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Dave Pike Set Masterpieces, du free jazz à la world music

Never love alone
Dave Pike Set Masterpieces, du free jazz à la world music Posted on 26 mars 2020Leave a comment
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Dave Pike Set Masterpieces – Enregistré entre 1968 et 1972 – MPS Records
Longtemps partenaire du flûtiste Herbie Mann, Dave Pike a également joué avec Bill Evans, Paul Bley, Kenny Clarke. Issu du bebop, il explore différentes voies du jazz, se liant aussi bien avec la musique latine qu’avec l’avant-garde. Son album, The Doors of Perception, enregistré en 1966, retrace en musique les expériences décrites par Aldous Huxley dans son livre éponyme.

Conservé sur les étagères d’Atlantic pendant plusieurs années avant de sortir sur le label Vortex, ce disque précipite le départ pour l’Europe du vibraphoniste. Il signe alors chez MPS et poursuit en Europe une carrière très ouverte, du free jazz à la world music : Dave Pike Set Masterpieces.

En 1968, la rencontre entre Dave Pike et la scène jazz locale allemande à savoir Volker Kriegel, Hans Rettenbacher, Peter Baumeister, le bassiste Günther Lenz et le saxophoniste Gustl Mayeret marque la naissance du Dave Pike Set, un premier LP qui suit début 1969.


Dave Pike Set Masterpieces

De l’automne 1968 à la fin 1972, le Dave Pike Set se produira dans tous les festivals européens et enregistrera pas moins de six albums : « Noisy Silence – Gentle Noise », « Four Reasons et « Live at the Philharmonie » en 1969, puis « Infra Red » en 1970, « Album » en 1971 et enfin « Salomao » en 1972, ce dernier album étant joué par le New Dave Pike Set, relativement court, avec Eberhard Weber à la basse et Marc Heilman à la batterie.

Sorti en 1996, Dave Pike Set Masterpieces rassemble les titres les plus emblématiques de la formation enregistrés live.

Le premier morceau « Regards From Freddie Horrowitz », est issu du premier album, écrit par Dave Pike et enregistré à Villingen en janvier 1969. Il présente Dave Pike sur vibes/tambourine et Kriegel sur guitare/sitar avec une section rythmique classique. Assez inhabituel de nos jours, Volker y joue une guitare de concert, offre une figure d’accord de base à consonance sud-américaine rejoint par la basse, la batterie et le vibraphone qui jouent un thème simple et direct.

Dave Pike Set Masterpieces
Dave Pike Set Masterpieces

« Mathar » est un morceau en trio par et avec Volker. C’est le premier morceau qui ne se présente pas uniquement comme soutien à la sitar, un instrument qui s’est frayé un chemin dans divers genres de musique occidentale depuis « Within You, Without You » de George Harrison et en raison de la popularité du maître du raga Ravi Shankar. La façon de Kriegel de manier ce puissant instrument est étonnamment sublime. Il est rejoint par la basse et la batterie qui, comme Volker soutiennent considérablement la tension rythmique.

Comme beaucoup d’autres titres, « Walkin’ Down The Highway In A Raw Red Egg » est très drôle. Kriegel commence avec l’effet wah-wah alors populaire mais inhabituel dans le jazz, la basse s’y joint, puis les vibes et la batterie, dans une ambiance assez relâchée. Un changement de tonalité s’ensuit, puis solo de Kriegel avec distorsion donnant cette impression de « sur le fil du rasoir ». Solo pour Rettenbacher, puis la batterie jouant d’une manière proéminente et complexe.

Dave Pike Set MasterpiecesDave Pike Set Masterpieces
Dave Pike Set Masterpieces

« Greater Kalesh No. 48 » est tiré de l’album « Four Reasons » sur lequel Kriegel joue parfois de la basse et Rettenbacher du violoncelle. Une longue improvisation au vibraphone suit sur l’accord principal, et après un délicat changement de tempo, la sitar prend le relais pour se conclure dans un « chaos modéré » à la manière du free jazz, dominé par le violoncelle.

Une autre composition de Rettenbacher « Goodtime Charlie At The Big Washdown » constitue le morceau le plus libre jusqu’à présent. L’intro vibraphone/guitare wah-wah cède la place à un solo de basse. La guitare fournit une figure ostinato de quatre notes (à partir de laquelle la basse développe un ostinato de six notes dans la suite du morceau) ; après un changement de mode, la guitare mène à une sorte de blues jazzy sur un accord.

