Portrait of a Gemini (Penny Goodwin)

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En 1974, Penny Goodwin enregistre Portrait of a Gemini, un disque passé presque inaperçu à sa sortie et qui restera son unique album studio. Le disque mêle reprises et compositions originales. Elle y réinvente Marvin Gaye avec une lecture très personnelle de What’s Going On, fait vibrer l’héritage de Gil Scott-Heron dans Lady Day and John Coltrane, et s’approprie l’hymne Amazing Grace en le teignant de nuances gospel et spirituelles. Restée longtemps dans l’ombre, Penny Goodwin a trouvé dans ce disque unique une postérité qui dépasse largement le cadre de sa carrière.

Lorsque Penny Goodwin enregistre Portrait of a Gemini en 1974, elle est encore une chanteuse de club à Milwaukee, reconnue localement mais largement méconnue du grand public. Issue du quartier de Bronzeville à Milwaukee, un milieu afro-américain riche de traditions musicales mais aussi marqué par les inégalités sociales et raciales. Elle a grandi dans l’église, où elle a chanté très tôt, partageant parfois la scène avec un autre natif de la ville, Al Jarreau. Comme beaucoup d’artistes de sa génération, son parcours est intimement lié à cette double expérience : d’un côté la ferveur spirituelle et collective du gospel, de l’autre la vie nocturne des clubs où jazz, soul et R&B se croisent et s’entrelacent.

Au début des 70’s, Penny Goodwin est une figure respectée de la scène locale. Elle se produit dans des clubs renommés de Milwaukee comme Alfie’s ou Sardino’s, mais aussi à Chicago et à Las Vegas, ce qui témoigne de son ambition et de son talent.

Mais sa carrière est freinée par un contexte où les grandes maisons de disques privilégient d’autres voix, et où une artiste noire, issue d’une ville périphérique par rapport aux centres de l’industrie musicale, a peu de chances de percer au niveau national.

Portrait of a Gemini naît donc dans une sorte de paradoxe : un album produit avec soin, entouré de musiciens prestigieux, mais sans la machine promotionnelle capable de le porter au-delà d’un cercle restreint.

Pourtant, autour d’elle se réunit une équipe exceptionnelle : Phil Upchurch à la guitare, des musiciens de jazz confirmés et même des cordes issues du Chicago Symphony Orchestra. Le résultat est un album d’une grande richesse orchestrale, où la voix profonde et chaleureuse de Goodwin flotte entre soul, gospel et jazz.

Le disque mêle reprises et compositions originales. Elle y réinvente Marvin Gaye avec une lecture très personnelle de What’s Going On, fait vibrer l’héritage de Gil Scott-Heron dans Lady Day and John Coltrane, et s’approprie l’hymne Amazing Grace en le teignant de nuances gospel et spirituelles.

À côté de ces interprétations, elle propose des titres inédits comme Too Soon You’re Old ou He’s Come Back, où l’on sent sa sensibilité et son attachement à des sujets intimes. Tout au long de l’album, sa voix se déploie avec une intensité qui oscille entre douceur et puissance, toujours soutenue par des arrangements d’une élégance rare.

Penny Goodwin Portrait of a Gemini

À sa sortie, Portrait of a Gemini passe presque inaperçu, distribué de manière confidentielle et vite épuisé. Mais les années vont jouer en sa faveur.

Des décennies plus tard, le disque est redécouvert par les collectionneurs et DJ britanniques, jusqu’à sa réédition en 2016 par le label Athens of the North. Ce qui fut longtemps un trésor confidentiel devient alors accessible à un nouveau public, qui y retrouve à la fois la beauté d’une orchestration raffinée et la profondeur d’une voix capable de transformer des reprises et des compositions personnelles en une œuvre cohérente, spirituelle et universelle.

Ainsi, Penny Goodwin, restée longtemps dans l’ombre, a trouvé dans ce disque unique une postérité qui dépasse largement le cadre de sa carrière.

Quelle meilleure preuve de l’intemporalité de cet album que la reprise du rappeur et digger Tyler the Creator (Hot wind blows) de la chanson « Slow Hot Wind ». Ce titre, imprégné de latin-jazz, n’est d’ailleurs pas sans rappeler le style et le timbre éraillé de la chanteuse britannique Shirley Bassey (époque James Bond).

Sources : https://jazzinfo.org – www.jazzmusicarchives.com – www.jazzmessengers.com – https://jazzinfo.org –

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CREDITS :

Enregistré entre mai 1973 et août 1974 au PS Recording Studios, Chicago – USA – Sidney Records

Recording sessions
(1) May, 7, 8 & 9, 1973 (B1, A1)
(2) Dec 17 & 18, 1973 (A6)
(3) August 4 & 5, 1974 (A2-A5, B2-B4)

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