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Buena Vista Social Club, une histoire de hasard et de résurrection

Never love alone
Buena Vista Social Club, une histoire de hasard et de résurrection Posted on 24 mars 2020Leave a comment
Never love alone

Enregistré en mars 1996 au Egrem Studios, Havana, Cuba – World circuit records
Les plus belles histoires doivent parfois tout au hasard. Sans la défaillance des services postaux du Mali, l’aventure du Buena Vista Social Club n’aurait jamais eu lieu. Laissons à Nick Gold, producteur du projet et patron du vénérable label World Circuit, le soin de nous narrer sa singulière genèse.

« Mon idée de départ n’était pas Buena Vista Social Club mais d’amener à Cuba des musiciens du Mali, Bassekou Kouyaté et Djelimady Tounkara, et de les faire enregistrer avec des musiciens de l’est de l’île, comme Eliades Ochoa et et Barbarito Torres. J’ai demandé à Ry Cooder s’il voulait être de la partie, et il m’a répondu dans l’heure qu’il viendrait. Mais le jour où nous sommes arrivés à Cuba, les musiciens maliens n’étaient pas là, leurs passeports avaient été perdus. Ils les avaient envoyés par la poste au Burkina Faso, pour obtenir les visas pour Cuba, et ils ne sont jamais revenus… C’est comme ça que ce disque s’est fait».


Buena Vista Social Club

Et quel disque ! Plus grand succès des “musiques du monde” à ce jour, huit millions d’albums vendus, le Buena Vista Social Club fut à l’origine d’un formidable engouement pour les musiques cubaines.

Guidés par leur instinct, écoutant toutes les suggestions, notamment celles du décisif Juan de Marcos Gonzalez, Nick Gold et Ry Cooder allaient réunir un casting improbable et ériger en stars mondiales de vieux musiciens tombés dans l’oubli.

Le chanteur Ibrahim Ferrer débarqua au studio, non sans avoir laissé en plan son activité de cireur de chaussures ; le pianiste Rubén Gonzalez allait sur ses 77 ans sans la moindre note jouée depuis une décennie.

Buena Vista Social Club
Buena Vista Social Club

Ry Cooder insista pour faire venir Compay Segundo, la star du son, alors âgé de 89 ans, et la chanteuse Omara Portuondo. Complétaient notamment l’effectif : le guitariste Manuel Galbân, pilier des superbes Los Zafiros dans les années 60, le redoutable contrebassiste Orlando Cachaito Lôpez ou le trompettiste Manuel Guajiro Mirabal.

Je suis sans l’ombre d’un doute devenu un meilleur musicien. C’était un apprentissage formidable, pour moi et mon fils Joachim. J’avais été à Cuba en 1976 avec ma femme, dans l’idée d’étudier à La Havane auprès des vieux musiciens – en 1976, beaucoup étaient encore en vie – mais Joachim est né, la vie a changé et on n’y était jamais retourné. Je l’avais toujours regretté. Mais on y est finalement parvenu. Et on a beaucoup appris. Il n’y a rien de tel que les maîtres pour vous enseigner à bien faire les choses. (Ry Cooder)

Buena Vista Social Club
Buena Vista Social Club

Certains, comme Ochoa et Segundo, Galban et Lopez, avaient joué ensemble, d’autres ne s’étaient jamais croisés. Cet ensemble disparate allait pourtant faire l’histoire, ressuscitant des musiques tombées en désuétude depuis leur âge d’or, dans les années 50 : son, cha cha cha, boléro…

Les sessions d’enregistrement furent particulièrement fécondes, comme l’explique Ry Cooder :

« Vous seriez surpris du nombre de chansons enregistrées, une trentaine au total. On a retenu celles qu’on jugeait les plus intéressantes, mais en y regardant de plus près, celles mises de côté sont bonnes aussi et pourraient former un autre disque. Dès que quelqu’un proposait une idée, on laissait tourner les bandes ».

Le Buena Vista Social Club – le nom fut trouvé par Nick Gold en hommage à un dub de musiciens des années 50 – ne fut jamais un groupe à part entière. Juste la réunion éphémère de musiciens surdoués plus ou moins oubliés, gagnant le combat contre le temps au moyen d’une grâce et d’une joie de jouer qui résonnèrent aux oreilles du monde entier.

Buena Vista Social Club
Buena Vista Social Club

Porté par un bouche à oreilles massif, le disque tourna au phénomène de société. Ry Cooder :

« J’ai toujours pensé que si vous aviez de la bonne musique à proposer aux gens, ils l’aimeront, à condition de parvenir à la leur faire écouter. L’histoire que les médias ont rapportée, ces musiciens tirés de l’oubli, a rendu les gens curieux. Qui aurait pu parier que des Cubains octogénaires deviendraient à ce point populaires ? Personne, ni moi ni eux. Mais la morale est que si quelque chose est vraiment bon, ça peut avoir du succès. »

Les participants au projet graveront tour à tour des albums solo, souvent excellents, qui les verront triompher aux quatre coins du monde. Le Buena Vista Social Club ne se produira au complet qu’en trois occasions, en 1998. Les deux premières à Amsterdam, les 11 et 12 avril, et la dernière au Carnegie Hall de New York, le 1er juillet.

Buena Vista Social Club
Buena Vista Social Club

Un concert entré dans la légende pour sa charge symbolique et émotionnelle, et qui paraît aujourd’hui en disque.

Ry Cooder : « En réécoutant les bandes, j’ai ressenti l’excitation et la joie du moment, et comment tout explosa… Écoutez Rubén Gonzalez jouer un piano Steinway à Carnegie Hall, et vous comprendrez la véritable nature de la musique live. Qui n’a rien à voir avec la célébrité, l’argent, le fait d’avoir de jolies pommettes. Ces maîtres ont été à Carnegie Hall, leur rêve, ils ont pris la scène d’assaut et tout le monde est devenu fou. Ils ont fait un travail fantastique, vous n’entendrez plus jamais rien de tel… ».

Dans le film que Wim Wenders consacra à l’aventure en 1999, on peut entendre Ibrahim Ferrer demander à Dieu quelques années supplémentaires pour « profiter ». Ibrahim Ferrer a tiré sa révérence en 2005, Rubén Gonzales et Compay Segundo en 2003.

Buena Vista Social Club
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Mais Ferrer fut entendu et savoura des moments qu’il n’aurait jamais pensé vivre. Telle la nuit, euphorique, qui suivit le triomphe au Carnegie Hall, passée à rouler dans New York à bord de limousines en sirotant du champagne.

« Tout le monde riait car les Cubains étaient devenus des stars du rock américain » dira le tromboniste Jésus Aguaje Ramos.

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