui lui survivront encore longtemps.

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CREDITS Jean Jacques Perrey Moog indigo :

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