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Clube da Esquina (Milton Nascimento & Lô Borges), un songwriting coloriste et mystique

Never love alone
Clube da Esquina (Milton Nascimento & Lô Borges), un songwriting coloriste et mystique Posted on 7 mars 20191 Comment
Never love alone

Clube da Esquina – Enregistré en 1971 aux studios d’EMI-Odeon à Rio Brésil – Odéon
Le nom « Clube da Esquina» (littéralement «club du coin») désigne Milton et ses acolytes, un groupe de jeunes musiciens du Minas Gerais. Le collectif sortira deux albums : Clube da Esquina en 1972 crédité Milton Nascimento et Lo Borges et sa suite Clube da Esquina 2 en 1978 créditée Milton Nascimento. Si les deux sont de grandes réussites, le premier volet reste une référence absolue.

L’initiative de la production de l’album revient à Milton Nascimento, alors déjà reconnu comme auteur, compositeur et interprète de quatre LPs. En 1971, Milton et ses amis louent une maison à Piratininga, une plage de Niteroi, au nord de Rio. Ils s’y établissent durant six mois et vont composer la majorité des chansons du double album Clube da Esquina écrivant et partageant leur amour des Beatles.


Clube da Esquina
(Milton Nascimento & Lô Borges)

Plusieurs instrumentistes participent aux répétitions et à l’enregistrement en studio, dont beaucoup sont issus du groupe Som Imaginário, comme Robertinho Silva à la batterie, Wagner Tiso aux claviers, Luiz Alves à la basse, Tavito à la guitare, Laudir Oliveira aux percussions, Toninho Horta à la guitare.

Ici, la sonorité et le style d’écriture de Milton sont inextricablement liés à la musique de ses amis mineiros et à ses collaborateurs tels Wagner Tiso, Beto Guedes, Toninho Horta et Lô Borges. Bien qu’aucun d’eux ne soit aussi connu que Milton au Brésil comme à l’étranger, tous sont des musiciens et compositeurs doués et innovants.

Wagner Tiso est en grande partie responsable du succès de Milton Nascimento. «A nous deux, nous formons une paire inséparable», dit Milton. Tiso a joué les claviers dans le groupe Som Imaginário, arrangé et orchestré beaucoup d’albums de Milton, et composé la musique de nombreux films au Brésil. Ses albums solos Assim seja, Branco e preto, Os passaros et Giselle mettent en valeur ses compositions sophistiquées et ses talents d’instrumentiste, aussi bien au piano acoustique que derrière des claviers électroniques. Une de ses œuvres les plus significatives fut Manu Caruê, uma aventura holistica, symphonie pop fantasmagorique qui mêlait rock, baroque et influences brésiliennes, démontrant pleinement ses talents de compositeur, d’arrangeur et d’interprète.

Clube da Esquina (Milton Nascimento & Lô Borges)
Clube da Esquina (Milton Nascimento & Lô Borges)

Beto Guedes est un autre pilier du Clube da esquina, connu pour ses compositions originales, sa dextérité sur divers instruments à cordes (guitare et mandoline entre autres) et sa voix singulière. Né à Montes Claros, dans le Nord de Minas Gerais, il forgea son propre style en mélangeant la musique pop anglo-américaine aux influences de son enfance – la musique sertaneja et les choros que jouait son père, Godefredo, qui était saxophoniste et clarinettiste.

Clube da Esquina sera enregistré entre 1971 et 1972 aux studios d’Emi-Odeon de Rio. Composé de deux albums, fait rare pour l’époque, il contient 21 titres tous composés et interprétés par le collectif (à l’exception de « dos cruces » et Me Deixa Em Paz).

Beto Guedes à la basse/guitare, Nelson Angelo à la guitare et Paulinho Braga aux percussions. Les arrangements sont de Wagner Tiso et Eumir Deodato. Si la plupart des titres sont interprétés par Milton Nascimento, on peut entendre également les voix de Lô Borges et Beto Guedes.

Alaíde Costa participe au réenregistrement, dans un nouvel arrangement, de la samba « Me Deixa em Paz », un tube de Linda Batista composé par Monsueto Menezes et Airton Amorim.

