Rick Rubin

Tout le monde vous parlera de sa barbe. Longue, poivre et sel, elle donne à Rick Rubin de faux airs de ZZ Top. Surtout, elle scelle efficacement l’image de gourou attachée à son personnage, que Rubin contribue à diffuser à la faveur d’interviews et de reportages qui en font un vénérable producteur, aux concepts « zen », presque New Age, et à la mystique aussi insaisissable que commercialement viable.

Par cet aspect iconique, mais aussi parce qu’il est l’homme qui a apporté le succès, ou en a décuplé l’ampleur, à des groupes et artistes aussi distincts que les Beastie Boys, Slayer, les Red Hot Chili Peppers, Mick Jagger ou Johnny Cash, Rick Rubin est devenu le producteur « star » des années 1980 et, plus de vingt ans plus tard, est resté bon an mal an l’une des plus grandes références de la production rock.

Johnny Cash American Recordings
Rick Rubin et Johnny Cash

Comme beaucoup de ses pairs, il soutient mordicus n’avoir aucun son, aucune griffe et, pour lui comme pour les autres c’est naturellement faux. Tout au plus, concède t-il que ses enregistrements partagent un mot d’ordre « in your face » soit « en plein dans ta gueule »…

S’il connait quelques variations, ne serait-ce que parce qu’il est appliqué à des genres aussi éloignés que le funk, le trash, ou le hip-hop, le son de Rubin se caractérise incontestablement par son dépouillement : direct, sec, mat, très souvent sens reverb (la bête noire du producteur), il ne s’autorise aucune fioriture vocale ou instrumentale – le plus troublant est peut-être que cette éradication systématique de l’artifice ne confère jamais à ses enregistrements la qualité organique live de ceux d’un Sam Phillips par exemple.

Rick Rubin
Def Jam Records – Rick Rubin

C’est aussi que, aussi bien pour ses thuriféraires (confrères comme musiciens) que pour ses détracteurs, ce n’est peut être pas là que s’exerce le talent de Rubin, qui peut rester allongé sur un canapé tout un après-midi… ou même ne pas venir au studio du tout.

Tôt ou tard c’est en effet le mot gourou, pas seulement évoqué par sa pilosité raciale qui surgira. Rick Rubin est celui qui fort de sa maïeutique très personnelle, mélange de laisser-faire et de mystique post-hippie, réussit à tirer de ses protégés le meilleur ou, à tout le moins, à en révéler une face inédite.

La technique ne l’intéresse d’ailleurs pas : là où ses pairs se définiront davantage ingénieur du son que producteur (ou l’inverse), lui estime n’être finalement ni l’un ni l’autre. Son art, c’est en effet d’inventer des concepts, quels qu’ils soient, pour conduire au mieux les sessions — d’où un gros travail de préproduction, passé à conceptualiser, plutôt que de longues interventions techniques dans le studio même.

Rick Rubin
Les Beastie Boys et Rick Rubin

Sa carrière a pris son élan sur trois marches — et en deux dates seulement. Au début des années 1980, nourri au rock seventies d’AC/DC, de Kiss et des Ramones (mais aussi à celui, plus ancien, des Beatles), il enregistre ses premiers titres rap à la fac de New York et attire l’attention d’un promoteur, Russell Simmons, avec qui, en 1983, il produit le titre « It’s Yours » du rapper T La Rock, pour leur tout nouveau label indépendant, Def Jam Records, bientôt l’un des plus réputés de la décennie ; en 1986, Def Jam déjà devenu une référence du rap, notamment avec le single de LL Cool J « I Need a Beat », Rubin produit dans une volte-face spectaculaire un album de thrash, Reign in Blood, du groupe Slayer, un déluge atomique de violence saturée tout à la gloire des ambiances boschesques du groupe, qui fait date, notamment par sa suppression audacieuse de reverb, la même année, avec les albums Licence to ill des rappeurs blancs Beastie Boys et Raising Hell de Run-D.M.C.

Rubin devient le producteur incontournable du rap et du hip hop, sans oublier de sacrifier ingénieusement au vieux principe du crossover, en produisant aussi (toujours la même année), une reprise ingénieuse du titre « Walk This Way » par Aerosmith et Run-D.M.C.

Rick Rubin
Aerosmith, Run-D.M.C et Rick Rubin

Dès lors, Rubin appliquera sa signature sonore au spectre le plus large, du heavy métal à la country, grossissant son catalogue de signatures aussi variées que les Red Hot Chili Peppers (dont il produit tous les albums depuis plus de vingt ans), Johnny Cash (dont il produit une série d’albums crépusculaires magnifiques, peu de temps avant la mort du chanteur) ou de Tom Petty.

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