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Caught Up (Millie Jackson), le mari, l’épouse et la maîtresse

Never love alone
Caught Up (Millie Jackson), le mari, l’épouse et la maîtresse Posted on 22 février 2019
Never love alone

Caught Up (Millie Jackson) – Enregistré entre 1973-1974 au Muscle Shoals Sound Studio – Spring records
Phénomène largement répandu dans le rock, les concept albums ne sont pas légion dans la musique noire américaine.

Pour un Tommy (The Who), un Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band (The Beatles) et un Histoire de Melody Nelson (Gainsbourg), on ne compte que peu d’équivalents soul funk, à l’exception des délires afronautes de George Clinton. Pas l’ombre d’un as du flipper sourd, muet et aveugle, de club des cœurs solitaires du sergent Poivre ni de vol pour Sunderland dans Millie Jackson Caught Up. Le quatrième album de Millie Jackson préfère un casting des plus classiques : le mari, l’épouse et la maîtresse.


Millie Jackson Caught Up

Jusqu’ici cantonnée à une carrière discrète mais déjà riche de trois excellents LP (Millie Jackson, I Got To Try It Once et le superbe Hurts So Good, en 1973), Millie Jackson, née à Thomson (Géorgie) le 15 juillet 1944, est encore un espoir de la soul music au moment où elle entreprend la réalisation de Caught Up.

Produit avec l’assistance de Brad Shapiro et de la crème des musiciens du studio Muscle Shoals, le projet repose sur un triangle amoureux observé du point de vue de la maîtresse sur la face A de l’album, tandis que l’autre donne la parole à la femme trahie.

Personnage central de Caught Up, Mr. Jody, le mari infidèle, est une vieille connaissance du folklore noir américain.

Apparu dans les chansons des pionniers du blues des années 1920, Jody a été tour à tour cow-boy volage, Casanova urbain (dans Jody s Got Your Girl And Gone de Johnnie Taylor), avant de succomber en 1971 dans Jody Ryder Got Killed, une chanson de Sam & Dave. Il ressuscite lors du medley If Loving You Is Wrong (I Dont Want To Be Right)/The Rap, époustouflante entrée en matière qui constitue également l’épicentre dramatique de Caught Up.

Caught Up (Millie Jackson)
Millie Jackson Caught Up

Sur des arrangements symphoniques proches de la soul wagnérienne d’Isaac Hayes, Millie Jackson vampe le tube adultère de Luther Ingram avant de se lancer dans une sidérante glorification de l’infidélité.

Chuchotée à l’oreille de l’auditeur, la confession vocale de The Rap culmine lors d’un crescendo orchestral conclu par cette affirmation définitive : « L’avantage de sortir avec un homme marié, c’est qu’on a pas besoin de laver d’autres sous-vêtements sales que les siens. »

Sans le moindre répit, All I Want Is A Fighting Chance distille immédiatement son venin funk rock en relatant une vive alteration entre la maîtresse et la femme trahie. Changement de face et de perspective. Mrs Jody tente un dernier coup d’éclat (la fierté blessée de It’s All Over But The Shouting), puis doit renoncer face à la détermination de sa rivale (Im Through Trying To Prove My Love To You, déchirante ballade où un Moog lancinant hit écho au spleen du personnage).

Summer (The First Time), reprise d’un morceau folk de Bobby Goldsboro, offre une condusion bouleversante sous la forme d’un flash-back final évoquant la première rencontre des époux. Le récit d’une romance estivale qui s’achève par la défloration de la future Mrs Jody, désormais abandonnée à ses souvenirs.

L’année suivante, l’épouse abandonnée tiendra sa revanche dans Still Caught Up, une suite hâtive dans laquelle l’alter ego de Millie Jackson finira internée dans un asile, avec une camisole de force. La morale psychiatrique d’une incroyable saga soul sur l’amour fou.

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CRÉDITS Millie Jackson Caught Up :

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