Posted in VILLE

Lagos (Nigeria)

Never love alone
Lagos (Nigeria) Posted on 29 septembre 2012Leave a comment
Never love alone

Modèle obèse de la métropole africaine (au deuxième rang après Le Caire, sur le plan démographique), lové dans le pays le plus populeux du continent» Lagos est le berceau paradoxal du courant afrobeat. Quand le Nigeria devient indépendant en 1960, lagos est déjà cette anomalie brutale, bientôt faite de milliardaires en dollars pétroliers et d’immigrés ruraux qui s’agglutinent dans les ghettos.

Ville de violence et d’excès» elle s’agrandit au rythme de l’économie nationale» des heurts ethniques et religieux, des désillusions politiques. Fela Kuti naît à Abe Okuta d’un pasteur et d’une militante anticoloniale alors que l’Afrique se réveille pleine d’amertume face au rêve de liberté et d’identité raflé. Nouvelle génération d’hommes libres et lucides qui ne renoncent pas.

Lagos est aussi une cité-carrefour, où les musiques du monde et en particulier du continent se reformulent. On y trouve plusieurs représentations de maisons de disques internationales, dont EMI, et de nombreux orchestres qui rassemblent plusieurs nations africaines. Espace culturel panafricain, qui s’arrange en marge du politique. Dans la Kalakuta Republic, espace communautaire établi dans la banlieue de Mushin, Fela Kuti (qui prend le nom d’Anikulapo, « celui qui tient la mort dans sa besace » en yoruba) rassemble ses forces. Il est arrivé à Lagos à 20 ans.

En 1969» durant un séjour américain de huit mois, il rebaptise Koola Lobitos en Africa 70 et propulse Tony Allen en chef d’orchestre en 1971. Après le départ de ce dernier. Il fonde Egypt 80. Cest à cette époque que Fêla épouse les femmes qui forment les chœurs réguliers de son orchestre.

L’afrobeat, d’emblée, se caractérise par ses ensembles monumentaux, de quinze à trente musiciens, opulentes sections de cuivres, guitares entêtantes, orgues et percussions multiples (dont plusieurs d’origine africaine, notamment les maracas shekere). Les musiciens se relayent durant des concerts marathons, mais ne jouent jamais ensemble, d’un seul bloc, sur scène.

L’afrobeat se joue sur des formats longs. Il est défini par ce que peut contenir une face d’album, soit plus de quinze minutes par morceau), sur de lancinants développements rythmiques répétitifs, où l’omnipotent Fela gère d’un doigt l’imparable machinerie. Il chante et psalmodie des textes incendiaires sur les vols d’État, la soldatesque nigériane ou la bourgeoisie africaine ; messages qu’il alterne avec des solos de saxophone alto ou d’orgue électrique.

Ses prises de position, en anglais pidgin ou en yoruba, lui valent d’ailleurs plusieurs interventions militaires à la Kalakuta Republic la défenestration de sa mère et des incarcérations. Après un bref exil au Ghana, Fêla retourne à Lagos et fonde le parti politique MOP (Movement of the People). Tout au long de sa carrière, qui se ralentit dans tes années 1990 – Fêla est atteint du sida -, il publie plus de cinquante albums, incroyablement cohérents du point de vue stylistique.

Il suffit en général d’une demie seconde pour reconnaître la pulsation unique de la musique de Fela. Plusieurs générations d’instrumentistes prennent la relève au Nigeria. Son fils ainé Fémi Kuti, né à Londres en 1962 et qui passe son enfance à Lagos, est un des premiers zélateurs de l’afrobeat après Fela.

Il en ouvre considérablement contemporaine et à l’électronique, mais reste au final assez proche de l’esthétique originelle. Il y a quelques années, Feml a même reconstruit un nouveau club baptisé aussi Shrine, Quant I Seun Kutl, il a sorti en 2008 son premier album {M$ny Thlng$, avec l’orchestre Egypt 80 de Fêla. Portrait craché de son père, il tourne dans le monde depuis le début des années 2000 et reste, sans doute, l’héritier te plus mimétique de l’afrobeat historique. En dehors de la progéniture, plusieurs musiciens pratiquent ce style; Segun Damisa (proche de Feml Kutl, mort en 2006 et qui diffusa l’afrobeat en France), l’artiste masqué Lagbaja, Oyinade « Dédé » Adeniran ou Adé Bantu.

Même certains artistes nigérians qui développent des stratégies parallèles (comme King Sunny Ade avec sa juju music, tradition nigériane revisitée, ou Keziah Jones et sa folk) doivent beaucoup à l’œuvre de Fela et â l’afrobeat. Musique qui se voulait d’abord celle d’un continent et qui a fini par avaler le monde.

Never love alone

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.