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Sorti en 1976, Geraes de Milton Nascimento s’inscrit dans le prolongement direct de Minas (1975), formant avec lui un diptyque essentiel de l’œuvre du musicien. Alors qu’il vient de connaître une reconnaissance internationale grâce à ses collaborations avec des figures du jazz comme Herbie Hancock ou Wayne Shorter, Milton Nascimento choisit avec Geraes d’opérer un retour vers ses racines, en particulier celles de l’État du Minas Geraes, région qui a marqué son identité musicale.

À ce moment de sa carrière, Milton est au faîte de sa reconnaissance. Il a déjà exploré les territoires de la fusion avec Som Imaginário, collaboré avec des géants du jazz comme Herbie Hancock ou Wayne Shorter, et conquis un public international. Là où l’on aurait pu attendre une fuite en avant, Geraes opère un mouvement inverse : un retour aux racines, à une musique plus dépouillée, plus terrienne, nourrie de traditions populaires, religieuses et folkloriques d’Amérique du Sud.

Milton Nascimento Geraes

Le titre même de l’album — Geraes, forme archaïque de Gerais — annonce cette plongée dans une mémoire profonde. Une grande partie du matériau musical s’inspire des recherches de Tavinho Moura sur les musiques régionales, notamment celles de la vallée du Jequitinhonha, au nord du Minas et au sud de Bahia. Calix Bento, adaptation d’un chant traditionnel de folia de reis, en est l’un des exemples les plus saisissants : une pièce à la ferveur liturgique, presque suspendue hors du temps.

Car Geraes n’est pas un album de déferlement rythmique. Ici, peu de swing ostentatoire : la musique flotte, respire, médite. Les arrangements sont sobres, souvent épurés, laissant place à une luminosité intérieure et à des climats contemplatifs. La voix de Milton, toujours aussi prodigieuse, semble planer au-dessus des instruments, libre et fragile à la fois, comme un oiseau multicolore porté par des mélodies en apesanteur.

Si l’ancrage régional est central, Geraes s’ouvre largement à l’Amérique latine. La reprise de Volver a los 17 de la Chilienne Violeta Parra, chantée en duo avec l’Argentine Mercedes Sosa, constitue l’un des moments les plus bouleversants de l’album. Véritable hymne humaniste, la chanson célèbre la force du sentiment comme boussole essentielle, au-delà de la raison. L’harmonie des deux voix atteint ici une intensité émotionnelle rare.

Autre sommet : O Que Será (À Flor da Pele), chanson de Chico Buarque, interprétée en duo avec son auteur. Dans le contexte d’un Brésil encore marqué par la censure et le poids des années de dictature militaire, ce titre prend une dimension politique et existentielle forte. Loin des versions plus nerveuses ou théâtrales, celle de Geraes privilégie la lenteur, la retenue, la tension souterraine — une émotion à fleur de peau, justement.

L’album se distingue aussi par son caractère profondément collectif. Sur les douze compositions, seules trois sont signées exclusivement par Milton Nascimento. Autour de lui gravite une constellation d’artistes majeurs : Toninho Horta, Nelson Angelo, Ronaldo Bastos, Tavinho Moura, mais aussi des invités de premier plan comme Chico Buarque, Mercedes Sosa, la légendaire Clementina de Jesus (Circo Marimbondo), ou encore le groupe chilien Agua. Cette ouverture prolonge l’esprit du mythique Clube da Esquina (1972), faisant de Geraes une œuvre chorale dirigée par un maître d’orchestre discret mais omniprésent.

Album exigeant, parfois déroutant au premier abord, Geraes ne se livre pas immédiatement. Mais à qui accepte d’en entrouvrir la porte, il révèle une richesse émotionnelle et spirituelle exceptionnelle. Plus qu’un simple retour aux sources, il s’agit d’un geste artistique profond : transformer l’intime et le local en langage universel.

Sources : www.allmusic.com – https://altamont.pt – www.discogs.com

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CREDITS :

Enregistré en 1976 aux studios EMI-ODEON – Rio de Janeiro

  • Accordion: Dominguinhos;
  • Afochê: Georgiana de Moraes;
  • Agogô: Chico Batera;
  • Basson: Noel Devos;
  • Cello: Alceu de Almeida Reis, Giorgio Bariolla, Jorge Kundert Ranevsky (Iura), Márcio Eymard Mallard, Peter Dauelsberg, Watson Clis;
  • Charango: Polo Cabrera;
  • Cor anglais: Braz Limongi;
  • Choir: Bebel Gilberto, Beto Guedes, Chico Buarque, Fernando Lepoarce, Francis Hime, Lizzie Bravo, Milton Nascimento, Miúcha, Nelson Angelo, Novelli, Piii, Tavinho Moura, Toninho Horta, Totó;
  • Cuíca: Marçal;
  • Drums: Robertinho Silva, Edison Machado;
  • Electric and acoustic bass: Novelli, Luiz Alves, Renato Sbragia;
  • Electric Guitar: Toninho Horta, Nelson Angelo;
  • Flute: Celso Woltzenlogel, Danilo Caymmi, Mauro Senise, Paulo Guimarães, Paulo Jobim, Raul Mascarenhas, Nano Stuven
  • Guitars: Luiz Gonsalez Carpena (Lucho), Milton Nascimento, Nelson Angelo, Nelson Araya, Oscar Pérez, Tavinho Moura;
  • Maestro: Francis Hime;
  • Percussion: Chico Batera, Luiz Alves, Toninho Horta, Robertinho Silva;
  • Piano: Milton Nascimento, Francis Hime, Novelli, Toninho Horta
  • Organ: João Donato, Toninho Horta;
  • Repique: Doutor;
  • Surdo: Robertinho Silva;
  • Tamborim: Elizeu, Lima;
  • Trumpet: Formiga (José Pinto);
  • Viola: Arlindo Figueiredo Penteado, Murilo Loures, Nelson de Macedo;
  • Viola caipira: Nelson Angelo;
  • Violin: Aizik Meilach Geller, Alfredo Vidal, André Charles Guetta, Andréa Bueno Salinas, Francisco Perrota, Gentil Dias, Giancarlo Pareschi, João Daltro de Almeida, Jorge Faini, José Alves da Silva, José Dias de Lana, Nathercia Teixeira da Silva, Paschoal Perrota, Ricardo Wagner, Salvador Piersanti, Walter Hack, Wilson Teodoro;

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