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Under Construction (Missy Elliot), manifeste old school version 00’s

Never love alone
Under Construction (Missy Elliot), manifeste old school version 00’s Posted on 23 septembre 2019Leave a comment
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Missy Elliot Under Construction – Enregistré en 2002 – Elektra records
Missy Elliott entame son quatrième album en expliquant qu’elle se considère toujours comme « un projet en chantier ». Il faudra qu’elle pardonne à ses fans de ne pas partager son avis. Du grincement impudent de l’intro Go to the floor au remix groovy de Work it qui clôt l’album, Under construction est l’œuvre d’une artiste hip-hop qui sort ici son plus beau jeu.

En tandem avec l’extraordinaire Timbaland – un producteur qui semble pouvoir faire de n’importe quel son un tube des dancefloors -, Missy Elliot Under Construction crée une série de morceaux plus forts encore qu’en 1997 avec Supa dupa fly, en 1999 avec Da real world.


Missy Elliot Under Construction

En 2001, “Miss E… So Addictive” prend le monde de court en affirmant brusquement une ligne médiane, une troisième voie.

Toujours avec Timbaland, elle ressuscite les orgies sur des dance floors saupoudrés d’ecstasy, narre de méchants contes à base d’adultère, de drogues de l’amour et de one minute man, onomatopées salaces à l’appui. Ni diva bon marché ni pute à refrain, plus proche de Lauryn Hill ou de Da Brat, Missy s’y révèle sexy et arrogante, chante, rappe, hurle, crie, geint et traite les mecs comme 50 Cent traite les filles.

A ses côtés, Timbaland sert de détonateur, frappe une électro de plus en plus sophistiquée, à l’image du sommet Scream, formule électro-acoustique inconnue, trouée de contre-temps et de cuts obsédants.

Missy Elliot Under Construction
Missy Elliot Under Construction

Revisitant la culture du funk des années 70 et les premières heures du rap, dont elle ne s’est jamais détachée, l’imprévisible et génial “Under Construction” enfonce le clou l’année suivante.

Missy est en chantier, perd 15 kilos, teste le monde entier et convoque les anciens, encore épaulée par Timbaland qui révèle un côté tribal du hip-hop, à mi-chemin entre sampling 8-bit et électro haut de gamme. Textures rauques, beats précis et swing arrogant, “Under Construction” est un festival de rue sur lequel posent 50 Cent, Ludacris et Jay-Z, une block party qui célèbre Daddy Kane et Public Enemy.

Plein d’humour, bourré de références et de breaks datés, “Under Construction” sonne comme un manifeste old school version 2002.

Missy Elliot Under Construction
Missy Elliot Under Construction

Plusieurs sommités rejoignent Elliott en studio et presque tous les duos fonctionnent. Le moulin à paroles Ludacris est parfait pour l’accompagner sur le chaotique Gossip Folks, tandis que Jay-Z complète parfaitement le casse-tête haut en couleur de Missy Elliott sur Back in the day.

L’optimisme attendrissant de Beyoncé Knowles se mêle étonnamment bien avec l’esprit des rues d’Elliott sur l’espèce de dialogue R&B Nothing out there for me.

Malgré les guest stars, Missy Elliott prouve qu’elle sait se montrer tout aussi grivoise que ses compagnons masculins sur Work it. Mais peu de rappeurs sont aussi intelligents qu’elle. Au lieu d’utiliser les surnoms habituels pour désigner l’organe génital mâle, elle laisse deviner aux auditeurs le genre de « trompe » qu’elle recherche en samplant le barrissement d’un éléphant.

Missy Elliot Under Construction
Missy Elliot Under Construction

Le génie rythmique de Tïmbaland a modernisé le rap des années 90, Missy a modernisé la femme. Jouant avec les codes de ce milieu majoritairement masculin, elle a su éviter qu’on la classe dans une des cases réservées aux filles, baratinant quand c’est nécessaire des rimes qui ne sont parfois que la version féminine du sexisme des MC.

Missy Elliott parle de cul avec un aplomb digne de 2 Live Crew, laisse traîner sur ses disques une sexualité crue, renvoyant l’image d’une fille qui peut être vulgaire autant que sexy, calme autant que survoltée et avance dans un univers qui n’existait pas avant elle : un dancefloor gigantesque d’où elle balance un rap teigneux et dansant, inspiré par le passé mais cuirassé de technologies modernes.

Missy Elliot Under Construction
Missy Elliot Under Construction

Missy trouble les hommes qui hésitent d’ailleurs à s’attaquer à elle, là où les insultes fleurissent à l’attention des Foxy Brown ou Lil’Kim de mauvaise vie. La différence est que Missy va répondre si on l’attaque et mettre certainement minable celui qui aura osé.

Les rappeurs ne savent pas comment la prendre, elle n’existe pas dans leur manuel, n’est signalée sur aucune carte. Iceberg Slim, même, n’avait pas prévu ce genre de phénomène. Et compte tenu de son homosexualité affichée, elle n’est pas non plus un coup potentiel. Elle est juste une fille normale, une femme, ce qui, dans cet étrange milieu, peut s’apparenter à une sorte de troisième sexe, une formule presque inédite…

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CREDITS :

  • Executive producersMissy Elliott, Timbaland
  • Producers – Missy Elliott, Timbaland, Craig Brockman, Errol « Poppi » McCalla
  • Vocal assistance – Tweet, Lisa Crawford
  • Engineers – Jeff Allen, Carlos « El Loco » Bedoya, Josh Butler, Jimmy Douglass, Guru, Mike « Hitman » Wilson
  • Assistant engineers – Marc Stephen Lee, Steve Penny, David Snyder, Cory Williams
  • Mixing – Jimmy Douglass, Timbaland
  • Mixing assistance – Steamy
  • Mastering – Herb Powers
  • A&R – Yaneley Arty, Merlin Bobb, Jay Brown, Patricia Elliott, Gail Hansen, Andre Johnson, Celeste Moses
  • Design & Art Direction – Anita Marisa Boriboon, Lili Picou
  • Photography – Roberto Fantauzzi
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