• Post category:ALBUM
  • Auteur/autrice de la publication :
  • Temps de lecture :11 min de lecture

Avec leurs deux premiers albums – Funkedelic, en 1970, un acid rock imprégné de blues, et Free your mind… plus psychédélique -, les Funk, comme on les surnommait, sont devenus l’incarnation d’un mode de vie, une religion. Avec son troisième opus Funkadelic Maggot Brain, le groupe est à l’apogée de son pouvoir créatif. La musique mêle des paroles qui donnent froid dans le dos à une partition quasi surnaturelle.

Anciennement Parliament, le groupe de George Clinton se voit contraint de changer de nom à cause de problèmes contractuels et opte pour un nouveau patronyme tout en gardant plus ou moins les mêmes membres pour se lancer dans l’aventure Funkadelic. En 1968, ils signent sur le label de Detroit Westbound.


Funkadelic Maggot Brain

Deux ans plus tard paraît l’album éponyme Funkadelic. En s’entourant de musiciens comme Bernie Worrell, Bootsy Collins, Catfish Collins, Eddie Hazel ou encore Maceo Parker, George Clinton crée une « dream team » dont les créations auront un impact colossal, imprimant à tout jamais le terme de P-Funk dans l’histoire.

La révolution est en marche, et Clinton a plusieurs longueurs d’avance. Funkadelic rejoint le bataillon black rock de Jimi Hendrix et Sly Stone, intègre la folie rythmique que James Brown est en train d’inventer et démarre pied au plancher.

Ils fréquentent tous les clubs, toutes les arrière-salles du circuit black, jouent aussi avec Iggy Pop et le MC5 et se débarrassent des beaux costumes de milords qui font l’étiquette de la scène soul.

Funkadelic Maggot Brain
Funkadelic Maggot Brain

Ils font comme bon leur semble, inventent leur style en chemin, des fripes de hippie, un drap de lit piqué à l’hôtel pour faire le fantôme, des chapeaux improbables, des paillettes, de la peinture fluo, tout ce qui peut faire éclater leur show traversé d’effets cosmiques et très influencé par la consommation de LSD.

Le groupe est solide, il a pour lui des années d’expérience et l’incessante répétition des concerts. Il peut s’arrimer à son socle pour larguer les amarres et partir loin, dans ses longues aventures psychédéliques, ses délires salaces, ses orgies de rythme et de guitares débraillées. Il ne leur faut pas longtemps pour devenir les stars excentriques de l’Amérique noire.

En 1971, Maggot Brain les propulse dans une autre dimension. « Notre mère la terre est enceinte pour la troisième fois / Parce que vous l’avez tous culbutée », annonce une voix en préambule, et l’éclat sombre et torturé de Maggot Brain ouvre l’album sur un fantastique solo de guitare, dix minutes de déchirement électriques qui s’alignent sur le génie d’Hendrix et celui de Carlos Santana, le feu et la mélodie, la rage et la mélancolie.

Funkadelic Maggot Brain
Funkadelic Maggot Brain

Enregistré dans les studios d’Universal à Detroit, Maggot Brain brille par son exubérance teintée de gospel (Can you get to that) et par ses martèlements de funk rock (Super Stupid). Ses commentaires mordants sur la société touchent aussi un point sensible – You and your folks, Me and my folks est une attaque directe contre le racisme, tandis que War of Armageddon traite des répercussions traumatisantes de la guerre du Vietnam.

Mais c’est la chanson-titre qui fait la force de l’album. Selon la légende, George Clinton aurait trouvé le cadavre de son frère dans un appartement de Chicago – d’où Maggot Brain (« cerveau plein d’asticots » en français).

PORTRAIT : George Clinton, des Parliaments au P-Funk de Funkadelic

Enfermant Edie Hazel, le guitariste, dans le studio, il lui aurait demandé de jouer « comme si [sa] mère venait de mourir ». C’est ce qu’il fait, avec un solo plaintif et spectral de neuf minutes qui éclipse tout ce que le groupe a pu faire auparavant, voire tout ce qu’il produira dans l’avenir.

La pochette de Maggot Brain est une vision d’horreur. Une beauté noire afro dont on ne sait si elle est enterrée vivante où si elle sort du ventre de la terre pour libérer toutes les flammes de sa colère.

Funkadelic One Nation Under Groove
Funkadelic Maggot Brain

Pendant les années 1970, Funkadelic n’en finira plus de développer une imagerie subversive où le noir exulte, domine, atomise, construit des empires sur terre et s’approprie les galaxies les plus lointaines au prix d’une quête fantastique et poétique.

L’arrivée de Bernie Worrell aux claviers donne au groupe une autre profondeur, empruntant aux structures de la musique classique européenne.

Le groupe déploie un funk aussi sophistiqué que débridé, grinçant et malade, agressif et puissant, musique de sexe et de douleur, d’euphorie et de rage, « la bande-son de l’Amérique urbaine, la plus parfaite représentation de la vie des ghettos », écrivait le magazine Rolling Stone.

Un disque ne suffit pas à raconter tout ce que Funkadelic a inventé. Le funk sans doute. Mais James Brown est là aussi et George Clinton a vite fait d’écarter toute idée de paternité.

Qu’est-ce que le funk d’ailleurs ? « Quelque chose que l’on sent, dit le seigneur de la galaxie Funkadelic. Et chacun en a le pouvoir. Mais il y a une ironie : plus on y réfléchit, plus on a du mal à ressentir ce qu’est le funk, car il nous a déjà échappé. »

George Clinton
Funkadelic Maggot Brain – George Clinton

Entre ses mains, le funk est une arme irrésistible, l’affirmation d’une nation noire irréductible à laquelle il prête ses théories les plus folles, un empire en permanente expansion sous l’impulsion de sons toujours plus libres et ingénieux.

Funkadelic est une troupe qui s’étoffe en permanence. Elle n’était pas la seule. George Clinton mène plusieurs groupes à la baguette, signés sur des labels différents pour faire jouer la concurrence et mettre au pas un système dont il a eu le temps de déchiffrer les calculs et les bassesses.

Album explosif, Maggot Brain incarne l’expérience funk ultime de Funkadelic. Les rythmes sont serrés, les guitares psychédéliques et le chant de George Clinton enflammé. Combinant funk incendiaire, drogues et paroles politiquement engagées, Funkadelic fait figure d’ovni sur la scène musicale du début des années 1970, pourtant fertile en expérimentations en tout genre.

Sources : www.telerama.fr – www.nova.fr – www.disclogs.com – www.rollingstone.com – https://jack.canalplus.com – https://culturesco.com – https://classicrock80.wordpress.com – https://www.levinyleclub.com

###

CREDITS :

Enregistré fin 1970 début 1971 aux Universal Studios, Detroit – Westbound Records

Laisser un commentaire