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CTI Records, bébé du producteur de jazz Creed Taylor

Never love alone
CTI Records, bébé du producteur de jazz Creed Taylor Posted on 14 juillet 20193 Comments
Never love alone

En 1970, un producteur de jazz, Creed Taylor, fonde le label CTI Records. À 39 ans, ce producteur américain a déjà un palmarès qui force le respect. Patron d’Impulse, il a produit Ray Charles, Bill Evans et John Coltrane. Passé chez Verve, ce passionné de bossa nova décroche la timbale avec « Getz/Gilberto » et ses deux hits, The Girl From Ipanema et Desafinado. Riche, Creed Taylor s’exile une année chez A&M et met en orbite son nouveau joyau, CTI Records.

Après des débuts hésitants – une incursion maladroite dans le monde du rock’n’roll auquel il ne comprenait rien -, la ligne éditoriale de CTI Records s’affirme : une écurie de valeurs sûres, des moyens techniques importants, une identité de label matérialisée par des pochettes voyantes et un son « maison » très compressé, léché, chic, élaboré en étroite collaboration avec l’ingénieur du son Rudy Van Gelder.

Prelude (Eumir Deodato)

A une époque où les ventes d’albums de jazz étaient en chute libre, CTI Records va connaître une période florissante. Creed Taylor affirmait que sous sa signature, un artiste vendait cinq à dix fois plus d’albums que sur un label indépendant.

CTI va ainsi parvenir à toucher un public plus large que celui des amateurs de jazz, notamment avec les albums « Mister Magic » de Grover Washington Jr. et « BJ » de Bob James. Le premier album signé CTI records est enregistré en 1969 par Hubert Laws.

Taylor fonde aussi Kudu en 1971, succursale funky où officient notamment Graver Washington Jr , Johnny Hammond, Hank Crawford, Idris Muhammad et Esther Phillips.

From a Whisper to a Scream (Esther Phillips)

La dream team CTI fait mouche dès 1972 avec l’adaptation d’Eumir Deodato du poème symphonique « Ainsi parlait Zarathoustra », composé par R. Strauss. L’album se vend à plus d’un million d’exemplaires.

Dès lors, Gerry Mulligan, Airto Moreira, Chet Baker, Yusef Lateef, Lalo Schifrin, Paul Desmond, Nina Simone, Keith Jarrett, Ron Carter, Stanley Turrentine, Freddie Hubbard, Tom Jobim et tant d’autres viennent cachetonner chez CTI.

Le « packaging », autant du son que de l’image, donnent aux disques de CTI Records un aspect luxueux qui répond à l’embourgeoisement d’une partie du public de jazz. Les pochettes sont doubles, glacées et généralement ornées de photographies de voyages de couleurs vives qui n’ont parfois qu’un lien lointain avec l’artiste ou l’album.

Cette esthétique visuelle, mise au point par le designer Sam Antiput et le photographe Pete Turner, provocante et militante, est à l’image des Seventies. Elle contribue largement au succès commercial du label.

Mais le concept porte en lui l’amorce de ses propres dérives : vers 1974-75, les sirènes commerciales l’emportent et conduit le label à une production délavée, flirtant avec la soul ou le disco.

Dès 1974, CTI records s’allie à Motown. Les albums cèdent à la mode d’un jazz pop et funky. Le label y perd son âme et ses piliers. Freddie Hubbard quitte le navire le premier. Huit ans après avoir donné un autre visage au jazz, Creed Taylor boit la tasse et se retrouve en cessation de paiement. Un comble pour ce maître du jazz commercial !

Son catalogue devient alors la propriété de Columbia Records, label appartenant à Sony Music Entertainment, qui rééditera sous l’étiquette CBS des albums de Gerry Mulligan, Esther Phillips ou encore George Benson au format CD durant les années 1980.

D’autres disques du catalogue CTI records, notamment des albums de Stanley Turrentine et Antonio Carlos Jobim, seront réédités par Legacy, filiale de Sony, durant les années 2000.

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