serge gainsbourg bonnie and clyde

serge gainsbourg bonnie and clyde – Enregistré en 1968 à Paris – Fontana records
Quand l’été de l’amour frappe à la porte de Serge Gainsbourg, compte tenu du fait que le gars se réveille rarement avant 3 h de l’après-midi, nous présumerons que nous sommes dans les alentours de 17 h 30. Nous sommes, par ailleurs, le vendredi 2 juin 1967, jour de la Sainte-Blandine, une jeune fille jadis dévorée par les lions, comme le sieur Gainsbourg l’avait été par des bergers allemands pour les besoins d’un péplum de série B, sorti une demi-douzaine d’années plus tôt.

Ce jour-là, Londres bruisse de la sortie du nouvel album des Beatles, Sgt Pepper’s Lonely Hearts Club Band. Le disque, comme on sait va détourner le cours habituel de la musique pop mid-sixties et l’expédier directement dans la quatrième dimension. Les témoins de l’époque racontent que Gainsbourg entend des extraits du disque à la radio et n’a de cesse de se procurer la galette et d’abrutir son entourage avec ce vinyle qui tourne en boucle sur sa chaîne hi-fi.


serge gainsbourg bonnie and clyde

Après un été assidûment planant Gainsbourg s’en retourne à la gestion de sa carrière avec les premiers jours de l’automne. On lui fait savoir que l’acteur Jean Gabin souhaiterait le voir apparaître dans son nouveau film, intitulé Le Pacha. “Gueule d’amour”, comme on appelait Gabin dans les années 1930, a eu vent des scènes de complicité filiale qui ont lié Gainsbourg à Michel Simon pendant le tournage du film Ce sacré grand-père, et il se verrait bien, en quelque sorte, prendre le relais.

Fan absolu du cinéma d’avant-guerre, Serge tope là, avec d’autant plus d’énergie qu’une semaine plus tôt une autre proposition artistique l’a fait décoller de sa chaise.

Il y aurait dans l’air, pour ourler à la feuille d’or les programmes des fêtes de fin d’année de la télévision française, l’idée d’un Show Bardot, qu’il faudrait mettre en boîte assez vite, pour une diffusion le 1″janvier 1968.

Le moment de la rencontre Gainsbourg-Bardot est fixé aux alentours de 13 h, à la table d’un restaurant le vendredi 6 octobre. Et la Bardot de cette époque, c’est quand même de l’ordre de l’apparition divine, avec Rolls et chauffeur, service d’ordre, photographes people à la traîne et touristes allemands qui se demandent si cette statue ambulante s’est échappée du Louvre.

serge gainsbourg bonnie and clyde
serge gainsbourg bonnie and clyde

Le repas est chaleureux d’emblée ; Gainsbourg et Bardot se connaissent le premier a déjà écrit pour la seconde, et voilà un menu d’excellent rapport qualité/prix, qui débouchera sur quelques chansons nouvelles, sur une émission de télé intimiste, sur des disques 33 et 45 tours, et sur une love story très sixties : enflammée, insouciante, ravageuse, inconsciente des dégâts qu’elle provoque, et aussi brève que peut l’être, dans les bras l’un de l’autre, une petite mort. Le couple Gainsbourg/Bardot est LE couple dont on parle à Paris. Les amants sortent et s’amusent quasiment tous les soirs.

On dit que Bardot choisit les adresses et fonce au volant de sa Spitfire pendant que Serge fait le beau et décide que ce qui sortira de cette collaboration sera une ode à la modernité pop.

serge gainsbourg bonnie and clyde
serge gainsbourg bonnie and clyde

De fait les deux titres qui en sont l’emblème aujourd’hui se nomment Harley Davidson (la femme, le cuir, la mécanique, la vitesse, le scxc„.) et Bonnie and Clyde (la femme et l’homme, la mort la guerre ouverte à la société, ses règles, ses flics – en bref, un Mai 68 de poche). Le troisième est maudit : il s appelle Je t’aime moi non plus, il calque cet intitulé sur une saillie de Salvador Dali, il préfigure la fin de l’histoire, Bardot s’opposera longtemps à sa sortie et il fera la fortune d’un autre appareillage mi-homme, mi-bête, le duo Gainsbourg-Birkin.

Carte du Tendre 60’s En se penchant plus avant sur Harley et sur Bonnie, et en passant derrière les voix, on note, au passage, la couleur de la bande-son. Ce climat “jungle”, ces cris d’orang-outang, ces percussions, ces guitares qui font “doing-cloing”, ces stridences de fête foraine… Gainsbourg et Michel Colombier, son fidèle directeur d’orchestre, s’en sont donné à cœur joie et inventent, un doigt sur la console, un psychédélisme steak-frites en réponse aux envolées élégiaques des Beatles.

serge gainsbourg bonnie and clyde
serge gainsbourg bonnie and clyde

Quand sort le 33 tours Bonnie and Clyde, Serge et Brigitte posent pour la pochette habillés en Warren Beatty et Faye Dunaway, têtes d’affiche du film éponyme d’Arthur Penn dont le Swinging London a fait un objet furieusement à la mode pendant au moins deux semaines. Gainsbourg préface le vinyle, au dos de la pochette : “Ces douze titres de Brigitte et de moi sont autant de chansons d’amour. Amour combat, amour passion, amour physique, amour fiction. Amorales ou immorales, peu importe..”

En janvier 1968, le Show Bardot est un succès public et critique. Et le poster de Brigitte, chevauchant une Harley qui raconte une sacrée histoire subliminale de libération féminine, est sous presse. Il sera l’une des images secrètes des prochains “événements” en décorant, grâce à quatre punaises, les murs des chambres des étudiants en grève, et pas seulement ceux de Nanterre.

serge gainsbourg bonnie and clyde
serge gainsbourg bonnie and clyde

Quant à la plus belle love story de l’hiver 1968, elle s’achève piteusement. Le mari de B.B. ayant fait les gros yeux, la star rentre au bercail avec son air boudeur de petite fille surprise en train de feuilleter le magazine américain Playboy. Gainsbourg gardera au cœur toute sa vie la plaie ouverte de cette séparation. Il en pleurera des larmes de sang sur une partition de Dvorak, et ça s’appellera Initial BB. La chanson dessine l’exact contour en creux d’un amour lorsqu’il est fini : “Jusques en haut des cuisses, elle est bottée/Et c’est comme un calice à sa beauté.” Un calice amer et flamboyant dont le chanteur aura transformé la lie en alcool fort.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.