Clube da Esquina (Milton Nascimento & Lô Borges)
Clube da Esquina (Milton Nascimento & Lô Borges)

La saudade chère à la bossa y est intégrée à un prisme d’émotions violemment contradictoires, du léger vague à l’âme propre aux poètes (le berçant et doux-amer « O Trem Azul ») au désarroi infini suggéré par la fin de « Cais » et qui plane sur toute la face B. Comme sur ce « Um Girassol da Cor de seu Cabelo » à fleur de peau, où l’on croit poindre les sanglots dans la voix de Lô Borges, dix-neuf ans.

Quant au deuxième disque, plus psychédélique, il ne fera qu’épaissir le mystère. Enjoué et triste, juvénile et saturé de souvenirs à l’image de l’inquiet « Nada Sera Como Antes », commentaire possible d’une modernisation alors en pleine accélération.

Ces chansons sont finalement saluées par la critique et introduites dans le répertoire de la musique populaire moderne, comme « Tudo que Você Podia Ser », « Cais », « O Trem Azul », « Cravo e Canela », « Um Girassol da Cor de seu Cabelo », « San Vicente », « Um Gosto de Sol » et « Nada Será Como Antes ».

Clube da Esquina (Milton Nascimento & Lô Borges)
Clube da Esquina (Milton Nascimento & Lô Borges)

Avec une écoute ouverte, les compositions et les arrangements passent par la culture régionale du Minas Gerais et les genres traditionnels de la musique brésilienne. Ils sont influencés par le rock, le jazz, le jazz-rock, la bossa nova, et ils préfigurent également le dialogue avec la musique latino-américaine.

La richesse de l’œuvre réside dans cet échange de genres, avec une créativité dans les arrangements, qui ne jouent plus un rôle de soutien ou d’introduction dans les chansons. Elle se révèle également dans la performance de jeunes musiciens qui osent des constructions mélodiques, des progressions harmoniques et des improvisations. Et enfin, elle apparaît dans les performances vocales – notamment celles de Milton – qui atteignent la dimension instrumentale plus courante dans le jazz que dans la musique populaire brésilienne.

Clube da Esquina (Milton Nascimento & Lô Borges)
Clube da Esquina (Milton Nascimento & Lô Borges)

Avec « clube da esquina », le collectif va définir les canons esthétiques d’une nouvelle musique populaire brésilienne, en se nourrissant de la tradition artistique de l’état du Minas Gerais mais aussi de bossa, jazz, pop, rock progressif, musiques afro-latines et folkloriques tout en conservant une déférence absolue pour les idoles, que sont aux yeux de Milton Nascimento et de Lô Borges, les Beatles et les Platters.

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CRÉDITS :

  • Luís Alves : basse, caxixi
  • Nelson Angelo : guitare, percussion, piano, surdo
  • Lô Borges : guitare, percussion, voix, chœur
  • Paulinho Braga : percussion
  • Alaide Costa : voix
  • Luiz Gonzaga : chœurs
  • Beto Guedes : basse, carrilhao, guitare, voix, chœur
  • Toninho Horta : guitare, percussion, choeur
  • Milton Nascimento :     guitare, piano, voix
  • Rubinho : Tumbadora
  • Robertinho Silva : batterie, percussion
  • Tavito : guitare, guitare 12 cordes, voix
  • Wagner Tiso : orgue, piano, piano électrique, arrangements
Never love alone

1 comment

  1. Bonjour

    Je viens de découvrir cet album il y a quelques temps, quel claque.
    Je l’écoute sans cesse, c’est devenu une vraie drogue, du coup je cherche tous ce qui peux le concerner , c’est ainsi que je suis tombé sur votre article.
    Je suis d’accord avec vous, il y a une tel fragilité dans le titre Um Girassol da Cor do Seu Cabelo que ça me donne les larmes a chaque écoutes.
    Je suis étonné qu’aucun chanteur Français ( à ma connaissance ) n’ai cité cet extraordinaire album comme référence.
    Merci pour votre article.
    Bonne continuation.

    Guillaume

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