Akai MPC60, boîte de pandore

Fabriquer de la musique sans instruments, assembler des choses produites par d’autres, la technologie numérique, notamment avec l’Akai MPC60, aura permis cette profonde remise en cause du concept même de création artistique et l’avènement des DJ et des beatmakers.

La musique connaît deux bouleversements majeurs au 20e siècle : le développement de la reproduction sonore sur divers supports (cylindres puis disques de cire, vinyles, bandes magnétiques, CD, mp3…) et l’électrification des instruments (amplis, guitares, claviers, synthés, etc).

À l’aube des années 80, une troisième mutation apparaît : c’est l’ère du numérique. D’abord perçu comme une simple amélioration high-tech de l’enregistrement analogique, l’audio digital ne va pas tarder à révolutionner la façon de concevoir et de jouer la musique.

Akai MPC60, boîte de pandore
Akai MPC60, boîte de pandore

À la pointe de cette technologie, on trouve Fairlight, une petite compagnie australienne fondée au milieu des années 70 par Peter Vogel et Kim Ryrie. En 1979, ils mettent au point le tout premier échantillonneur (sampler) numérique, baptisé Fairlight CMI (Computer Musical Instrument).

Grâce à cet appareil volumineux (un écran muni d’un stylet lumineux, un clavier et une grosse unité centrale), il est possible d’entrer en mémoire n’importe quel son extérieur et le rejouer sur toute la tessiture du clavier ou, à l’instar d’un antique Mellotron, entrer une mesure de musique créant ainsi une boucle pour ensuite la rejouer ad libitum…

Un des premiers musiciens à tester la bête est Peter Gabriel, y trouvant là une véritable boîte de Pandore et qui, au lieu d’y entrer des sons d’instruments acoustiques, numérise l’éclatement de bouteilles de verre ou des coups de marteau sur du béton, etc. La même année — pratiquement simultanément aux Australiens — Roger Linn, musicien et technicien de génie basé en Californie, invente la première boîte à rythmes programmable utilisant les samples d’une véritable batterie acoustique : la Linn Electronics LM-1.

Akai MPC60, boîte de pandore
Akai MPC60, boîte de pandore

Parmi ses premiers clients, on retrouve le même Peter Gabriel, mais aussi Prince ou Michael Jackson… Mais les deux fabricants, avec leurs méthodes de production artisanales utilisant des composants haut de gamme — en 1980, le CMI coûte environ 80 000 F (27 440 € et la LM-1 plus de 20 000 FF (3000 €) — sont rapidement victimes d’une concurrence qui ne tarde pas à sortir des machines plus abordables comme la célébrissime Roland TR-808, cinq fois moins chère que la LM-1 ou l’Emulator E-mu Systems qui arrive dès 1981.

Cette société californienne, connue pour ces gigantesques synthétiseurs du début des années 70, met au point en 1987 l’un des outils les plus emblématiques du hip-hop : le légendaire SP-1200, produit pendant plus de dix ans. En 1986, Roger Linn, après le naufrage de sa société, est embauché comme consultant par la firme japonaise Akai. Fondée en 1929 par Masukichi Akai, cette société se spécialise à partir de 1954, sous l’impulsion du fils ainé, Saburo, dans la fabrication de magnétophones à bandes.

Akai MPC60, boîte de pandore
Akai MPC60, boîte de pandore

En 1984, après avoir délaissé le matériel hi-fi pour la vidéo, Akai crée une branche professionnelle qui s’investit plus particulièrement dans des instruments électroniques (synthétiseurs, samplers) abordables et performants, comme le MIDI Production Center ( Akai MPC60 ) conçu par Linn en 1988. Son interface innovante et ses 16 larges pads en font une machine prisée par les plus grands noms du hip-hop comme DJ Shadow—qui sort en 1996 « Endtroducing », premier album uniquement composé de samples (et même de samples de samples, piochés chez les Beastie Boys ou A Tribe Called Quest) dont l’influence se retrouve jusque dans « OK Computer » de Radiohead.

À l’époque, la mémoire disponible (768 ko !) limite le temps d’échantillonnage à 13 secondes et oblige souvent à enregistrer ses boucles en 45 tours puis de les dépitcher la bonne vitesse mais le MPC60 reste une référence en qualité de son et d’attaque, partagée avec l’ASR10 d’Ensoniq ou le SP1200 d’E-mu, si bien qu’au début des années 2000, il est encore utilisé par des gens comme MF Doom, Madlib et de nombreux beatmakers.

Remplacé en 1991 par le MPC60 II, l’instrument évolue jusqu’à aujourd’hui, notamment avec le MPC3000 (1994) très utilisé par Massive Attac ou DJ Quik. Mais la nostalgie vintage touche désormais le monde numérique : en 2011 Fairlight renaissant de ses cendres produit un CMI 30th Anniversary (plus de 16 000 € le cadeau…) et en 2012, Akai commercialise un néoclassique MPC Renaissance.

Une pensée sur “Akai MPC60, boîte de pandore”

  1. « « Endtroducing », premier album uniquement composé de samples »

    Ce n’est pas vrai. John Oswald par exemple a sorti des albums uniquement composés de samples des années avant (plunderphonics ou plexure par exemple)

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