Impulse records

L’histoire d’Impulse records est avant tout affaire de fortes personnalités. C’est Creed Taylor, l’ancien responsable de la direction artistique de Bethlehem Records qui, en octobre 1960, est parvenu à convaincre les responsables d’ABC-Paramount Records, de lancer une nouvelle collection de disques de jazz.

Impulse records va se singulariser par la présentation particulière de ses productions : pochettes en deux volets au carton renforcé, développement de la surface réservée au graphisme et aux illustrations (souvent de superbes photographies signées Chuck Stewart), quadrichromie, tranche noire et orangée permettant d’identifier instantanément les produits d’une série inaugurée début 1961, avec la parution d’un album enregistré par les compères trombonistes Jay Jay Johnson et Kai Winding, bientôt suivi par huit autres références, dont le Blue And The Abstract Truth d’Olivier Nelson, le Out Of The Cool de Gil Evans et le Africa/Brass de John Coltrane.

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Ce même John Coltrane, qui, de son propre aveu, a poussé Bob Thiele, à se pencher de très près sur le cas de la «nouvelle musique afro-américaine». Car c’est à l’ancien directeur de la section artistique de Coral, filiale de Decca Records, qu’ABC-Paramount a fait appel, afin de succéder à Creed Taylor, parti chez Verve, dès la fin de l’année 1961 (neuf ans plus tard, le fondateur d’Impulse records ! lancera son propre label, CTI Records, en reprenant les mêmes principes pour le design des pochettes).

Débauché de chez Roulette où il a réussi un coup de maître en réunissant en studio Duke Ellington et Louis Armstrong, Bob Thiele n’est pas vraiment un nouveau venu dans la partie. A seize ans, il était déjà à la tête de sa propre compagnie indépendante, Signature Records, produisant ensuite des concerts de jazz et un certain nombre de séances de rock, notamment pour le compte du Texan tombé du ciel, Buddy Holly.

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Bob Thiele se retrouve en parfaite symbiose avec John Coltrane, son seul artiste sous contrat (le saxophoniste enregistrera une quarantaine d’albums pour Impulse!).

Au lieu de chercher à étoffer son équipe, il se contente de signer au coup par coup des artistes confirmés, et parfois engagés avec des labels concurrents, comme Max Roach, Shelly Manne, Freddie Hubbard ou Art Blakey. Il se fait également une spécialité des «rencontres» pas forcément évidentes, associant ainsi avec succès Duke Ellington et Coleman Hawkins, mais aussi Ellington et John Coltrane, ou encore ce dernier et le chanteur Johnny Hartman.

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«The new wave in jazz». Mais soucieux de monter sa propre écurie, Bob Thiele ne va guère tarder à offrir des contrats longue durée à plusieurs musiciens «progressistes», comme Yusef Lateef, Charles Mingus, Sonny Rollins ou Chico Hamilton.

Mieux, sous l’influence de Coltrane parti explorer les versants vertigineux du free, il accepte (tout en continuant d’enregistrer ponctuellement des vétérans notoires: Johnny Hodges, Count Basie…) d’accueillir une armada de trublions «new thing», qui ont noms Albert Ayler, Marion Brown, Roswell Rudd, Archie Shepp, Charlie Haden, etc. Aussi, à la fin des années soixante, Impulse! se retrouve-t-il en plein accord avec sa devise: «The new wave in jazz».

Impulse records
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En 1969, deux ans après la mort de Coltrane, Bob Thiele quitte à son tour ABC-Records. Il est remplacé à la tête d’Impulse records par Ed Michel, transfuge de Pacific Jazz Records et de Riverside Records, qui, dans un premier temps, perpétue la ligne avant-gardiste défendue par son prédécesseur, en continuant de travailler avec les Archie Shepp et autres Albert Ayler, en rééditant une partie du catalogue Saturn de Sun Ra, et en s’attachant même les services des légataires officiels du message coltranien, comme Alice Coltrane, la veuve du saxophoniste, McCoy Tyner, son ancien pianiste, ou encore celui que l’on présente comme l’ultime disciple: Pharoah Sanders. Ed Michel signe également, avec des réussites commerciales diverses, dont Keith Jarrett, Dewey Redman et Sam Rivers.

Mais en 1974, ABC-Records entame une politique de restriction budgétaire, qui se traduit pour le label par un virage esthétique à cent quatre vingt degrés aboutissant à une espèce de pop-jazz alors très en vogue auprès des instances jazzy, mais suicidaire dans le cas d’Impulse! (sans parler de la dégringolade côté emballage) qui, trois ans plus tard, a pratiquement sombré.

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Renaissance. En 1979, ABC-Paramount est absorbé par MCA. C’est la fin officielle d’Impulse records ! Au milieu des années 80, Ricky Schultz, nommé à la direction du secteur jazz, va pourtant décider une série de rééditions, (Shepp, Chico Hamilton, Pharoah Sanders…) en s’approchant le plus possible des pochettes originales, et engager quelques rares nouveaux artistes, dont Michael Brecker.

Cela ne suffira pas à réactiver le label, jusqu’en 1990, date à laquelle MCA acquiert GRP (compagnie fondée par Dave Grusin et Larry Rosen) et décide de regrouper toutes ses activités jazzistiques sous cette nouvelle appellation. Occasion inespérée pour Tommy LiPuma, célèbre producteur maison de relancer le label qui a toujours fait son admiration.

Impulse records
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« Quand j’étais jeune et que je repérais un album Impulse! chez un disquaire, même si je ne connaissais pas les musiciens je l’achetais automatiquement. D’abord parce sa pochette ressortait nettement du lot, ensuite parce que je savais que ça ne pouvait être que bon. J’ai donc proposé aux gens concernés de travailler à la réactivation de ce label si particulier. J’ai contacté McCoy Tyner, Michael Brecker, et cherché de nouvelle signatures parmi les jeunes musiciens: Danilo Perez, Eric Reed, Antonio Hart, Diana Krall. »

© Serge Loupien

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