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Clube da Esquina (Milton Nascimento & Lô Borges), un songwriting coloriste et mystique

Never love alone
Clube da Esquina (Milton Nascimento & Lô Borges), un songwriting coloriste et mystique Posted on 7 mars 20191 Comment
Never love alone

Clube da Esquina – Enregistré en 1971 aux studios d’EMI-Odeon à Rio Brésil – Odéon
C’est l’histoire d’un groupe d’amis qui rentre dans l’Histoire par le truchement d’un double album Clube da Esquina rempli de futurs classiques.

Les chansons de Clube da Esquina, écrites par le duo Borges/Nascimento – représenté par deux gamins des rues sur la pochette – sont mises en son par une équipe dont presque chaque membre deviendra un musicien recherché.

Ces mineiros (habitants du Minas Gerais, région située à l’ouest de Rio) prennent ici le risque de concevoir leur songwriting sous un angle coloriste et mystique, à l’image de leur aîné Edu Lobo.

Clube da Esquina (Milton Nascimento & Lô Borges)
Clube da Esquina (Milton Nascimento & Lô Borges)

Plus instable et foisonnant, leur mélange unique de pop baroque, soul, folk et de jazz fut comparé à un White Album de la MPB, jouant parfois sur de subtiles ruptures rythmiques et harmoniques, mais toujours au diapason de la guitare et des voix, donnant un ton mélancolique et profondément onirique.

Ces voix angéliques viennent irriguer les compositions à la construction si particulière: atmosphériques et drapées d’arrangements en clair-obscur, secouées de mouvements et d’émotions contradictoires où souvent les couplets exsudent de façon brute un lyrisme éperdu et romantique, tempéré par les refrains.

Guitares et piano, à leur tour, interviennent en touches éparses pour laisser éclore une étrange harmonie métissée de dissonances. Car derrière une mise en place proche de simples jams se cachent une instrumentation et une production de très haute tenue, au service d’une cohésion qui relève de l’osmose pour un groupe si étoffé, aux multiples couches instrumentales.


Clube da Esquina (Milton Nascimento & Lô Borges)

Qu’est-ce qui a poussé, après tout, de si jeunes gens à mettre à nu une telle fragilité, dans le contexte d’un double album si ambitieux ? La saudade chère à la bossa y est intégrée à un prisme d’émotions violemment contradictoires, du léger vague à l’âme propre aux poètes (le berçant et doux-amer « O Trem Azul ») au désarroi infini suggéré par la fin de « Cais » et qui plane sur toute la face B. Comme sur ce « Um Girassol da Cor de seu Cabelo » à fleur de peau, où l’on croit poindre les sanglots dans la voix de Lô Borges, dix-neuf ans.

Clube da Esquina (Milton Nascimento & Lô Borges)
Clube da Esquina (Milton Nascimento & Lô Borges)

Quant au deuxième disque, plus psychédélique, il ne fera qu’épaissir le mystère, déjà suscité par la pochette, qui porte en elle cette contradiction de par les expressions des visages des deux gamins.

Enjoué et triste, juvénile et saturé de souvenirs (l’inquiet « Nada Sera Como Antes », commentaire possible sur une modernisation alors en pleine accélération), Clube da Esquina fait aujourd’hui partie du patrimoine culturel brésilien, au point d’en devenir une référence parfois trop lourde.

Ce qu’illustre cette phrase du musicien actuel Rodrigo Campos, interrogé par le blog Banda Desenhada : « Je n’ai jamais beaucoup écouté Milton, pas parce que je n’aime pas, mais car je le trouve très profond, au point de me déranger. Il crée en moi une espèce de nostalgie de quelque chose que je n’ai ni vécu ni connu. C’est assez perturbant. »

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 CRÉDITS :

Luís Alves : basse, caxixi
Nelson Angelo : guitare, percussion, piano, surdo
Lô Borges : guitare, percussion, voix, choeur
Paulinho Braga : percussion
Alaide Costa : voix
Luiz Gonzaga : choeurs
Beto Guedes : basse, carrilhao, Viola, voix, choeur
Toninho Horta : guitare, percussion, choeur
Milton Nascimento :     guitare, piano, voix
Rubinho : Tumbadora
Robertinho Silva : batterie, percussion
Tavito     : guitare, guitare 12 cordes, voix
Wagner Tiso : orgue, piano, piano électrique, arrangements

Eumir Deodato : arrangements
Milton Miranda : producteur
Paulo Moura : chef d’orchestre
Lindolfo Gaya: directeur artistique
Nivaldo, Zilmar, Jorge, Peter Mew  : ingénieurs du son

Never love alone

1 comment

  1. Bonjour

    Je viens de découvrir cet album il y a quelques temps, quel claque.
    Je l’écoute sans cesse, c’est devenu une vraie drogue, du coup je cherche tous ce qui peux le concerner , c’est ainsi que je suis tombé sur votre article.
    Je suis d’accord avec vous, il y a une tel fragilité dans le titre Um Girassol da Cor do Seu Cabelo que ça me donne les larmes a chaque écoutes.
    Je suis étonné qu’aucun chanteur Français ( à ma connaissance ) n’ai cité cet extraordinaire album comme référence.
    Merci pour votre article.
    Bonne continuation.

    Guillaume

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