Nigel Godrich

Connu pour son travail remarquable avec Radiohead depuis 1997, Nigel Godrich est de ces producteurs qui, comme jadis George Martin avec les Beatles et Paul Rothchild avec les Doors, accompagnent fidèlement, sur de longues années, les évolutions de leur groupe fétiche et lui deviennent à ce point essentiels qu’ils en sont considérés, officieusement, comme membre à part entière.

Sur le modèle de George Martin qui enrichissait parfois les enregistrements des Beatles de ses propres prestations, Nigel Godrich pousse d’ailleurs lui aussi l’empathie jusqu’à jouer de la guitare et des claviers dans le groupe Atoms for Peace, projet parallèle du chanteur de Radiohead, Thom Yorke, témoignant ainsi d’une immersion rare dans l’univers de ses protégés.

« Je pense qu’il y a une bonne analogie entre l’art et la politique de notre époque. La politique, aujourd’hui, est tiède et inintéressante parce qu ’elle cherche à toucher tout le monde. C’est la même chose qui se passe en art et dans les médias — on essaie de plaire au plus grand nombre. »

Si son nom reste à ce point indissociable de celui du fameux groupe d’Abingdon, c’est d’abord que Nigel Godrich a été révélé au grand public par une première collaboration historique pour l’album OK Computer en 1997, régulièrement salué comme l’un des plus puissants des années 1990.

Nigel Godrich
Nigel Godrich

Radiohead avait déjà percé avec les albums Pablo Honey (produit par Sean Slade et Paul Q. Kolderie) et, plus encore, avec The Bends (produit par John Leckie, avec Godrich comme ingénieur du son) mais avec OK Computer, il avait trouvé le producteur à la hauteur de ses nouvelles ambitions, légèrement progressives, où les titres prennent l’allure de mini-opéras.

Pour Nigel Godrich, dont c’est le grand saut dans le vide, l’album est une formation accélérée au métier de producteur, dans un contexte stimulant où aucune limite n’est posée. L’ombre de George Martin plane là encore sur son travail, avec le titre « Strawberry Fields » comme insistant modèle, dont le producteur improvisé reprend par exemple le principe d’une décélération des bandes.

Conduit par la seule envie d’expérimenter, le groupe contraint aussi son producteur à se surpasser, tant dans son travail sur les structures sonores mêmes que dans sa gestion des nombreuses couches d’enregistrement de cet album majestueux, à la sobriété paradoxalement aussi éclatante et aussi complexe qu’une production de Phil Spector, autre influence souterraine de Nigel Godrich.

Nigel Godrich
Nigel Godrich

Godrich ne quittera dès lors jamais son poste de producteur attitré de Radiohead – il est aux manettes sur Kid A, Amnesiac, Hail to the Thief, In Rainbows, et même sur l’album solo de Thom Yorke The Eraser — ce qui est d’autant plus remarquable que le groupe, qui cherche à surprendre à chaque nouvel album, abhorre notoirement la routine.

Rares sont en effet les formations, avec de telles attentes, à ne pas céder à la tentation de changer régulièrement de producteur (les Beatles et George Martin étant décidément une référence incontournable quand il s’agit de comprendre Nigel Godrich).

La filiation n’est d’ailleurs pas que théorique et semble si impérieuse que seul le travail superbe de Godrich en 2005 sur l’album Chaos and Creation in the Backyard de Paul McCartney, pour lequel il ose remettre en question les facilités d’écriture de l’ex-Beatle, a su véritablement détourner l’attention de sa longue collaboration avec Radiohead.

Le producteur a pourtant aussi chapeauté les sessions de The Man Who et de The Invisible Band de Travis (1999), de Mutations de Beck, mais aussi de The Divine Comedy, Air ou Pavement, et a même attiré l’attention en étant renvoyé par les Strokes qui cherchaient à reproduire le succès de leur album de néo-post-punk Is This It : rien n’y fait, Godrich, lointain disciple de Martin, a trouvé en Radiohead ses Beatles.

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