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Dream Letter, Live In London (Tim Buckley), un jazz-folk aussi lyrique qu’expérimental

Never love alone
Dream Letter, Live In London (Tim Buckley), un jazz-folk aussi lyrique qu’expérimental Posted on 9 mars 2019Leave a comment
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Tim Buckley Dream Letter – Enregistré le 10 octobre 1968 au Queen Elizabeth Hall de Londres – Enigma Retro ‎records
Après deux disques, Tim Buckley (1966) et surtout Goodbye And Hello (1967), qui firent de lui une des grandes figures du folk post dylanien, le jeune californien Tim Buckley, à la voix exceptionnelle, commence à faire parler de lui outre-Atlantique, entraînant la BBC à diffuser le premier concert de l’artiste sur le sol britannique, le 1er juillet au Queen Elizabeth Hall de Londres.

Plus de vingt ans plus tard, alors que Tim Buckley a, depuis, atteint une grande notoriété et avant que son fils Jeff ne prenne le relais, le label Bizarre récupère les bandes du concert. Il publie tel quel, en 1990, sous le titre Dream Letter, plus de deux heures d’un concert qui marque un tournant dans l’œuvre du chanteur, poussant plus loin encore sa mise en place d’un jazz-folk aussi lyrique qu’expérimental, et lui garantissant une identité musicale profondément originale à travers les décennies.


Tim Buckley Dream Letter Live In London

Introduit par la voix atone du présentateur de la BBC, Pete Drummond, Buckley se présente sur scène avec un line-up surprenant. Le fidèle bassiste de Buckley, John Miller, et le joueur de congas, Carter « C.C. » Collins n’ayant pu être du voyage par manque de moyen, le groupe se voit alors obligé de s’adresser en urgence à Danny Thompson, membre de Pentangle et habitué du circuit folk britannique.

Celui-ci impressionne à la basse par sa faculté exceptionnelle à interpréter le répertoire du Californien (notamment sur la partie de contrebasse de l’ode pathétique « Dream Letter », qui épouse à merveille la voix du chanteur).

Dream Letter, Live In London (Tim Buckley)
Tim Buckley Dream Letter Live In London

Buckley présente alors quelques morceaux de ses premiers disques, surtout dans la première partie du concert, et les titres « Phantasmagoria In Two » ou « Morning Glory », sommets de Goodbye And Hello sont instantanément reconnus par le public. Mais nombreux sont les morceaux joués ce soir-là qui n’apparaîtront que sur les futurs disques de l’artiste (comme « Happy Time » que le public redécouvrira deux ans plus tard sur l’album Blue Afternoon), voire qui resteront totalement inédits jusqu’à la parution officielle du double album Dream Letter.

Au deux tiers du concert, le morceau présenté par Buckley comme se nommant Carnival Song n’a même rien à voir avec le titre homonyme de Goodbye And Hello, et s’impose comme une composition en forme de comptine totalement originale. La grande force du concert est qu’avec cette orchestration réduite mais homogène, Buckley et son groupe réussissent à reproduire les univers variés de son répertoire tout en rendant l’ensemble de la prestation parfaitement cohérente.

Dream Letter, Live In London (Tim Buckley)
Tim Buckley Dream Letter Live In London

Pour cela, Tim Buckley exécute de nombreux medley tout au long de la soirée, jouant sur l’amplitude de sa voix, notamment grâce à des séries d’onomatopées expressives (des passages de « I’ve Been Out Walking» ou « Troubadour » sont entièrement construits sur leur musicalité) oui viennent ponctuer les textes et offrent des transitions aériennes.

La plupart des titres bénéficient de la présence du vibraphone de David Friedman qui apporte cette touche jazz à l’ensemble du concert, approfondie par Tim Buckley sur ses disques studio ultérieurs. 

Assumant un rôle rythmique en l’absence des congas et enrichissant les mélodies en dialogue avec les guitares, l’instrument suit à la trace les profondes vocalises du chanteur ou dresse une trame d’accompagnement, quelques octaves au-dessus de la voix, comme une incitation à le rejoindre.

L’introduction de « Hallucinations », titre annoncé par le chanteur comme une composition inspirée par quelque trois cents milligrammes de substances hallucinatoires, offre ainsi une divagation instrumentale entre le guitariste Lee Underwood et Friedman avant l’arrivée de la mélodie principale qui cherche à reproduire le phénomène de transe produit par la consommation de drogues, tandis que le texte narre le portrait d’une rencontre fantasmée.

Dream Letter, Live In London (Tim Buckley)
Tim Buckley Dream Letter Live In London

Tim Buckley prouve également à plusieurs reprises, tout au long du concert, qu’il peut toucher l’audience, accompagné de sa seule guitare acoustique douze-cordes, par des compositions en arpèges (« The Earth Is Broken ») ou par des rythmiques plus nerveuses (les inédits « Who Do You Love », au final presque free-jazz, et« Wayfaring Stranger »), sa voix lui offrant une palette sonore et émotionnelle valant tous les solos instrumentaux. Dans ce dispositif épuré à l’extrême, l’artiste atteint sa véritable dimension de barde des sixties, délivrant des mélopées où seules les modulations vocales viennent pimenter des textes d’un romantisme poignant.

Visiblement détendu, bavard, voire blagueur, Tim Buckley offre à son public londonien un tour complet de son univers musical, s’aventurant même parfois chez celui des autres pour une version mélancolique du « Dolphins » du folkeux Fred Neil – le titre réapparaîtra en introduction de l’album Sefronia en 1973 – ou, plus surprenant, avec une interprétation énergique d’un tube soul,« You Keep Me Hanging On », popularisé par les Suprêmes en 1966.

Dream Letter, à sa parution, impose rapidement ce premier concert londonien comme le plus complet et touchant des témoignages live de Tim Buckley, loin devant le Live At The Troubadour capté en 1969, ou le plus disparate Once I Was, voire comme une parution d’importance égale aux grandes œuvres studio de l’artiste, à la croisée des genres clairement identifiés de la musique Populaire.

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CREDITS :

Tim Buckley : voix, guitare folk 12 cordes

Lee Underwood : guitare

Danny Thompson : basse

David Friedman : vibraphone

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