The Velvet underground and Nico

The Velvet underground and Nico – Enregistré en avril – novembre 1966 aux studios Scepter et Mayfair (New York) et aux T.T.G. Studios (Hollywood) – Verve Records
Aux dernières nouvelles, le premier album du Velvet Underground s’était vendu à 500 000 petits exemplaires depuis sa sortie en 1967. Mais, prétend une légende urbaine aussi rassurante qu’invérifiable, ces 500 000 acheteurs ont tous fondé un groupe… Le Velvet serait donc le groupe le plus influent de tous les temps.

Formé dès l’âge de 15 ans à l’école de fer des écrivains du Brill Building, élevé dans le carcan des disques Pickwick, Lou Reed n’avait pas vraiment l’idée d’un disque tenant debout tout seul tel Velvet underground and Nico, mais racontant “de nouveaux états d’âme urbains. C’est, dit-il, pour se mesurer à ce que faisaient des gens comme Hubert Selby qu’il monte son groupe avec John Cale.


The Velvet underground and Nico

Après Elvis (révélation du corps), Dylan (prise de parole), voici le Velvet Underground (catalogue des perversions modernes). Drôle de timing : au moment où la planète entonne le refrain peace & love, c’est une collection de chansons inquiétantes qui marque l’apogée de la relation du groupe avec Andy Warhol et Nico (mannequin installée de force comme chanteuse après que le réalisateur Paul Morrissey a confié au maître que « ces gens n ’ont pas de leader, il y a bien un type qui chante, mais il n ’a aucun charisme et personne ne le regarde »).

The Velvet underground and Nico
The Velvet underground and Nico

Lou Reed concède certaines chansons à Nico (mais pas toutes comme l’eût aimé Warhol). Il se réserve la part du lion sur ‘Waiting For The Man” et d’autres moments de bravoure (“Heroin”, “European Son”) sans parler de l’inoubliable solo de guitare de “Run Run Run”.

Comment ce disque historique fut-il enregistré ? En quatre jours dans un studio new-yorkais décrépi, chez Scepter Records, pour 1500 dollars. L’enregistrement est réalisé dans l’immeuble même qui abritera plus tard le fameux Studio 54. Certains s’imaginent Warhol en studio, avec le Velvet. Aucunement. Le Pape de la Pop apporte l’argent, mais n’impose nullement sa présence. En revanche il donne ses instructions à Norman Dolph, producteur confirmé de la Columbia. L’ingénieur du son est John Licata, qui couche tout sur quatre pistes.

The Velvet underground and Nico
The Velvet underground and Nico

On sait que la paranoïa d’un Lou Reed sur la défensive finit par gagner l’ensemble du groupe (Sterling Morrison bonne pâte, toujours d’accord avec tout le monde, John Cale tout de haine silencieuse, Maureen Tucker fidèle, la seule à toujours défendre Lou Reed, Nico frustrée mais imposée par ce personnage prodigieusement plus connu que tous les musiciens réunis) au point qu’il fallut rompre avec New York.

Un producteur des disques Verve, Tom Wilson, retrouve le Velvet en Californie où venait d’avorter une tentative de tournée et lui fait refaire trois titres aux studios TTC de Hollywood : “European Son”, “Heroin”, “Venus In Furs”.

Dès mai 1966, l’album est terminé, mixé. Sauf que les bandes allaient dormir des mois durant, faire le grand circuit de toutes les maisons de disques qui opposent un dégoût unanime, avant de sortir finalement en mars 1967, face à “Sgt Pepper…” et sur une compagnie mal taillée pour le rock.

The Velvet underground and Nico
The Velvet underground and Nico

Les thèmes radicaux abordés par Lou Reed (22 ans) peuvent expliquer ces atermoiements : après tout, ce n’est pas tous les jours que sort un disque mêlant vignettes sadiques et masochistes, traitant de l’addiction au speed ou à l’héroïne et saupoudrant néanmoins le tout d’étranges et contagieux petits hymnes à la joie d’être vivant, d’attendre la fête de
demain (‘Tomorrow’s Parties”), l’aube bleuissante sur Manhattan, la jolie fille qui—mais comment donc !— vous comprendra un de ces jours (“Sunday Morning”).

Le premier Velvet était tout simplement l’album des voyous, perturbés, malades mentaux, camés, dingues, décalés, écrivains, créateurs. Un petit juif junkie, un musicien classique gallois, un guitariste texan, une batteuse hommasse qui insistait pour jouer debout et un top model hongrois, le tout produit par un exilé tchèque incompétent, mais de grande fortune.

“Si ce groupe remplace un jour quelque chose, ce sera le suicide aurait dit Cher en sortant d’un spectacle du Plastic Exploding Inevitable en 1966. Pourtant l’écoute au casque de cet album révèle toute l’ampleur de la supercherie : en quatre jours, qui saurait coucher sur bande onze chansons de ce calibre ? C’est le temps qu’on accorde généralement aujourd’hui au moindre groupe pour trouver le, heu, le son, man.

The Velvet underground and Nico
The Velvet underground and Nico

Ce qui s’est passé est évident : les ingénieurs de 1966 ont contourné le problème du mur de son velvetien et choisi de traiter le groupe rock ultime comme ces trios folk qu’on gravait sur le pouce dans l’espoir un peu benêt de recréer le coup Dylan, et parfois, souvent même, ça marchait.

Mais John Cale, sans doute inquiet, veillait et c’est lui qui va instaurer dans ce calme parfois trop squelettique (mélodies nettoyées, riffs aigrelets, son de guitare strident) de perçantes parenthèses de folie photonique avec son violon sursaturé et grinçant. Même mutilée, même cahotant sur deux riffs (“Heroin”), la pensée électrique est en marche et personne ne pourra la freiner. Même la fin du disque est une petite apocalypse sonore, fracas de verre brisé, riffs bousillés.

Une fois publié sous sa mémorable banane décollable, le disque subit avanies et tracas. Un éphèbe de la Factory exige notamment par voie de justice qu’on retire sa photo du dos de la pochette. Aucune radio de New York n’accepte de passer le Velvet qui s’énerve et refuse carrément de jouer en ville.

The Velvet underground and Nico
The Velvet underground and Nico

Pour égayer l’atmosphère, on ajoutera que le pire restait à venir : incapables de mixer le disque dans les délais restreints, contraints qu’ils étaient de livrer deux versions (une mono, une stéréo comme il était alors coutume), les Velvet étaient pour une fois tous tombés d’accord pour soigner une version au détriment de l’autre. C’est le mono mix, digne des avancées souveraines de Phil Spector, qui fit l’objet de toutes les attentions des participants, ce même mix qui allait tomber aux oubliettes de l’histoire jusqu’à l’édition CD Deluxe 2002. Considérées comme irrémédiablement perdues, les premières versions du Studio Scepter ont été retrouvées sur une acétate datée du 25 avril 1966. Dénichée pour 75 cents dans un vide-grenier, l’acétate pourrait dépasser les 400 000 dollars…

Si le grand public de l’époque manifeste d’emblée une sourde réfraction au Velvet Underground (qui ne dépasse pas la 171e vente), les meilleurs musiciens de l’époque noteraient cet effort extraordinaire qui allait en empêcher plus d’un de dormir. Dès 1968, Mick Jagger et Keith Richards sortaient leur version de la décadence urbaine, un album des Rolling Stones intitulé “Beggars Banquet”.

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CREDITS Velvet underground and Nico :

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