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Recital na Boite Barroco (Maria Bethania), une nymphe un brin sorcière

Never love alone
Recital na Boite Barroco (Maria Bethania), une nymphe un brin sorcière Posted on 8 mars 2019Leave a comment
Never love alone

Recital na Boite Barroco (Maria Bethania) – Enregistré live à Sâo Paulo en 1968 – Odeon
Ce disque présente un concert enregistré à Sâo Paulo en pleine vague tropicãlia, sans en avoir la moindre des caractéristiques.

Même l’impudique pochette ne doit rien au fantasque ou à la légèreté des hippies, mais plutôt à l’idée – plus littéraire – que l’on peut se faire d’une nymphe un brin sorcière, au regard plus grave que suave. Sur Recital na Boite Barroco, Maria Bethania met son imaginaire au service de son chant ombrageux et exigeant.

Dotée d’une présence scénique singulière, elle est de ces voix qui demandent impérieusement l’attention de l’auditeur. Plus emprunt d’autorité que de mélodie, à la différence fondamentale d’une grande partie des chanteuses de son pays (Regina et Gal Costa en tête), le style Bethãnia ne supporte donc guère une oreille distraite, qu’elle dérangera par ses coups de sang soudains.

Même le « Maria, Maria » de Caetano Veloso se perd en imprécations solitaires, ne laissant entrer la lumière que par une brève et saisissante percée des chœurs. C’est à une chanson de Gilberto Gil, « Ele Falava Nisso Todo Dia », que l’on devra la seule incursion pop de l’album, qui achève de faire tomber les dernières réticences et nous entraîne dans cette ronde où l’artiste exige qu’on la suive.


Recital na Boite Barroco (Maria Bethania)

Avec une audace très personnelle, elle donne une lecture grandiose et éperdument romanesque du « Carinhoso » de Pixinguinha, qu’elle s’approprie sans déférence excessive. Et que dire du swing ferme et légèrement jazzy qu’elle imprime à « Camisa Listada » d’Assis Valente, dont elle livre une reprise dramatique et d’une énergie communicative ?

Ces trois titres, écrits dans les années trente, sont d’immenses standards de la musique brésilienne au sens large, et du samba en particulier. Le fait que Bethânia ait déjà consacré un EP à Noel Rosa en guise de premier disque montre que la réinterprétation des anciens est au Brésil un processus constant.

Plus étonnant, elle chante aussi des auteurs plus obscurs comme Billy Blanco ou Gustavo. Si elle excelle dans les ballades, c’est quand son pouls s’accélère que s’ajoute une nouvelle dimension à ses interprétations, rendant palpable une tension prompte à exploser dès les premières secondes.

Recital na Boite Barroco (Maria Bethânia)
Recital na Boite Barroco (Maria Bethania)

C’est souvent le cas pour ces quinze titres à l’exécution brève et assurée, au tempo parfois carré, donnant lieu aux fougueux emballements du Terra Trio, accompagnateurs passant allègrement de la complainte dépouillée et teintée de piano délicat à la clameur de sambas enlevées, ou à des rythmes plus binaires et enivrants comme « Marginalia II ».

Comme si Bethânia rassemblait ses compagnons pour les entraîner vers un soulèvement pas si métaphorique que cela. Pour qui découvrirait l’artiste par sa musique seule, il serait difficile de deviner que son frère n’est autre que le célèbre Caetano Veloso, au style plus nuancé et radicalement opposé.

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CREDITS Recital na Boite Barroco (Maria Bethania) :

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