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Discothèque idéale selon Sophie Hunger

Never love alone
Discothèque idéale selon Sophie Hunger Posted on 8 mars 2016Leave a comment
Never love alone

Sophie_Hunger_1049Malgré un album pop (“Supermoon”), la chanteuse ne se revendique d’aucun style et nous fait découvrir les influences musicales qui jalonnent sa route. Pour Sophie Hunger, la musique, toutes les musiques, ont servi d’ancrage tout au long d’une vie d’errance (dorée) déterminée par les mutations d’un père diplomate (Londres, Berlin, Zurich, Téhéran…). L’écouter, c’est voyager un peu avec elle, au gré de ses envies et lubies, et des influences sans frontière (jazz, rock, folk, chanson…) qui nourrissent depuis l’enfance son vaste univers artistique.

  • Radiohead, Kid A (2000) : J’étais une énorme fan de Radiohead depuis le début, avec Pablo Honey et Creep. Puis The Bends et OK Computer. J’avais 16 ans, à Zurich, quand Kid A est sorti. Le matin, j’ai loupé les premiers cours pour aller directement au magasin de disques, avant l’ouverture. Je devais être la première. J’en ai pris cinq exemplaires pour mes copines, c’était ma mission. Après l’école, on est rentré à la maison pour poser le CD religieusement dans la platine. Je me souviens du geste, c’est fou : j’appuie sur « play », «  titre 1 » s’affiche et là, la perplexité totale ! Qu’est-ce que c’est que ce truc ? J’ai du passer une semaine entière à l’écouter en boucle pour tenter de comprendre ce disque. Mon cœur m’encourageait à persister, il me disait « tu dois l’aimer ». Et puis, un jour, j’ai compris, comme une nouvelle langue qui devient subitement familière. Quand Amnesiac est sorti peu après, pas de souci, j’étais initiée. Mais Kid A demeure mon album préféré. Je l’ai exploré comme aucun autre. Il fait partie de moi. Ce disque m’a appris tant de chose sur la musique, ce qu’elle doit provoquer chez l’auditeur, ce qu’est le son, ce qu’est un rythme, une guitare… Cet album a fait mon éducation. J’ai tout décortiqué, seule, mais aussi avec mes amies. Car Radiohead est la première passion musicale que j’ai partagée avec d’autres. On séchait les cours pour aller les voir en concert en Allemagne.
  • Bob Dylan, Bringing it all back home (1965) : Bob Dylan a été très important pour moi et peut-être cet album plus que tous les autres de lui. Il y a tellement de chansons que j’aime dessus, en particulier It’s Alright Ma, I’m Only Bleeding. Bob Dylan, que dire de lui ? Que c’est le premier professeur pour tout apprenti singer-songwriter. Je crois que la première chanson que j’ai sue par cœur et jouer de lui, c’était Mama you’ve been on my mind  qu’il chantait avec Joan Baez. Dylan, ce n’est pas à la maison que je l’ai connu, mais dans le magasin de disque de Zurich où je trainais toujours. Il passait tout le temps. Et progressivement, j’ai acheté tous ses disques, au moins une trentaine ! Pendant deux ans, c’est devenu mon obsession. Imaginez un peu que vous ne savez rien de lui et, pof !, un jour vous le découvrez, et il faut tout rattraper. C’était aussi excitant que vertigineux ! Ce que j’ai appris de Dylan ? Qu’en anglais, on peut écrire ce que l’on veut ! Tout est possible. Un truc comme Bob Dylan’s dream, c’est incroyable. J’ai essayé sur mon premier disque de l’imiter sur Sophie Hunger Blues… J’ai même osé le citer à la fin de la chanson : « I can be part of your dream if you can be part of mine, Bob Dylan said that I’ll let you be part of my dream if you can be part of my reality, I said that. » C’était assez prétentieux, comme si je voulais le corriger !
  • Jeff Buckley, Grace (1994) : Grace est l’album qui m’a donné envie d’être une grande et une bonne chanteuse. Surtout la « deluxe edition » où l’on trouve toutes les faces B et plein de vieux traditionnels qu’il chante en solo. Avec lui, j’ai compris ce qu’était une grande voix, très flexible, qui change au gré de l’émotion. Quand il chante Lilac Wine, il y a un moment où on peut penser qu’il s’agit de Nina Simone, tellement il arrivait à tordre et moduler, à changer la couleur de son chant… C’est quelque chose que je n’avais pas trouvé chez Dylan, cette volonté de vouloir chanter le mieux possible. Chez Dylan, il y a avait toujours une part de subversion, une forme presque de sabotage volontaire. Il n’y pas de ça chez Buckley, il donne tout, comme sur Hallelujah. Il n’a pas peur de s’exposer totalement, au risque d’être pathétique. Je chantais dessus, et ça a réellement libéré des capacités enfouies en moi. Jusque là, je chantais toujours sur les disques, comme ceux de Radiohead, et du coup, j’étais toujours en dessous de mes possibilités. Avec Buckley, tout est sorti. Je voulais aller le plus loin possible. Ne rien retenir ni cacher, comme une véritable chanteuse au sens classique.
  • Billie Holiday, Strange Fruit (1939) : Ça aussi ça vient de quand j’étais toute petite. Encore un disque de mon père. Une chanson comme Strange Fruit, j’ai du l’écouter un million de fois. Billie Holiday a cet art de chanter le moindre mot, à avoir un respect absolu du texte. Ce n’était pas juste un matériau pour mettre en valeur ses capacités vocales mais le contraire : sa voix devait servir au plus près le texte. C’est l’essentiel pour moi. Avoir du sens, ne pas se contenter de pyrotechnies vocales. Trop souvent, les mots ou la technique l’emportent. Pour moi, les deux doivent être en accord.
  • Max Roach, The Complete Max Roach : J’aime beaucoup comment il joue. Il chante presque. Du coup, je cherche toujours des batteurs qui apportent plus qu’un rythme. Et j’aimerais travailler encore plus dans ce sens. J’adorerais faire un disque où la batterie serait l’instrument roi, avec des titres essentiellement écrits pour elle, avec un minimum d’instrumentation additionnelle. Pour voir jusqu’où on peut aller.
  • A Tribe Called Quest, Can I Kick It  (1990) : Quand j’habitais en Allemagne, de 12 à 15 ans environ, je n’écoutais quasiment que du hip hop. C’était la seule musique que je ne partageais avec personne. C’était très égoïste, centré sur soi-même : on met le casque et on se coupe du monde environnant. Tu écoutes ça dans la rue, en fronçant des sourcils, tu es en colère mais tu ne sais pas pourquoi. Et tu as ta musique dans les écouteurs – Nas ou Tu Pac – et tu es contre le monde entier. Je me souviens que j’écoutais aussi beaucoup Petit Frère de IAM. Il y avait De La Soul aussi, mais c’était drôle aussi, ironique. J’écoute toujours du rap aujourd’hui, mais surtout par nostalgie. Sauf A Tribe Called Quest, dont les disques me parlent toujours autant. Quand je rentre de tournée, je pose ma valise, et souvent, le premier disque que je mets c’est A Tribe called Quest. Je me sens tout de suite bien, chez moi, avec leur musique, parce qu’il y a tout dedans, le jazz, les chœurs, tout me plait chez eux.
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