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Veneer, premier LP de l’auteur-compositeur suédois José González, est l’œuvre d’un artisan sonore méticuleux au talent singulier. Enregistré avec l’équipement le plus basique dans un appartement exigu de Göteborg, le disque ne présente qu’une seule voix feutrée et le jeu adroit des cordes en nylon d’une guitare acoustique. Difficile de croire que l’album est pu finir disque de platine et laissé une marque indélébile par son éclat discret et expressif.

Né en 1978 en Suède à Göteborg de parents argentins ayant fui la dictature, José González passe sa jeunesse dans divers groupes de rock post-punk et hardcore. L’adolescent attiré par les riffs et l’énergie du son punk passe son temps à se saigner les doigts sur une guitare électrique au sein de groupes amateurs (Back Against the Wall, Renascence, Only If You Call Me Jonathan).

A l’adolescence, je me suis pris de passion pour les musiques latines, en particulier brésilienne ou cubaine. Ma plus grande influence était Silvio Rodriguez, surtout les quelques albums qu’il a enregistré à la fin des années 70. C’est à cause de lui que j’ai commencé à jouer de la musique, à apprendre la guitare acoustique. Ceci dit, à l’adolescence, j’étais un peu comme tous les jeunes, je suis tombé dans la culture anglo-saxonne. J’ai appris la basse et j’ai joué dans différents groupes punks pas terrible. Mais j’étais plutôt ouvert d’esprit, j’écoutais aussi bien Black Flag que A Tribe Called Quest ou NWA.

José González

La technique instrumentale rentre, et José en apprend toutes les subtilités. Et puis, probablement par envie de revenir à des sons plus élaborés, le futur musicien, alors encore étudiant en biochimie, se met à composer seul.

José González Veneer

Enregistré dans la solitude d’un appartement de Göteborg avec pour seule compagne une guitare acoustique, Veneer est une collection de chansons indie pop feutrées et automnales à l’extrémité du spectre lo-fi. González rejoint ainsi l’école « quiet is the new loud » fondée par Elliott Smith et les Kings of Convenience.

Veneer est aussi intime qu’il est possible de l’être ; on a l’impression qu’il est assis au bout de votre lit et qu’il chante juste pour vous. Parfois, González est un peu plus énergique que la plupart de ses camarades d’école, se transformant souvent en une boule d’émotion qui tourne en rond (comme sur l’entraînant « Lovestain » et le bluesy « Hints »).

La plupart du temps, il se contente d’une voix douce, doublée de guitares acoustiques délicatement pincées et grattées. Les magnifiques « Heartbeats », « Deadweight on Velveteen » et le doux roulement « Stay in the Shade » sont les points d’orgue d’un premier album prometteur.

J’ai fait des études de biologie à l’université tout en continuant à jouer de la musique en tant que hobby. J’ai commencé à écrire les chansons de mon album Veneer pendant mes études, seul à la maison. Puis j’ai contacté quelques labels et j’ai fini par publier cet album.

José González

A sa sortie, l’album fait peu d’émule. C’est la mise en lumière tardive de sa reprise du « Heartbeats » de The Knife qui ouvre à l’album le chemin des hit-parades, deux ans après sa sortie. Un public plus large découvrent ces chansons courtes et délicatement mélodieuses, portées par une voix sans âge et un jeu de guitare libre et chaleureux, ouvert au souvenir de la bossa.

J’ai beaucoup traîné avec le duo electro The Knife à une époque, lorsqu’ils habitaient à Göteborg. J’ai d’ailleurs repris un de leur morceau sur mon album, Heartbeats. C’était un morceau d’electro downtempo, que j’ai transformé en morceau folk. J’aime bien cette idée de faire des reprises un peu décalées, plutôt que de reprendre des classiques comme Bob Dylan ou Nick Drake.

José González
José González Veneer

Propulsé à des altitudes qui auraient pu lui flanquer le vertige, le suédois José González ne perdra pas son calme olympien. Pendant près de quatre ans, il écumera les salles de concert en restant fidèle au vœu de dénuement qu’il avait prononcé avant d’enregistrer Veneer.

Son deuxième album « In Our Nature », à peine ornées de percussions, de Moog et de chœurs, sans prendre l’auditeur par surprise, atteint des sommets d’intensité, comme dans cette version explosive du Teardrop de Massive Attack, cousine des relectures enflammées de Joy Division ou de Kylie Minogue dont il a coutume de gratifier ses audiences.

González n’est pas de ces aimables brodeurs de dentelles qui pullulent sur le marché du folk. D’une main ferme, il tisse des trames serrées et tendues, dans lesquelles on ne pourrait pas glisser un petit doigt. Sa guitare n’est pas qu’un instrument multifonctions, avec lequel il dessine lignes de basse aux motifs hypnotiques, arpèges en volutes et mélodies tracées dans les aigus ; elle est aussi une véritable arme de poing, qu’il manie avec un mélange unique d’élégance et de sauvagerie. Il y a de l’électricité dans les cordes, nylon et vocales, de González.

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CREDITS :

Enregistré en 2003 à Göteborg en Suède –

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