La pédale wah wah, entre chat miaulant et cuivre flagellé

La pédale wah wah est devenue l’emblème de l’esthétique sonore de la génération des 70s. Son empreinte auditive est si adhérente à son époque qu’un seul va-et-vient du pied sur le plateau de la pédale vous renvoie aussitôt à des horizons aussi divers et variés que Jimi Hendrix, Frank Zappa, les B.O. de Shaft et Starky & Hutch, Funkadelic ou encore Miles Davis période fusion.

A l’origine conçu pour permettre aux guitaristes de varier leur phrasé sur une plage de fréquence médium, à la manière d’une sourdine sur les trompettes jazz, la pédale wah wah (ou wha-wha) tire son nom de l’onomatopée qui résulte de son utilisation. C’est d’ailleurs pour un trompettiste de Jazz New-Orleans, Clide Mc Coy, que la première pédale wah-wah fut conçue en Angleterre au milieu des 60s.

Fin 1966, la compagnie américaine Warwick Electronics Inc/Thomas Organ Company commercialise la première du genre baptisée pédale wah wah. Ce qui ressemble à une pédale de machine à coudre (…) permet de faire varier la fréquence de coupure de l’instrument qui y est relié. Son filtre passe-bande accentue les fréquences et en fait ressortir, par exemple, l’effet de chat miaulant ou de cuivre flagellé.

La pédale wah wah, entre chat miaulant et cuivre flagellé
La pédale wah wah, entre chat miaulant et cuivre flagellé

La pédale wah wah Vox, le modèle le plus emblématique, est fabriquée dans le Kent en Angleterre par Jennings Musical Industries Ltd.. Elle sera ensuite reprise par la marque italienne Jen lors du rachat de Vox, avant de disparaître provisoirement du marché.

Jimi Hendrix est le premier à en tirer un univers parallèle, où les vagissements d’un présumé alien côtoient des foudroiements OVNI. D’après la légende, c’est Franck Zappa qui aurait donné à Jimi sa première pédale wha-wah dans un club new-yorkais en 1967. Dès lors, cet effet fera parti intégrante du matériel de Jimi. Dans Voodoo Child (1968), il offre une démonstration de l’élasticité maximale de la pédale wah wah, à la hauteur des inconnus vaudouisants du titre.

La pédale wah wah, entre chat miaulant et cuivre flagellé
La pédale wah wah, entre chat miaulant et cuivre flagellé

Cette manière caoutchouteuse de faire muter le son original de la guitare n’est pas seulement un artifice d’époque, donc psychédélique. Même si l’empreinte est là, dans les gargouillis du Clapton période Cream ou de Jimmy Page sur Dazed And Confused, la pédale wah wah franchit genres et générations.

Difficile dans les 70s d’ouvrir son poste de radio sans entendre une pédale wah-wah ! Elle fut utilisée et usée jusqu’à la corde. Parfois tous les instruments d’une même formation étaient moulinés par son traitement. Miles Davis lui-même, qui courait après le fantôme de Jimi Hendrix au début des 70s, passa sa trompette dans une wah-wah, mais aussi la basse électrique et les claviers de son orchestre. Bref, la folie wah-wah s’était alors emparée de tous les musiciens.

La pédale wah wah, entre chat miaulant et cuivre flagellé
La pédale wah wah, entre chat miaulant et cuivre flagellé

Si l’on ne devait retenir que deux exemples de jeux de wah-wah parmi les plus musicaux, il faudrait bien sûr citer Jimi Hendrix, qui passa maître dans l’art de jouer de cet instrument électronique, lui conférant une vitalité sans pareille.

L’introduction de Voodoo Chile (Slight Return) n’est plus à citer tant elle est une pierre de touche dans le domaine, alors creusons plus en amont avec une maquette instrumentale sobrement nommée Wah-Wah, enregistrée aux Studio PPX de New York en 1967, dans laquelle notre Jimi se fait, non pas la main, mais le pied sur sa toute nouvelle acquisition.

Hot Rats (Frank Zappa)
Hot Rats (Frank Zappa)

Autre figure incontournable associée à la pédale wah wah, Frank Zappa poussa l’effet au-delà de ses simples possibilités d’imitation des inflexions de la voix, en l’extirpant de ce stéréotype devenu par trop systématique. Celui qui affirmait avoir mis entre les mains de Jimi Hendrix sa première pédale wah wah, a su tirer de cette dernière une substantifique moelle en l’utilisant tout à la fois comme un filtre en position fixe, un trémolo survitaminé, un déphaseur ou encore hachoir de tempo ! Le titre Willie the Pimp sur l’album « Hot Rats » (paru en 1969) est un cas d’école, pour ne pas dire le mètre étalon, de l’étendue des possibilités qu’offre l’effet wah-wah.

L’américain Jim Dunlop la relancera plus tard sous le nom de CryBaby avant que Vox ne renaisse sous l’impulsion de Marshall.

Aujourd’hui, la Dunlop Manufacturing Inc. de Californie et la compagnie italienne JEN Elettronica fabriquent l’unité ‘Cry Baby’, identique à l’originale.

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