Posted in ALBUM

Manu Chao Clandestino, hommage aux populations déplacées

Never love alone
Manu Chao Clandestino, hommage aux populations déplacées Posted on 20 octobre 2019Leave a comment
Never love alone

Manu Chao Clandestino – Enregistré en 1998 au Studio Clandestino – Virgin records
En 1998, Manu Chao partait arpenter le monde et recueillait des musiques qu’il acclimatait à son univers. Une chaîne de magasins de disques offrait, à l’époque, une collection de cartes postales pour tout achat de Clandestino. Manu Chao décrivait lui-même ses chansons comme “de petites cartes postales ».

Visiblement, les échoppes de cartes postales avaient beaucoup changé : nous, on avait gardé le souvenir d’un monde immonde, où le soleil était forcément couchant, rouge comme un bubon, où les monuments réglementaires s’emmerdaient ferme dans leur camisole de force, l’art et la culture aussi maltraités et humiliés que dans une projection de diapos de retour de vacances. Mélange de reggae, rock, raï, samba, empreint de musiques latines, avec Manu Chao Clandestino, on découvre une face B aux cartes postales, une gueule de bois sous les verres de curaçao.


Manu Chao Clandestino

Car Manu Chao n’est pas touriste : il est correspondant étranger, plus régulièrement dans la merde qu’au Club Med. Ainsi, du Brésil, il n’a pas ramené un Pain de sucre avec de la neige qui tombe dessus quand on lui fait danser la samba, mais quelques accords jamais visités par les voyages organisés, quelques accords de trottoirs, canailles et généreux.

On ne lui connaît guère qu’un équivalent pour cette façon de détrousser les cultures, de les dépouiller avec naïveté, d’en chouraver l’essentiel pour en faire une petite boulette froissée au fond d’une poche: Jonathan Richman. Le seul à emprunter un accordéon à Montmartre sans être ridicule, à chausser les santiags de Nashville sans devenir un malabar.

Manu Chao Clandestino
Manu Chao Clandestino

A ce gentil monstre de naïveté minimale qu’était son Egyptian Reggae, Manu Chao répond par un Bongo bong/Je ne t’aime plus, par un Por elsuelo : un reggae-jouet, un reggae-gai qui vire aigre, une grande leçon d’humilité et de dénuement à méditer par ceux qui pensent que l’on devrait réserver le reggae aux virtuoses et à leurs gras CV – ce qui tua le blues.

Là, Manu Chao a beau être passager clandestin, il voyage au cœur même de la machine à chalouper, dans les entrailles mêmes des turbines à suer sensuel.

De Richman, il endosse sans complexe le nom : Homme Riche, puisque l’on sait que les voyages enrichissent. Mais ne rendent pas forcément nouveau riche : Manu Chao n’est pas Sting, voyage en train, enregistre avec entrain plus que par train-train, là où le mène son mini-studio de journaliste.

Manu Chao Clandestino
Manu Chao Clandestino

Mais, heureusement, Manu Chao n’a aucune déontologie : incapable de s’en tenir au seul travail d’investigation – ce qui, en soi, mérite déjà le détour -, comme on n’a pas souvent l’occasion de visiter ces enfants sales des musiques du monde, il met son grain de sel, fait les questions et les réponses, saute à pieds joints dans ces folklores bis, les squatte sans vergogne.

Conteur d’histoires, il nourrit son disque de ses rencontres, mais sans jamais être vampire, laissant la vie grouiller dans ses chansonnettes. Enregistrées dans des conditions précaires, meublées avec le strict minimum, elles sont pourtant très hospitalières. Mais pas de ce confort béat des chaises longues : le soleil est ici souvent noir, éclipsé.

Manu Chao Clandestino
Manu Chao Clandestino

Ainsi, Clandestino propose à des musiques d’une tristesse palpable (Malegria, Mentirai un enthousiasme contagieux, quand ce n’est pas l’inverse. C’est toute la beauté de cet album : manier la gravité avec une légèreté jamais forcée ; être partout chez lui sans jamais se renier, sans jamais rentrer dans sa coquille ; être à la fois à la fenêtre et dans la rue.

Réédité en 2019, Manu Chao Clandestino contient trois titres inédits dont un duo avec la doyenne de la calypso, la bien nommée Calypso Rose, 79 ans, dont il a soutenu l’album Far from Home. La chanteuse a ajouté de nouvelles paroles sur ce titre, évoquant la situation des migrants prenant la mer pour rejoindre l’Europe.

Manu Chao Clandestino
Manu Chao Clandestino

Ce sujet parcourt également Bloody Bloody Border, deuxième titre inédit de l’album interprété en anglais, qui évoque les conditions de vie dans les camps de migrants en Arizona (sud-ouest des Etats-Unis).

Enfin, le troisième titre Roadies Rules, accompagné de cuivres, est tiré des séances de Clandestino et a été retravaillé par les deux artisans sonores de l’album, Manu Chao et Renaud Letang, souligne le label, qualifiant l’ensemble de « blues autobiographique sur une pulsion suicidaire sur une route au milieu de nulle part »

###

CREDITS :

Notes

Recorded at Studio Clandestino.
Mixed at Studio Ferber, Paris.
Mastered at Masterdisk, N.Y.
Never love alone

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.