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De son vivant, Donny Hathaway n’aura laissé que trois albums studio et un live. Ce live, c’est celui du Bitter End de New York paru en 1972. L’effervescence y est palpable et le public, qu’on sent en osmose totale avec son chanteur-prêcheur, devient un membre de l’orchestre à part entière. Live oblige, une grande place est laissée à l’improvisation et les titres « The Ghetto » ou encore « Voices Insides » s’étendent sur plus de dix minutes. L’illustration de la virtuosité et du groove de cet auteur compositeur trop rapidement disparu.

Alors qu’un nouveau 33-t Atco voit le jour au printemps 1971 sous le titre Donny Hathaway, son producteur Jerry Wexler a l’idée de l’associer en studio avec Roberta Flack, une ancienne étudiante de la Howard University comme lui.

Dès l’été 1971, You’ve Got a Friend et You’ve Lost That Lovin’ Feelin’ donnent une idée de la parfaite complémentarité artistique qui règne entre les deux interprètes et qui fera de Roberta Flack & Donny Hathaway l’un des albums les plus vendus de 1972, tous publics confondus.


Donny Hathaway Live

Dans le même temps, alors que Curtom profite de ce succès pour ressortir son duo I Thank You avec June Conquest, le recueil Donny Hathaway Live, enregistré en public au club Troubadour d’Hollywood et au Bitter End de New York, conforte l’emprise de Donny sur la scène soul de ce début de décennie.

C’est avec la plus belle version jamais enregistrée sur scène de What’s Going On que débute le légendaire « Live » paru en 1972. La version studio originale, tirée de l’album éponyme de Marvin Gaye, est évidemment insurpassable, mais la façon dont Donny Hathaway se l’approprie – alors qu’elle n’est sortie que depuis quelques mois – a de quoi laisser pantois (la même année Roland Kirk, Herbie Mann, Quincy Jones et David T. Walker délivreront également leur propre interprétation).

Live (D. Hathaway)
Donny Hathaway Live

À l’instar de son grand admirateur Stevie Wonder, de Maurice White (Earth Wind & Fîre) ou encore de Leon Ware, Donny est fasciné par les richesses harmoniques «les parfums de liberté du jazz. Et même si la beauté intrinsèque de sa musique et de son chant suffisent largement à combler les plus exigeants, les jazzfans tendront donc plus particulièrement l’oreille vers les versions live de The Ghetto (son grand classique, mi-chanté/scandé mi-instrumental) et de what’s Going On.

Son jeu de piano électrique est un modèle de finesse, d’invention et de culture harmonique. La version de The Ghetto qui suit pourrait elle aussi faire oublier l’original studio. Ici, le public, qu’on sent en osmose totale avec son chanteur-prêcheur, devient un membre de l’orchestre à part entière.

L’introduction en dit long sur les liens qui unissaient Donny et ses fans… Hey Girl (ainsi que We ‘re Still Friends) ne figurent sur aucun album studio du chanteur, et c’est aussi ce qui en fait la valeur.

Donny Hathaway Live
Donny Hathaway Live

Little Ghetto Boy est aussi émouvant live qu’en studio – on appréciera au passage la classe folle de ses accompagnateurs, et les magnifiques lignes de basse de Willie Weeks, qui lâche aussi un solo d’anthologie sur un Voices Inside (Everything Is Everything) étiré en joyeuse jam session, qui rappelle un peu les grands moments du « Fat Albert Rotunda » d’Herbie Hancock.

Donny adore aussi les reprises, et rend hommage à deux grands songwriters : la new-yorkaise Carole King avec You’ve Got A Friend (qu’il a également enregistré en duo avec Roberta Flack) et le liverpoolien John Lennon avec Jealous Guy.

Cet album culte, Donny Hathaway le souhaitait double, comme le « Curtis/Live » de son ami Curtis Mayfield sorti en 1971. Mais sa maison de disques qui ne l’entendait pas ainsi, a préféré miser sur un simple. Qu’on se rassure : la plupart des morceaux qui auraient dû figurer dans la version double se trouvent dans « In Performance », le second live – malheureusement posthume – de Donny, paru à l’origine en 1980.

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CREDITS :

Enregistré live en 1972 – The Troubadour (Hollywood) et The Bitter End (New York) – ATCO Records/Atlantic

Donny Hathaway : voix, piano électrique, piano, orgue, arrangements – Phil Upchurch : guitare solo (1 à 4) – Cornell Dupree : guitare solo (5 à 8) – Mike Howard : guitare – Willie Weeks : basse – Fred White : batterie – Earl DeRouen : congas – Ray Thompson : ingénieur du son (1 à 4) – Tom Fly : ingénieur du son (5 à 8) – Arif Mardin  (1 à 4) : producteur – Jerry Wexler & Arif Mardin (5 à 8) : producteur

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