Dave Pike Set Masterpieces
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Le dernier disque de 1969 est celui enregistré le 11 novembre à l’occasion des Journées de Jazz de Berlin, « Live At The Philharmonie », dont est tiré « Nobody’s Afraid Of Howard Monster ». Ici, le groupe joue dans le line-up habituel, à l’exception de Hans, qui joue du violoncelle. Le titre rappelle le légendaire album de guitare free jazz d’Attila Zoller, « The Horizon Beyond », et c’est certainement le morceau le plus avant-gardiste de la serie.

Kriegel, en tant que rythmiste dans cette constellation, se résume en un mélodiste toujours sensible. Les solos de Baumeister et Rettenbacher suivent, puis, après un court second solo, les tambours s’accordent au thème et à la fin.

Les quatre titres suivants sont tirés du LP « Infra Red ». Le premier, « But Anyway », est un titre au tempo rapide, ouvert par la basse et porté sur un rythme à la fois intense et subtile. Le titre utilise des changements de musique pop sur lesquels Pike est d’abord en solo, puis Volker, dont la partie fait partie des plus intéressants de ce CD.

Dave Pike Set Masterpieces
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Un morceau relativement court est « Rabbi Mogen’s Hideout » de Pike qui, après une introduction basse batterie, présente des vibes et un jeu de guitare à l’unisson une synthèse de folk latino-américain et d’éléments de ballades européennes, puis des progressions harmoniques assez nouvelles, que Pat Metheny aurait cultivé peu après seulement.

Encore plus court « Raga Jeeva Swara » commence par les percussions, la sitar et les vibes, avant que la basse électrique ne pose la forme de base, sur laquelle la sitar et les vibes jouent à l’unisson. Tout cela ressemble à une tentative séduisante d’homophonie asiatique, d’où émerge la guitare électrique de Kriegel avant que la balle ne soit transmise à Pike.

« Send Me The Yellow Guys », est appelé amusant et flamboyant comme tant de titres du Dave Pike Set. La basse et la guitare distordue commencent avec une éruption vraiment libre. Volker n’oublie pas une seule de ses caractéristiques stylistiques dans son long solo ; il est suivi par Dave, dont le jeu est soutenu par un rythme rock. Rettenbacher joue d’abord en solo avec wah-wah, puis sans effets.

Dave Pike Set Masterpieces
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« Big Schlepp », la reconnaissance musicale de Kriegel pour le traînage fastidieux (« schleppen ») d’instruments et d’appareils, est tirée de l’Album de 1971. Ce titre montre avant tout que l’ambition majeure de Kriegel réside davantage dans la composition que dans l’ascension de sommets brillamment ambitieux. Ici, il utilise la distorsion, d’abord dans un high puis dans un glissement vers le bas en jouant avec de longues notes soutenues. Après une répétition du thème, il continue sur une guitare acoustique à cordes d’acier.

Le titre « Salomao » est tiré du dernier album « The New Dave Pike Set & Grupo Baiafro De Bahia – Salomao », enregistré en quatre jours en juin 1972 à Rio. Le quatuor joue avec Eberhard Weber et Marc Heilman, rejoint par les Brésiliens Djalma Correa, Edson Emetério et Onias Carmadell qui jouent de divers instruments de percussion et chantent ; ce vieux succès pourrait aussi se transformer en un nouveau avec le son persistant de Weber, sa riche percussion et les voix du Brésil. Si l’introduction de Volker semble être inspirée par Santana, elle change vite de territoire. On sent à quel point il apprécie cet ensemble de percussions qui le stimule jusqu’à sa plus remarquable excursion en solo de cette anthologie.

Après une série de concerts au Brésil fin 1972, le groupe retourne en Allemagne. Dave Pike, qui a le mal du pays pour « l’American Way of Life », avec 24 heures de télévision et un Big Mac à chaque coin de rue, retourne aux États-Unis.

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CREDITS :

  • Peter Baumeister Drums, Percussion
  • Joachim Berendt Producer
  • Hans Georg Brunner-Schwer Engineer, Producer
  • Onias Carmadell Atabaque, Berimbau, Pandeiro
  • Djalma Corrêa Agogo, Atabaque, Percussion, Timbales, Triangle
  • Edson Emeterio DeSantana Atabaque, Surdo
  • Rolf Donner Engineer
  • Jorg Eipasch Editing, Photography, Producer
  • Willi Fruth Producer, Recording Director
  • Marc Hellman Arranger, Drums
  • Christian Kellersmann Producer
  • Volker Kriegel Arranger, Bass (Electric), Composer, Guitar, Sitar
  • Willem Makkee Mastering
  • Selio Martins Engineer
  • Dave Pike Arranger, Composer, Primary Artist, Tambourine, Vibe Master
  • J. A. Rettenbacher Bass, Composer
  • Claus Schreiner Producer, Recording Director
  • Stephan Steigleder Concept, Editing
  • Eberhard Weber Arranger
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