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Johnny Cash

Never love alone
Johnny Cash Posted on 8 avril 2015Leave a comment
Never love alone

johnny_cash_hurt_by_mrPlus qu’un chanteur country, Johnny Cash est un Sinatra de l’Amérique rurale. Né le 26 février 1932 à Kingsland (Arkansas) dans une famille de sept enfants, ce n’est qu’en 1954, après son service militaire sur une base de l’US Air Force en Allemagne, qu’il se lancera dans la musique.

Pendant ses trois ans sous les drapeaux, «je me sentais tellement seul», avait-il confié à l’Associated en 1996. «Si je n’avais pas pu chanter ces vieilles chansons country, je crois que je n’y serais jamais arrivé».

Cash débute à Memphis, se produisant sur les ondes de la radio KWEM. Ayant passé avec succès une audition chez les disques Sun, il enregistre le tube «Hey Porter». En 1956, «Folsom Prison Blues» sera N4 des classements country.

Confrère de label des fameux Elvis Presley, Carl Perkins ou Jerry Lee Lewis, Johnny Cash joue autrement. Sa musique est à peine amplifiée, à la fois plus dépouillée, plus nerveuse, plus bluesy que celle des autres. Elle ressemble au bruit d’un train fantôme qui passe dans la nuit. Elle fascine et effraie. Sa voix est incroyablement basse et laconique. Comme Hank Williams quelques années plus tôt, Johnny Cash est moins un héritier qu’un créateur. Il a inventé un style, qu’on a pu retrouver jusque chez Suicide ou Joy Division.

L’affiliation de Johnny Cash à la naissance du rock’nroll est sans doute un malentendu ? lui se rêvait en chanteur de gospel. Pourtant, il n’a jamais fait mieux que la musique hillbilly amphétaminée de ses cinq premières années.

En 1959, peu après un transfert de label ? de Sun à Columbia ?, l’homme qui a les mêmes initiales que Jésus-Christ enregistre d’ailleurs Hymns from the heart, le premier d’une très longue série d’albums de gospels. Musicalement gnangnan, l’album vaut pour sa pochette. Posant devant une petite église de bois, une main sur la rambarde, JC a la mâchoire aussi serrée que son nœud de cravate et il nous regarde droit dans les yeux, l’air de dire ? Qu’as-tu fait de ta vie ??.

Éternellement déchiré entre le bien et le mal, cultivant à l’occasion cette image de prêcheur ténébreux, Johnny Cash est une fois pour toutes le double d’Harry Powell dans La Nuit du chasseur. Sauf qu’à côté du roi de Johnny Cash, Robert Mitchum ressemble à Bozo le Clown.

Dans les années 60, Johnny Cash enregistre quelques-uns de ses meilleurs albums : Ring of fire, Bitter tears, Carryin’on (en duo avec sa femme June Carter, descendante directe de la Carter Family), ou les célébrissimes At Folsom prison et At San Quentin, albums live en prison qui valent au chanteur le surnom de Johnny Mitard. Sur tous ces albums (et quelques autres), Johnny Cash trouve toujours le moyen d’offrir un ou deux classiques, de ces chansons qui ressemblent à un vieux western humaniste qu’on ne se lasse jamais de revoir.

Empruntant à la country, au folk, à la musique mexicaine, à la pop, au gospel, sa musique n’est pourtant rien de tout ça : elle est irréductible à un genre, propriété exclusive de Johnny Cash, ce Sinatra de l’Amérique rurale dont la morgue et la voix basse définissent une nouvelle esthétique du folk américain.

Mais ce qu’il a planté entre 1955 et 1970, Johnny Cash le récoltera seulement en 1994, à plus de 60 ans, avec l’album American Recordings, un chef d’œuvre de folk acoustique, qu’on peut écouter en boucle comme on passerait une nuit entière à deviser autour d’un feu de camp. Autour de cette année-là, des petits gars qui auraient presque l’âge d’avoir Johnny Cash pour grand-père réinventent la country.

Beck, Palace Brothers, Idaho, Swell, Tom Leach, Calvin Johnston (pour le chant) jouent de la musique américaine traditionnelle à leur intime et dépouillée façon, renouant avec les racines du folk américain, dont Johnny Cash est lui-même imprégné. Ils sont les fils de Johnny Cash, survivant dans les années 70-80 (rien de très artistiquement excitant à signaler), revenant dans les années 90. Si les meilleurs titres de ses années Sun et Columbia peuvent tenir sur quelques compilations, l’album American Recordings sonne comme un best-of à lui tout seul, un disque où il est impossible de préférer une chanson à une autre, tant chacune semble contenir l’essence de Johnny Cash.

Dans sa carrière, Johnny Cash a enregistré beaucoup d’albums concepts ? dédiés aux chansons de pionniers du far-west, aux Indiens d’Amérique, au petit Jésus ou à la blanquette de veau. American Recordings est une sorte d’ultime album-concept, dont le concept aurait été de devenir le meilleur album de Johnny Cash.

© Stéphane Deschamps

Never love alone

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