Jamiroquai The Return Of The Space Cowboy, lignes de basse et paradis artificiels

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Véritable délice musical pour l’oreille de tous les consommateurs de substance afghane, The Return Of The Space Cowboy contribue à faire de Jamiroquai un groupe de référence dans l’univers alors naissant de l’acid jazz. Musicalement plus travaillé que son prédécesseur, l’opus n’en contient pas moins les mêmes messages écologiques, et la même « consciousness ». La basse de Zender y est omniprésente. Surfant habilement sur l’intérêt montant pour les thèmes du réchauffement climatique et autres messages écologiquement corrects à fort taux de THC ajouté, The Return Of The Space Cowboy est l’album le plus abouti de Jay Kay et sa bande.

Emblème de la mouvance acid jazz née à Londres au début des années 90, Jamiroquai est l’une des rares formations à avoir su concilier exigence musicale et succès commercial. La formation rentre dans le circuit en 1993 avec la sortie de son premier album, Emergency On Planet Earth. Le public découvre une musique aussi pointue qu’accrocheuse, mêlant allègrement funk et jazz. Le groove imparable du tube Too Young Too Die et l’entêtant When You Gonna Learn en font rapidement un groupe incontournable.

Mais la grande particularité de cette formation et de ce premier simple, c’est Wallis Buchanan qui joue du didgeridoo, un instrument à vent hautement singulier et plutôt rare dans les studios d’enregistrement. Cette formule qui fera couler beaucoup d’encre est en fait un pied de nez à l’acid house qui enflamme l’Angleterre au milieu des années 1980. Rien de formel, rien d’autre, même si ce genre emprunte énormément au sérieux du jazz, à sa liberté, et à l’indolence lascive du funk.

Son autre particularité s’appelle Stuart Zender. À 19 ans, Stuart débarque chez Jamiroquai et électrise la scène acid-jazz. Sa basse ? Un mélange imparable de groove, de slap incisif et de mélodies hypnotiques. Fortement influencé par les maitres de la quatre cordes, Jaco Pastorius, Larry Graham, James Jamerson –, Zender digère ses influences pour mieux exploser les codes. Sur Emergency on Planet Earth, sa basse devient l’ossature funky des tubes d’une génération.

Jamiroquai s’affiche comme un groupe engagé, professant un message écologique à tendance alarmiste, comme en témoigne le titre de cette première galette. Des convictions qui seront plus tard reprochées à Jay Kay, ce dernier possédant une pléiade de grosses cylindrées, qui ne roulent évidemment pas à l’huile de colza.

Jamiroquai The Return Of The Space Cowboy

Le second opus, The Return of The Space Cowboy transformera sans problème l’essai.

Sans batteur, les sessions d’enregistrements démarrent par une audition, Derrick McKenzie frappe fort. Avec lui, le groupe improvise Just Another Story en studio. Rien de préparé, l’enregistrement se fait d’un seul trait. Un démarrage brut, parfait pour capturer l’ambiance dure des rues de l’époque. Le morceau naît d’une basse sombre, de scratch et de fills de batterie tout droit sortis d’une série 70’s. Rugueux, cinématographique, Just Another Story impose son style — et révèle un batteur taillé pour l’aventure. C’est ainsi que Derrick rejoint l’histoire.

Au creux de la tempête, Stillness In Time est né. Seul, enfermé, incapable d’écrire, l’artiste transforme sa solitude en espoir doux-amer. Avec Mr. Moon, il change de ton : une romance éclair née d’une rave, balayée en deux minutes, mais sauvée par la beauté complexe des accords. La voix de Jay rappelle beaucoup celle de Stevie Wonder, le même grain, le même velouté.

Jamiroquai The Return Of The Space Cowboy

L’album balance alors entre douceur et tension brute. Light Years et The Kids capturent la colère d’une jeunesse diabolisée, tandis que Manifest Destiny, nourri par l’indignation, révèle un artiste aussi fragile que déterminé.

Derrière les lignes élastiques de Zender, il y a une science du feeling et une précision chirurgicale. Stuart ne joue pas la basse, il la fait respirer.

Le point de bascule arrive avec Space Cowboy. Sous ses allures planantes, le morceau cache un combat urgent : tenter de revenir à la vie avant de disparaître pour de bon. Le morceau-titre, évoque sans réellement les cacher les paradis artificiels : “ With a sunshine smile upon my face / My friends are close at hand/And all my inhibitions have disappeared without a trace… »

En fait, si Jay n’a pas voulu évoquer son penchant pour les drogues douces dès le premier album, c’est surtout parce qu’il est persuadé que les journalistes musicaux ne l’auraient pas pris au sérieux. « Si tu veux parler des spliffs, il faut y aller doucement. Mais les types qui fument savent très bien à quoi je fais référence avec mon cowboy de l’espace.

Dès les premières notes, la voix agile de Jay frappe ; elle crépite, elle brille, elle illumine. Jamiroquai a beau nous proposer un funk irrésistiblement caressant, il ne joue jamais la carte de la nostalgie. Au contraire, son génial mix d’harmonies alanguies et de lignes de basses ultra efficaces, à la Gil Scott-Heron, évoque ses contemporains’ hip-hop, le phrasé saccadé en moins.

Suivra en 1996 l’album Travelling Without Moving, qui traduit une évolution dans la direction musicale du groupe. Moins complexe et jazzy, ce disque fait la part belle à un mélange funky et nu disco à la production soignée. Une véritable cascade de tubes s’écoule de l’album, ce qui en fera l’un des plus gros succès commerciaux de la funk, avec plus de 11 millions d’albums vendus… Virtual Insanity, Cosmic Girl, Alright…

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CREDITS :

Enregistré en 1994 aux studios Townhouse, Battery et Falconer de Londres – UK – Sony Soho Square

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