One Hot Minute, les Red Hot Chili Peppers en mode skate-punk

One Hot Minute – Enregistré entre Juin 1995 – Février 1995 au Sound Factory – Hollywood USA – Warner Bro.
La gloire leur était tombée dessus sur la foi d’un tube atypique (“Under The Bridge” mélancolique ballade). Ensuite ce fut le grand roller coaster. Flea : « Soudain on jouait en tête d’affiche dans tous les grandes salles, soudain on nous trimballait aux Grammy en limo tout ce dont rêvent tous les groupes. »

Déjà avant One Hot Minute, les Red Hot Chili Peppers ne faisaient rien à moitié et le rêve allait s’achever en cauchemar avec cette veejette de MTV portant plainte pour viol, Kiedis flirtant avec l’héro, John Frusciante total accro au crack, fumant derrière son ampli sur la scène du Zénith et disparaissant raide pour le compte en pleine tournée japonaise. Tournée que les Red Hot terminent en carbonisant trois guitaristes d’affilée, trois impétrants retenus après “l’audition d’un millier de bretteurs ” (selon Kiedis atterré).

Considéré comme mort, le groupe explose. Flea restera couché chez lui près de six mois, pleurant comme un bébé jour et nuit, incapable de retrouver le sommeil. Peu de gens à Los Angeles parient sur un éventuel come-back du groupe lorsque Dave Navarro, 28 ans dont sept dans Jane’s Addiction, offre de sauver l’affaire.

A ce titre, “One Hot Minute” est un disque bizarre, étonnant. Tel le preux de la six-cordes, Navarro va redonner force, confiance et joie au groupe. Véritable superhéros, il accepte de donner son premier concert avec les Red Hot à Woodstock ’94, devant six cent mille surfeurs déchaînés. Le premier titre choisi est “Fire” de Jimi Hendrix et c’est bien autour de l’ombre tutélaire du dieu de la guitare que le groupe se soude. Suivent trois mois d’écriture à Hawaii. Les garçons sortent ensemble, surfent ensemble, s’amusent et écrivent trois des faces du double album à venir.

One Hot Minute
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Petit problème : de retour à Los Angeles, Kiedis succombe à ses vieux démons, fait les mauvaises rencontres et bloque sur ses textes. La mort d’overdose de son pote l’acteur River Phoenix servira d’électrochoc. Kiedis décroche et, au final, opte pour une description de ses peines personnelles dans ses textes.

Le groupe fonce alors au studio Sound Factory. “One Hot Minute” est un disque conçu sur un temps phénoménalement long pour un groupe moderne : un an et demi ! Mais de fait, l’attente en valait la peine. Depuis la sortie de ce disque, les Red Hot ont trouvé leur niche et chacun de leurs nouveaux albums est resté dans les généreuses limites de “One Hot Minute”. Une production Rick Rubin. Le maestro d’American avait trouvé la clef du succès mondial en s’investissant dans la réalisation de “Bloodsugarsexmagic”. Adepte de la méditation, il aura tout le loisir de pratiquer son hobby en attendant que ses troupes se rassemblent.

One Hot Minute
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Une fois en studio, Rubin doit gérer le nouveau guitariste. Selon lui “le son Navarro est totalement orchestral, il le construit par couches de guitare posées les unes sur les autres ”, tout l’inverse des cocottes funky qui avaient fait les nuits rouges de Hillel Slovak ou John Frusciante.

Soudain, Navarro donne aux Chili Peppers la clef du son zeppelinien : riffs chromés et solos marécageux. Et tous ensemble, ils vont construire l’un des derniers (sinon le dernier…) grand disque de hard rock de l’Histoire. Selon le batteur Chad Smith : ‘‘Avec Navarro à bord, nous sommes devenus un monstre à quatre têtes… ” Musique ou textes, c’est également sur cet album que les Red Hot remisent définitivement leur côté bouffons tatoués piercés en goguette pour se mettre en danger et commencer à laisser entrevoir à leurs fans leur face sombre.

One Hot Minute
One Hot Minute

Rick Rubin s’amuse. Il peaufine une moderne parodie du “Somethin’ ” des Beatles (“Aeroplane”) mais le reste du disque est un festival de guitares incandescentes, millefeuille fuzzy, wah- wah. Navarro explose littéralement sur chaque fin de face (“Deep Kick”, “One Big Mob”, “One Hot Minute”, “Transcending”), quatre décollages de plus de six minutes, et toutes ces jams élastiques rappelant le vieux chaudron de sorcière de “Physical Graffiti”. Vingt titres sont enregistrés. Treize figurent sur l’album. Les singles offrent en bonus des morceaux non retenus comme “Let’s Make Evil” ou “Stretch”.

L’un des plus surprenants reste “Deep Kick” dans lequel Kiedis et Flea racontent leur grande virée teenager à San Francisco : “Il y a dix ans, on a fait des trucs cool et des trucs dingues/Mais les Butthole Surfers ont toujours dit/Mieux vaut avoir des remords sur ce qu ’on a fait que sur ce qu ’on n ’a pas fait. ’’ That’s deep, dude !

One Hot Minute
One Hot Minute

Restait à trouver un titre à ce sixième album : après de longues semaines d’errance où le disque change de nom d’heure en heure, s’intitulant “Hypersensitive” puis “Los Sensitivos” puis “Turtlehead”, “Black Fish Ferris Wheel”, “The Blight Album”, “The Good And Bad Moods Of The Chili Peppers”, le groupe opte pour “One Hot Minute” présenté sous pochette du génial Mark Ryden.

Le résultat est salué par une presse en délire qui parle de “funk à se secouer le popotin joué à une vitesse skate-punk par un groupe se découvrant une vision zeppelinienne ” et les Peppers s’embarquent derechef dans une folle tournée avec un Navarro méphitique en tutu noir, téton piercé, soli déchirés. L’association devait être de courte durée. Le Porno For Pyros de Farrell réclamerait vite Navarro et Frusciante reviendrait à son poste avec Flea oscillant entre les deux groupes.

One Hot Minute
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Des années plus tard, musardant sur toute cette expérience inouïe dans un palace de New York, Navarro confiait : “Le drame, c’est que je me sentais toujours tout seul face aux trois autres. Personne ne m’a vraiment tendu la main, personne ne m’a aidé…

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CREDITS :

Musiciens supplémentaires

  • Lenny Castro – Percussions sur Walkabout, My Friends, One Hot Minute, Deep Kick, and Tearjerker
  • John Lurie – Harmonica sur One Hot Minute
  • Tree – Violon sur Tearjerker
  • Stephen Perkins – Percussions sur One Big Mob
  • Kristen Vigard – Chœurs sur Falling into Grace
  • Aimee Echo – Chœurs sur One Hot Minute, One Big Mob
  • Gurmukh Kaur Khalsa – Chant sur Falling into Grace

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