The Strokes Is this it

The Strokes Is this it – Enregistré entre mars et avril 2001, au Transporterraum studio, à New York – RCA
L’histoire commence dès l’été 2000. Un booker travaillant au club Mercury Lounge de Manhattan repère un jeune groupe rock’n’roll local avec vingt-six concerts sous la ceinture. Ce qui frappe Ryan Gentles, qui va devenir manager des cinq garçons, c’est que « dans la plupart des groupes, Il y a un type concerné et trois autres qui ont l’air d’être dans d’autres formations. Mais eux avaient la bonne attitude. Les cinq faisaient tout ce qui était en leur pouvoir pour que ce groupe marche. Et ça fonctionnait… ”

Les Strokes ont le bon look. Un genre de chic bohémien à base de baskets Converse, T-shirts surannés et coupes de cheveux en friche. Côté influences, le chanteur Julian Casablancas en affiche quelques notoires (Velvet Underground, Beach Boys, Cars, mais sans renier Pearl Jam et Nirvana, dont il dit le plus grand bien).


The Strokes Is this it

Dans les grands moments (“The Modem Age”), on jurerait des inédits du Velvet troisième époque, joués par des Buzzcocks américains. Plus étonnant, les Strokes sont un des seuls groupes de l’histoire à n’avoir jamais repris aucune chanson d’aucun autre groupe. Nous arrivons ici à la troisième génération : les rockers recyclent leurs influences, sans les afficher.

Les Strokes font circuler une démo qui attire l’attention de Rough Trade Records en Grande-Bretagne. La bande est commercialisée en janvier 2001, c’est le “Modem Age EP”. Dans une époque dominée par des groupes qui tentent de se mesurer à Radiohead ou Jeff Buckley (Muse, Starsailor), l’effet du trois-titres des Strokes est atomique.

L’époque manquait de rock ? En voilà ! Un rock frais, juvénile, effronté, guilleret. Comme un pied de nez aux calculs des planificateurs. Mais comment en sommes-nous arrivés là ?

The Strokes Is this it
The Strokes Is this it

L’histoire des Strokes commence sans doute en 1995 dans une pension privée suisse. Cette année-là, Albert Hammond se lie d’amitié avec Julian Casablancas, fils du patron de l’agence de mannequins Elite. Ou peut-être que l’histoire des Strokes a commencé six ans plus tôt, quand Julian a fait la connaissance de Nikolai Fraiture au lycée français de New York. Ou peut-être que l’histoire s’est solidifiée autour de la rencontre de Julian avec Fabrizio Moretti et Nick Valensi à la Dwight School de Manhattan.

Voilà le background Cinq copains d’internat, fils de bohémiens chic, trimballés de grande école en pensionnat. Le professeur de guitare de Nick Valensi, JP Bowersock, est un élément important. On dit qu’il est le mentor des Strokes, leur gourou, celui qui connaît l’histoire du rock comme sa poche et donne aux gamins des conseils en comportement cool.

The Strokes Is this it
The Strokes Is this it

Mais il y a derrière cela autre chose, il y a dans l’histoire Strokes le sentiment que ces cinq gosses, soudés par les mêmes expériences décevantes, issus de milieux explosés, ont décidé avec ce projet de reconstruire une famille qui est (enfin) la bonne.

Les Strokes sont des frères, un pour tous, tous pour un, et ce qui leur arrivera ensuite, finalement, n’a toujours pas réussi à briser la belle camaraderie des débuts.

L’enregistrement de l’album est facile. Il a lieu durant un mois de break, en pleine tournée triomphale. Le groupe est ambitieux, la demande mondiale. Pour Julian, « la musique est un long processus. La façon dont une mélodie est affectée par un rythme de batterie, l’interaction de deux guitares, j’ai dédié ma vie à explorer tout ça ».

The Strokes Is this it
The Strokes Is this it

C’est en avril 2001 que le groupe enregistre “Is This It”. Un disque qui dure trente-six courtes minutes et des poussières, mais offre immédiatement des singles très frais (“Last Nite”, “Hard To Explain”).

Le producteur est Gordon Raphael. Un garçon calme, posé. Sur ses conseils, les Strokes jouent aux échecs entre deux prises. Est-ce rock’n’roll ? En tout cas, ça aide. Car de premières tentatives de séances avec Gril Norton (Pixies) avaient échoué. Trop de tension.

Et puis il y a les impulsions créatives de Julian : “Faut que ça sonne vieux, mais comme du vieux de 2010”, demande régulièrement le chanteur à l’ingénieur du son. Autre exigence du lead singer, une seule prise pour chaque titre afin de conserver leur « efficacité brute ».

The Strokes Is this it
The Strokes Is this it

Gordon sait mettre les cinq jeunes gens à l’aise. Il a décoré le studio de lumières clignotantes et de posters, ne s’énerve jamais, trouve les chansons magnifiques. Une attitude cool et posée qui lui vaudra d’être rappelé en hâte quand Nigel Godrich (Radiohead) abandonnera les séances du “toujours difficile second album ”.

Ce que les Strokes proposent est une pop-rock toujours sur le fil du rasoir, avec attitude punk implicite. Nous ne sommes plus en 1977, et pourtant, “les flics de New York, ils sont pas bien malins”.

D’instinct, les Strokes sonnent fucked-up, leur album apporte cet indicible élément qui fait frémir le rocker, l’annonce de la fameuse Zone Danger. En plein troisième millénaire, les Strokes proposent des chansons colériques, nerveuses, expression d’une moderne frustration.

The Strokes Is this it
The Strokes Is this it

Un mois durant, les Strokes furent les maîtres du monde. Le disque est salué par la presse, Kate Moss, Courtney Love, les frères Gallagher ou Joe Strummer se prosternent à leurs pieds, une génération les vénère.

Mais dès le 12 septembre 2001, douche froide. BMG décide de remplacer “NY City Cops”, trop sarcastique, par une chanson banale. Puis la pochette originale, trop sexe, est censurée. Et les Strokes doivent faire face à des accusations de plus en plus vicieuses. Fils à papa certes, voilà qu’on leur reproche le pillage du tronc commun, un hold-up notamment sur Blondie.

Clem Burke en personne sera obligé de prendre position ( “j’entends surtout une combinaison d’Iggy et de Television ”, déclare-t-il). Depuis, les Strokes sont devenus une ancienne cause célèbre, et un bon souvenir. Mais ne les oublions pas, car ce sont eux qui ont ramassé le message et l’ont fait passer. On peut refaire un groupe. C’est autorisé. Et si leur disque n’a pas changé votre vie, au moins il a changé vos baskets.

 

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CREDITS :

Julian Casablancas : chant
Nikolai Fraiture : basse
Albert Hammond Jr. : guitare
Fabrizio Moretti : batterie
Nick Valensi : guitare

JP Bowersock : consultant
Greg Calbi : matriçage
Colin Lane : photographie, artwork (hors édition américaine)
Gordon Raphael : production, mixage

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