Sam Cooke

Issu d’une famille de huit enfants élevée par le révérend Charles S. Cook dans la crainte du seigneur, le petit Sam Cooke chante à l’église baptiste de son quartier avec deux de ses sœurs et l’un de ses frères au sein des Singing Children. Il a neuf ans.

Quelques années plus tard, Sam Cooke rejoint un autre groupe baptiste, les Highway Q.C.’s, qui travaille sous la direction de R.B. Robinson, le chanteur baryton de l’une des chorales de gospel les plus influentes du moment, les Soul Stirrers.

En 1950, lorsque le chanteur ténor, R.H. Harris, la quitte, Sam Cooke se voit offrir sa place. Pendant six ans, il enregistre avec les Soul Stirrers une série de succès pour le label Specialty Records et devient l’idole de millions de jeunes filles qui goûtent beaucoup son style urbain et sophistiqué.

Sam Cooke

Le virage pop de Sam Cooke

En 1956, Bumps Blackwell, le producteur de Little Richard et de Larry Williams, entre en scène. Convaincu de l’énorme potentiel de Cooke, il l’encourage à enregistrer quelques chansons pop. Sous la direction de Blackwell, il enregistre une série de ballades que Specialty, soucieux de ne pas offenser le public gospel, publie sous le nom de Dale Cook. Mais Art Rupe, le patron de Specialty, n’est pas convaincu.

Lorsque Blackwell et Sam Cooke lui apportent la bande de « You Send Me », dont l’arrangement très sophistiqué signé Rene Hall fait la part belle à une section de choristes féminines, il propose aux deux hommes de les libérer de leurs contrats et de leur vendre la bande.

Sam Cooke
Sam Cooke

Blackwell porte illico « You Send Me » à Bob Keene qui publie le disque sur son label Keen avec une version du « Summertime » de Gershwin en face B. « You Send Me », avec ses irrésistibles vocalises célestes, se retrouve vite n°1 en 1957 : Keen en vend 2,5 millions d’exemplaires en quelques mois. Les Soul Stirrers n’apprécient guère le virage séculier de Sam Cooke et le remplacent par Johnnie Taylor.

Art Rupe, au contraire, oublie vite ses préventions et se dépêche de sortir « I’ll Come Running Back To You », une ballade de Sam Cooke produite par Bumps Blackwell restée dans les tiroirs de Specialty, qui se vend à plus d’un million d’exemplaires. Le tandem Cooke-Blackwell récidive en 1959 avec « Only Sixteen » et « Wonderful World », deux ballades signées Barbara Campbell.

Sam Cooke
Sam Cooke

Dans la cour des grands

A partir de 1960, sa notoriété grandissante le pousse à rejoindre la major RCA et son lot de stars (Elvis, Harry Belafonte, Paul Anka) sans pour autant varier une recette qui marie le romantisme des paroles au lyrisme pop d’une musique par ailleurs toujours dansante, que ce soit pour un slow ou sur un rythme entraînant. Cette stabilité, l’artiste la cultive d’autant plus qu’il conserve la plupart de ses musiciens fétiches, Clifton White et Rene Hall à la guitare, Earl Palmer à la batterie.

Avec les producteurs Hugo et Luigi et des arrangeurs du calibre de Ralph Burns ou de Rene Hall, il aligne une longue liste de tubes qui figurent au panthéon de la ballade soul : « Chain Gang » et « Sad Moon » (1960), « Cupid » (1961), « Twistin’ The Night Away » (1962), « Bring It On Home To Me » (1962), « Having A Party » (1962).

En 1962, la maison de disque considère que Sam Cooke a suffisamment de tubes derrière lui pour sortir une compilation, laquelle contient aussi les singles publiés chez Keen puisque RCA avait pris l’habitude depuis Elvis Presley d’acheter l’ancien catalogue des stars qu’elle attirait dans son giron.

Sam Cooke Night beat
Sam Cooke

Suivront les titres « Little Red Rooster » (1963) avec un jeune Billy Preston à l’orgue, « Frankie And Johnny » (1963), « Tennessee Waltz » (1964) et « Shake » (1964) avec en face B « A Change Is Gonna Come ». Dans cette dernière composition, Sam Cooke prophétisait à sa façon la prise de conscience politique et sociale des Noirs américains qui allait survenir quelques années plus tard.

Lorsque « Shake – A Change Is Gonna Come » se classe dans les dix meilleures ventes au début de 1965, Sam Cooke est mort. Il a été abattu quelques semaines plus tôt par la gérante d’un motel de Los Angeles où il aurait violé une femme après s’être introduit dans sa chambre.

Sam Cooke Night beat
Sam Cooke

L’héritage de Sam Cooke

L’influence de Sam Cooke est inestimable. Il a été, avec Ray Charles, l’un des premiers chanteurs noirs à montrer qu’un artiste de rhythm’n’ blues pouvait rester crédible auprès du public noir et faire chavirer le cœur des teenagers blancs tout en triomphant à Las Vegas.

Otis Redding, Marvin Gaye, Smokey Robinson et Al Green n’ont jamais manqué une occasion de lui rendre hommage. Parmi les chanteurs blancs, nombreux l’ont pris pour modèle, de Jagger à Rod Stewart, qui a souvent affirmé être devenu chanteur grâce à lui.

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