Meddle (Pink Floyd)

pink floyd meddle – Enregistré entre janvier et Aout 1971 aux AIR Studios, Abbey Road Studios, and Morgan Studios – London – Harvest/Capitol Records
Dans les premiers jours de janvier 1971, les Pink Floyd débarquent aux studios Abbey Road de Londres avec pour mission d’enregistrer un cinquième album dont ils ne possèdent, à cet instant, aucun élément.

Pour Pink Floyd Meddle, pas l’ombre d’une ébauche de chanson. Pas l’embryon d’un texte à vêtir. Edifiants, les premiers brouillons d’Echoes, composition phare du disque Meddle, sont intitulés dans un premier temps Nothings Part 1&2. Puis, une fois la pièce retravaillée, The Son of Nothings,  Et enfin The Return of the Son of Nothing s. C’est dire la vacuité qui les habite…

Les Floyd arrivent sur ce chantier si démunis, si hésitants, que même le succès d’Atom Heart Mother, pourtant accroché à la cime des charts anglais pendant plusieurs semaines, ne retient pas EMI de sortir en mai une manière de best of au titre pour le moins décourageant : Relies. Comme si le plus urgent était de fourguer les restes de ce groupe pas comme les autres dont certains semblent déjà parier sur la fin prochaine…

On sait qu’il n’en sera rien et que le quatuor va au contraire prendre son envol définitif avec Meddle. On sait aussi que la nature ayant horreur du vide, Pink Floyd s’emploiera à le combler, parfois avec les moyens du bord, pour faire de ce cinquième album un « turningpoint ».


pink floyd meddle

A défaut du génie faunesque, kaléidoscopique de Syd Barrett, Roger Waters, David Gilmour & Co. faisaient depuis au moins trois ans preuve d’un redoutable pragmatisme et d’une audace de francs-tireurs. Ils tâtonnaient. Ils se fourvoyaient, comme sur le second disque du double Ummagumma où chaque membre s’était fendu d’une pièce dont on retient aujourd’hui la prétention goguenarde d’autodidactes jouant à bricoler avec un Meccano d’effets électroacoustiques et des gadgets de concours Lépine. Mais ils persistaient.

Bien que l’on atteigne parfois le comble de la pédanterie et du ridicule, force est de reconnaître rétrospectivement que cette absence d’inhibition était en train de forger leur supériorité. Empirique, et comme redevable à cette assertion de Gramsci, « il faut avoir une parfaite conscience de ses limites, surtout si on veut les élargir », Pink Floyd tendait à la prise de risques maximale.

pink floyd meddle
pink floyd meddle

Le prouve la suite orchestrale d’Atom Heart Mother arrangée par le compositeur Ron Geesin où le groupe intègre quatuor à cordes, chœurs monodiques à la Carmina Burana, galaxie de sons électroniques à la Stockhausen et parties de guitare de blues vulcanologique signées Gilmour.

Sur Meddle, Echoes marque une étape supplémentaire dans cet emboîtement des genres rock et classique, mais sans l’intervention de musiciens extérieurs cette fois.

Pour ce morceau, tout partira d’une note solitaire jouée par Rick Wright passée à travers une chambre Leslie et qui évoque un sonar. Delà, sur les vingt-trois minutes que dure le morceau, pousse une arborescence de song et de bruitages : pianos préparés, orgue branché sûr des chambres d’échos Binson ou Leslie qui redistribuent circulairement les sons. Les guitares elles aussi subissent maintes manipulations.

pink floyd meddle
pink floyd meddle

La structuration très géométrique Echoes, entre parties chantées et instrumentales, séquences de rock dur et musique abstraite, constitue le prototype à partir duquel sera élaboré dans un proche avenir le concept album The Dark Side of the Moon, mais aussi cette pièce majeure de leur répertoire qu’est Shine On You Crazy Diamond de l’album Wish You Were Here.

Meddle demeure cependant un disque inégal, avec des morceaux de remplissage assez complaisants. Ainsi Seamus, blues hurlé par le lévrier afghan de Steve Marriot, ou San Tropez, un fox-trot alangui au charme peu évident?

pink floyd meddle
pink floyd meddle

Deux autres titres révèlent en revanche certaines avancées au plan mélodique du couple Waters-Gilmour, comme le très hédoniste A Pillow of Winds, dont le titre s’inspire d’une combinaison au mah-jong ; ou Fearless, avec l’intrusion assez remarquable vers la fin du chœur des supporters du FC Liverpool entonnant le mythique You’ll Never Walk Alone (surprenant quand on sait que Waters est un fan hardcore d’Arsenal).

Quant à One of These Days, qui ouvre l’album sur un sifflement du vent et les notes d’une basse métallique en ricochets, il résume à lui seul cette nouvelle approche d’un spectacle auditif intégral. Aussi Pink Floyd Meddle marque-t-il certainement la mise en coupe réglée des aspirations avant-gardistes manifestées sur les précédents opus. Mais autant dire la mise en orbite dans le mainstream de leurs penchants les plus extrêmes, voie vers un succès astronomique.

© Francis Dordor

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CREDITS Pink Floyd Meddle :

David Gilmour – guitares, chant, basse, harmonica sur Seamus
Roger Waters – basse, guitare, chant
Nick Mason – batterie, voix sur One of These Days
Richard Wright – chant, orgue Farfisa Combo-Compact duo, orgue Hammond M102 Spinet, Grand Piano, synthétiseur EMS VCS3

Musiciens additionnels : Seamus (le chien de Steve Marriott) – aboiements sur Seamus; Supporters du Liverpool F.C. – chœurs à la fin de Fearless

Production : Rob Black – ingénieur (Morgan Studio); Roger Quested – ingénieur (Morgan Studio); Peter Bown – ingénieur (Air et EMI Studios); John Leckie – ingénieur (Air et EMI Studios); Pink Floyd – design pour la pochette